Le nouveau guide des additifs - Anne-Laure Denans

  • Une du livre "Le nouveau guide des additifs" - Anne-Laure Denans

Docteur en Pharmacie et spécialiste en nutrition, Anne-Laure Denans a publié en mars 2017 avec les journalistes scientifiques de LaNutrition.fr “Le nouveau guide des additifs” qui permet d’identifier les additifs alimentaires potentiellement nocifs pour la santé. Un incontournable à avoir pour découvrir ce qui se cache réellement derrière les noms compliqués qui figurent sur les emballages. La chasse aux additifs est ouverte !

L’ASEF : A quoi sert un additif ? Et dans quels produits se trouvent-ils ? 

Anne-Laure Denans : « Les additifs sont des substances qui sont incorporées dans un aliment afin d’en améliorer son aspect, sa saveur, sa texture ou encore pour allonger sa durée de conservation. On parle de colorants, de conservateurs, d’agents de texture… Ces additifs n’ont aucune valeur nutritive ! On les trouve principalement dans les aliments ultra-transformés qui ne contiennent quasiment plus d’ingrédients bruts comme les soupes instantanées, les confiseries, les biscuits d’apéritif ou encore les plats préparés. Dans ces aliments, les industriels remplacent souvent les ingrédients naturels par des ingrédients à bas coût et utilisent les additifs pour donner au consommateur l’illusion de consommer un aliment de qualité. Ainsi, on peut retrouver des soupes instantanées de légumes qui contiennent uniquement… 8% de légumes ! Mais grâce au glutamate, le fameux E621, un exhausteur de goût très utilisé, cette soupe, de piètre qualité aura un goût acceptable pour le consommateur. »

Comment peut-on les repérer ?

« Les additifs se repèrent sur la liste d’ingrédients grâce à leur code international à 3 chiffres précédé de la lettre E. Par exemple : E110, E621, E951… La réglementation impose aux industriels de signaler la présence d’additifs sur la liste des ingrédients en donnant d’abord la classe fonctionnelle de l’additif. En effet, on peut regrouper les additifs en « grandes familles », chacune ayant une fonction particulière. Et cela correspond en gros à l’ordre chronologique :

  • E100 Colorants
  • E200 Conservateurs
  • E300 Antioxydants
  • E400 Agents de texture
  • E500 Anti-agglomérants
  • E600 Exhausteurs de goût
  • E900 Édulcorants

Mais attention, les industriels ont également le droit de signaler l’additif par son nom « chimique ». Ils utilisent de plus en plus cette possibilité, car les consommateurs se méfient des codes EXXX ! »

Et ces additifs sont-ils nocifs pour notre santé ?

« Aujourd’hui 338 additifs sont autorisés en Europe. 90 d’entre eux pourraient potentiellement poser problème pour notre santé, soit un sur quatre ! C’est le constat que j’ai fait après avoir étudié plus de 200 publications scientifiques dans des journaux de renom et rapports scientifiques internationaux. Certains pourraient contribuer au développement de pathologies lourdes comme le diabète de type 2, les troubles neurologiques, les maladies auto-immunes ou encore le cancer… Ils sont bien entendu à éviter le plus possible, surtout pour les groupes de population les plus sensibles, telles que les enfants ou les femmes enceintes. En effet, chez les enfants, l’exposition aux additifs pourraient favoriser le trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), ou sont identifiés comme perturbateurs endocriniens, et certains pourraient favoriser l’asthme, l’allergie, l’obésité… »

Quels sont les principaux additifs à bannir ?

« On pourrait citer par exemple les nitrites, un conservateur que l’on retrouve dans les charcuteries, mais aussi le BHA, un antioxydant qui se cache dans des confiseries ou les soupes. Ces derniers sont classés comme potentiellement cancérogènes pour l’homme par le Centre International de Recherche contre le Cancer (CIRC). En ce moment, les médias parlent beaucoup du dioxyde de titane, un colorant largement employé pour les confiseries, les glaces, les sauces… Et pour cause, une étude de l’Inra datant de janvier 2017, montre qu’il favorise les lésions pré cancéreuses au niveau du colon chez les rats. Pour le glutamate (E621) qui est un exhausteur de goût très utilisé dans les plats préparés, les biscuits apéro, les soupes instantanée… une potentielle neurotoxicité a été mise en évidence par des études sur des rats et des singes. ll peut provoquer maux de tête, fourmillements, tensions au niveau du crâne et entraîner des troubles de l’appétit et une obésité chez l’homme. »

Le Bio représente-t-il une bonne solution pour éviter ces substances ? Avez-vous quelques conseils pour éviter les additifs pouvant intentionnellement poser problème pour notre santé et celle de nos enfants ? 

« Effectivement, sur les 338 additifs autorisés dans l’alimentation conventionnelle, seuls 50 le sont en bio. Et j’en ai identifiés 7 d’entre eux qui pourraient poser problème pour la santé. Consommer bio est donc une solution pour éviter un maximum d’additifs. Le meilleur des conseils serait de consommer des produits bruts, et de les cuisiner soi-même. Mais on n’a pas toujours le temps… C’est vrai qu’un plat préparé, une soupe toute prête c’est parfois bien pratique ! Sans parler des biscuits ou autres confiseries tant prisées par les enfants ! Dans ces cas, la vigilance s’impose dans le choix des aliments. Il ne faut pas pour autant tomber dans la psychose. On peut consommer occasionnellement des aliments contenant les additifs identifiés comme pouvant poser problème. Le tout est de ne pas en consommer trop fréquemment ou en trop grande quantité ! Repérez les aliments que vous achetez régulièrement et étudier la liste des ingrédients. S’ils contiennent trop de EXXX classés en rouge, la prochaine fois que vous faites vos courses, choisissez un des produits concurrents : il y en a certainement qui ne contiennent pas ces additifs ! »