Les brèves de l'ASEF - 23 décembre 2021

Bonjour à toutes et à tous,

Quoi de mieux en cette période festive que de vous parler dans ces nouvelles brèves, du microbiote intestinal et d’additifs alimentaires.

Bonne lecture!
Nous vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année, et un bon bout d’an !
Prenez bien soin de vous et de vos proches.


Probiotiques, prébiotiques, parabiotiques, postbiotiques : Késako ?

La médecine de demain sera basée sur le microbiote ! Alors, il est temps de commencer à bien différentier les différents termes des principales thérapeutiques « microbiotiques » qui ont commencé à envahir le marché ! [1]

Les probiotiques sont « des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantités adéquates, confère un avantage pour la santé de l’hôte » : ce sont des microbes vivants protecteurs.

Les parabiotiques sont « des cellules microbiennes non viables, (soient intactes soient brisées) qui, lorsqu’elles sont administrées en quantités adéquates, confèrent un avantage au consommateur humain ou animal » : ce sont des microbes inactivés protecteurs, c’est-à-dire des probiotiques inactivés.

Les prébiotiques sont « des substances alimentaires non digestibles, utilisées sélectivement par le microbiote intestinal, et capables de modifier sa composition et ses activités métaboliques, offrant ainsi des avantages pour la santé de l’hôte » : c’est de la nourriture pour le microbiote protecteur.

Les postbiotiques sont des « produits métaboliques provenant de micro-organismes qui ont une activité biologique chez l’hôte » : ce sont des produits protecteurs fabriqués par le microbiote (vitamines, acides aminés, acides gras à courte chaine…).

Chaque classe thérapeutique présente des avantages pour la santé.  Pré, post et parabiotiques ne contenant pas de microbes vivants sont plus faciles à utiliser et à stocker : de ce fait, ils intéressent grandement l’industrie agroalimentaire, toujours en quête de super aliments.

Les ennemis du microbiote : pesticides et compagnie !

Quand les pesticides s’associent aux erreurs alimentaires (fructose industriel, excès de gras, sucres cachés…), aux médicaments, aux produits toxiques des cuissons à haute température, aux additifs, au stress chronique…il est aisé de comprendre que ce cocktail détonnant puisse nuire au microbiote intestinal, et ainsi à notre santé.

Les ennemis du microbiote – Source : Cotinat M. Livre 2020 : Maigrir de plaisir en charmant ses bactéries. Ed. T. Souccar

Quand les pesticides affectent aussi la descendance !

Une étude expérimentale, menée chez une rate pendant la gestation jusqu’au sevrage, a montré que le pesticide consommé à petites doses régulières, a perturbé l’établissement normal du microbiote intestinal des ratons en favorisant l’établissement de microbes nocifs. Ce déséquilibre microbien était associé à un envahissement de bactéries vers les autres organes des ratons. [2]

Le pesticide utilisé était le chlorpyriphos, connu pour traverser la barrière placentaire. Interdit en France depuis 2016 (sauf pour les épinards), on peut encore le retrouver dans des légumes et fruits importés.

Dr Martine Cotinat, gastro-entérologue formée à la nutrition et micronutrition, spécialiste du reflux gastro-oesophagien.

Elle est l’auteur de Stop aux brûlures d’estomacPetits plats savoureux contre les brûlures d’estomac et de l’Assiette à malices, Maigrir de plaisir en charmant ses bactéries

Additifs alimentaires et cohorte NUTRINET-SANTE

 

L’industrie agro-alimentaire n’est pas avare de nouveaux produits plus ou moins transformés, plutôt plus que moins, et qui contiennent le plus souvent , pour leur donner du goût, de la texture, de la durée, de la couleur, de nombreux additifs, pas toujours innocents pour la santé des consommateurs.

L’INSERM et l’INRAE viennent de publier dans la revue NATURE une étude très intéressante sur l’exposition à ces additifs plus ou moins associés de la cohorte Nutrinet-Santé de 106.000 adultes français. [3]

La consommation de 90 additifs alimentaires parmi les plus utilisés a été évaluée à partir de leur recherche dans les produits de marque commerciale en s’aidant des bases de données OQALI, Open Food Facts et GNPD, des données provenant de l’EFSA et JECFA, et d’essais en laboratoire sur les matrices alimentaires.

Des profils de mélanges d’additifs ont aussi été étudiés. La conclusion de ces études montrent que 43 de ces additifs étaient retrouvés chez plus de 10% des participants. Les lécithines (e322) étaient retrouvées chez 86.6% des sujets, des glycérides d’acides gras (e471) chez 78%, carraghénines (e407) chez 77.5%, nitrite de sodium (e250) chez 74% pour les plus fréquents.

Parmi les 50 additifs les plus fréquents, plusieurs entrainent des effets nocifs sur la santé ; des liens entre nitrates et/ou nitrites, carraghénines, glutamate, bixine, édulcorants artificiels, émulsifiants, caramel, tartrazine, BHA/BHT ont été prouvés avec des perturbations métaboliques, endocriniennes ou du microbiote intestinal par des mécanismes d’inflammation, de stress oxydatif ou de carcinogénèse. Certains d’entre eux peuvent être allergisants.

Cinq groupes de participants étaient plus spécifiquement exposés à des mélanges (effets cocktail). Les profils des consommateurs dans ces groupes ont été identifiés sur le plan socio-démographique, consommation d’additifs et alimentation.

  • Groupe 1 : Consommateurs de cookies et de gâteaux sucrés.( 9,8% de la cohorte)

Groupe comprenant la plus haute proportion de diplômés, de non fumeurs, le plus faible IMC           

  • Groupe 2 : Consommateurs de bouillons, beurre, pain (14.7% de la cohorte)

Groupe comprenant les plus vieux, les plus physiquement actifs, le moins de fumeurs

  • Groupe 3 : Consommateurs de desserts lactés, céréales au petit déjeuner, pâtisseries (8.4% de la cohorte)

Grands consommateurs d’hydrates de carbone

  • Groupe 4 : Consommateurs de sauces industrielles, de plats (ultra)transformés ( 12.3% de la cohorte)

Ce groupe comporte la plus haute proportion d’hommes et le niveau d’éducation le plus bas. Il a la plus faible consommation d’hydrate de carbone, la plus forte de pain, poissons, semoule, riz, vinaigrettes et sauces. De plus il se nourrit aussi de viandes transformées, de charcuterie de porc et de poulet.

  • Groupe 5 : Consommateurs de boissons sucrées (naturellement ou par édulcorants) (2.6% de la cohorte)

Ce groupe avait le plus haut IMC, était le plus jeune et celui qui avait le moins d’activité physique et avait tendance à être fumeur.

C’est le groupe qui consomme le plus de protéines, d’aliments ultra-transformés et le moins d’aliments « bio ». L’apport calorique est intermédiaire. C’est  aussi la consommation la plus forte de boissons sucrées ( sucre ou édulcorants) ou non sucrées, non alcooliques.

Par ailleurs aussi gros consommateurs de charcuterie de porc et de poulets, de viandes transformées.

  • Un dernier groupe, Groupe 6 est différent : il rassemble des consommateurs préférant les aliments « basiques », non transformés, contenant peu ou pas d’additifs ( 52% de la cohorte).

Ce groupe comporte la plus forte proportion de femmes ( 74.3%)

Forte proportion d’aliments « bio » et faible proportion d’aliments ultra-transformés.

Bien qu’une des critiques de ce travail soit qu’il existe un biais de recrutement par le fait que les participants de cette étude répondaient à une enquête et avaient donc une certaine motivation, entrainant sans doute des résultats meilleurs que dans la « vraie vie », on peut noter que les groupes 3 et 4 et surtout le groupe 5 consommaient le moins d’aliments « Bio » (16%, 15% et 11%) et le plus d’aliments ultra-transformés (40%, 36% et 45%) et d’additifs. La quantité d’additifs et leur diversité dans ces régimes, avec des effets variés sur la santé (qui apparaissent bien avec l’échelle de couleur) soulignent le problème des effets « cocktail » sur la santé, effets non encore suffisamment appréciés et qui nécessitent encore des études expérimentales et épidémiologiques.

 

Dr Jean Lefèvre, cardiologue et porte-parole de l’ASEF.

L’ASEF a collaboré au dossier de l’ADF – Démarche écoresponsable au cabinet dentaire (Association Dentaire Française). Porté par le Dr Alice Baras, membre de l’ASEF, celui-ci rencontre un vif succès depuis sa publication. Il est disponible sur ce lien ci-dessus ou en téléchargement.

L’ADF, acteur engagé de longue date dans cette démarche, a signé une charte en 2012 « les chirurgiens-dentistes s’engagent en faveur du développement durable ».

Rappelons également que Dr Alice Baras a sorti à l’automne le Guide du cabinet de santé écoresponsable – Prendre soin de l’environnement pour la santé de chacun , préfacé par Pierre Souvet, président de l’ASEF.

La question “Une santé” du jour

 

Selon l’OMS, les facteurs environnementaux (qualité de l’eau, de l’air extérieur et intérieur, alimentation…) sont responsables en Europe d’environ:
>> – réponse A: 5% de la mortalité
>> – réponse B: 10% de la mortalité
>> – réponse C: 20% de la mortalité

 

=> réponse : C

 

AGENDA

L’ASEF prend quelques jours de repos et reviendra encore plus motivée le 3 janvier 2022.
Nous en profitons pour vous annoncer que nous accueillerons un nouvel employé en alternance, Emmanuel Zaoui, en tant que chargée de développement de projets.

SOURCES

[1] Nataraj BH et al. Microb Cell Fact. 2020 Aug 20;19(1):168. Postbiotics-parabiotics: the new horizons in microbial biotherapy and functional foods 

[2] Ref/ SNFGE. P401. Impact d’un pesticide sur le microbiote d’un jeune rat après exposition in utero et néonatale, Joly Claire, Gay-Quéheillard Jérôme, Chardon Karen, Bach Véronique, Khorsi-Cauet Hafida. https://www.snfge.org/content/impact-dun-pesticide-sur-le-microbiote-dun-je

[3] https://www.nature.com/articles/s41598-021-98496-6.pdf