Les brèves de l'ASEF du 22 novembre 2018

Bonjour à toutes et à tous,

Quoi de neuf dans nos champs…

Commençons ces brèves par une nouvelle étude publiée dans PLOS Medicine [1] sur l’exposition aux pesticides organophosphorés pendant la grossesse et le neurodéveloppement de l’enfant.

Rappelons qu’à l’origine, ces pesticides étaient utilisés dans les années 1930-1940 comme gaz de combat neurotoxiques chez l’homme; à fortes doses, ils agissent comme le gaz sarin. Ils ont été adaptés plus tard comme insecticides à des doses plus faibles.

L’exposition à ces pesticides est devenue courante dans la mesure où ils sont fréquemment utilisés pour lutter contre les insectes. D’après cette étude, une exposition à de très fortes doses de ces composés serait « responsable d’empoisonnement et de décès notamment dans les pays en voie de développement ». [1]

L’exposition à de faibles doses pendant la période prénatale serait néfaste puisqu’elles seraient « associées à des déficits cognitifs, des troubles du comportement et d’autres troubles du neurodéveloppement chez les enfants ». En détail, elles pourraient provoquer « des réflexes primitifs anormaux chez le nouveau-né; retards mentaux et moteurs chez les enfants d’âge préscolaire; une diminution de l’attention et de la mémoire visuelle, (…), de la compréhension verbale, du raisonnement et du QI chez les enfants en âge d’aller à l’école primaire. Les expositions prénatales ont également augmenté le risque de symptômes ou de diagnostics de trouble déficitaire de l’attention / hyperactivité (TDAH) et du spectre autistique (TSA) ». [1]

Les auteurs de cette étude suggèrent aux gouvernements des mesures pour la protection des enfants dans le monde, comme “l’interdiction de l’utilisation du chlorpyriphos et des autres pesticides organophosphorés”. [1]

Cette étude supplémentaire sur les effets néfastes des pesticides sur notre santé renforce celle publiée dans la revue « Environmental Health» [2], le 16 novembre, mettant en évidence une différence notable entre les études de la majorité des agences réglementaires et celles indépendantes. Les premières classifiant le chlorpyriphos comme peu ou pas toxique pour le développement du cerveau. D’après les auteurs de la revue, celles-ci seraient biaisées.

En effet, les agences réglementaires tiendraient compte de la « moyenne de l’effet produit sur l’ensemble des régions cérébrales analysées, rapportée à l’effet sur le poids du cerveau » [3] ce qui occulte les effets sur les régions cérébrales bien spécifiques.

De plus, contrairement à l’être humain où le développement cérébral commence in utero, les rats développent leur cerveau principalement après la naissance. Hors les études des agences ont porté majoritairement sur l’exposition in utero des rats.

Rappelons que le chlorpyriphos est toujours autorisé en France.

Ces études ont été envoyées à Monsieur Didier Guillaume, Ministre de l’agriculture et de l’alimentation, par le collectif de médecins et de scientifiques (l’ASEF en fait partie) en réponse à son intervention demandant aux scientifiques de prouver la toxicité des pesticides.

Une bonne nouvelle est arrivée du côté de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui a annoncé le 5 novembre, le retrait des autorisations de mise sur le marché des pesticides à base de métam-sodium. [4] Ces substances toxiques servent à désinfecter les sols, et sont suspectées aux Etats-Unis comme cancérigènes et reprotoxiques, par l’US-EPA (United States Environmental Protection Agency). [5]

Manger bio à la cantine ne coûte pas plus cher !

L’Observatoire national de la restauration collective bio et durable a publié le 7 novembre dernier son rapport de 2018. [6] Ce qui en ressort : Manger bio à la cantine ne coûte pas plus cher. En effet, « les cantines de l’échantillon, toutes tailles et types de structure confondus, affichent un pourcentage moyen de 32 % de produits bio (en valeur d’achat) pour un coût de matière première moyen de 1,88 € par repas (…). Ce montant s’inscrit dans la moyenne nationale du coût d’un repas « conventionnel » en restauration collective, évalué entre 1,50 € et 2,00 € par le réseau de la restauration collective publique territoriale Agores (chiffres 2016) ». [6] La réduction du gaspillage alimentaire explique en grande partie cette moyenne.

Quoi de neuf dans notre air …

Passons à la pollution de l’air avec cette étude de la revue Lancet Public Health [7] publiée le 14 novembre, sur les zones à faibles émissions à Londres. Les auteurs concluent que la qualité de l’air s’est certes améliorée (par la diminution des niveaux de dioxyde d’azote) mais n’aurait manifestement pas contribué à une baisse des pathologies respiratoires chez les enfants. Les chercheurs invitent à prendre des mesures plus significatives comme des contrôles plus stricts de certaines zones de Londres et de l’extérieur ne respectant pas les normes européennes en matière de pollution de l’air.

Toujours dans ce registre, Dr Florence Trébuchon, allergologue à Montpellier, membre de l’ASEF, a été interviewée le 15 novembre par le Midi Libre [8] sur l’augmentation du prix du diesel. L’amélioration de la qualité de l’air est un enjeu de santé publique. C’est pourquoi, l’arrêt du diesel, particulièrement en secteur urbain, doit devenir une priorité sanitaire. Pour rappel à Tokyo, la réduction de 44% des particules fines après interdiction du diesel dès 2003, a permis une réduction de la mortalité de 6%.

Avant de clore ces brèves, faisons un retour sur nos actions. Le 8 novembre, l’ASEF a été invitée par la municipalité de Carry Le Rouet à une conférence-débat sur les perturbateurs endocriniens. Le public était au rendez-vous, très réceptif et intéressé.

Le Dr Josiane Jos-Pelage, pédiatre, et présidente de l’ASEM (Association Santé Environnement Martinique, antenne des DOM-TOM de l’ASEF) et de l’AMSES (Association Médicale pour la Sauvegarde de l’Environnement et de la Santé), rencontrera le 23 novembre, le préfet de Martinique, pour lui exposer notre revendication d’une filière ZERO CHLORDECONE efficace.

Dr Souvet, cardiologue et Président de l’ASEF, vous donne rendez-vous le 27 novembre à 19h à  l’Auditorium (Avenue Aristide Briand) à Salon-de Provence pour une conférence intitulée « L’alimentation, un risque pour la santé ? », ainsi que le 29 novembre à 18h au cinéma Marcel Pagnol à Châteauneuf-Les-Martigues à celle portant sur « le danger des pesticides dans notre alimentation ».

Enfin le 30 novembre, Dr Lefèvre, cardiologue et porte-parole de l’ASEF sera présent au congrès RISE (Rencontres Internationales et Citoyennes Santé Environnement) qui se tiendra du 28 au 30 novembre, au Conseil de L’Europe à Strasbourg, organisé par Dr Jacques Reis, neurologue et membre de l’ASEF. Les inscriptions sont encore ouvertes en ligne sur : https://www.asso-rise.com/

A bientôt pour les prochaines brèves, d’ici là portez-vous bien !

Le Club des 11 de l’ASEF

SOURCES

[1] Article (en ligne) “Organophosphate exposures during pregnancy and child neurodevelopment: Recommendations for essential policy reforms”, Irva Hertz-Picciotto, Jennifer B. Sass, Stephanie Engel et al., 24 octobre 2018, https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1002671

[2] Article (en ligne) “Safety of Safety Evaluation of Pesticides: developmental neurotoxicity of chlorpyrifos and chlorpyrifos-methyl”, Axel Mie, Christina Rudén and Philippe Grandjean, 16 novembre 2018, https://ehjournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12940-018-0421-y

[3] Article (en ligne), « Le chlorpyriphos, pesticide sur la sellette, a été autorisé sur la foi de recherches biaisées », Stéphane Foucart, 16 novembre 2018, https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/11/16/le-chlorpyriphos-pesticide-sur-la-sellette-a-ete-autorise-sur-la-foi-d-une-etude-biaisee_5384143_3244.html?xtmc=&xtcr=1

[4] Communiqué de presse (en ligne), «Produits à base de métam-sodium : l’Anses annonce le retrait des autorisations de mise sur le marché », ANSES, 5 novembre 2018, https://www.anses.fr/fr/content/produits-%C3%A0-base-de-m%C3%A9tam-sodium-l%E2%80%99anses-annonce-le-retrait-des-autorisations-de-mise-sur-le

[5] Article (en ligne), « Dérogation de pesticides : encore une aberration du système d’autorisation ! », Générations Futures, 2 novembre 2011, https://www.generations-futures.fr/actualites/derogation-de-pesticides-encore-une-aberration-du-systeme-dautorisation/

[6] Rapport 2018 (en ligne), Observatoire de la restauration collective bio et durable, 7 novembre 2018 http://www.unplusbio.org/wp-content/uploads/2018/11/Rapport-2018-Observatoire-restauration-collective-bio-et-durable.pdf

[7] Article (en ligne), Impact of London’s low emission zone on air quality and children’s respiratory health: a sequential annual cross-sectional study”, Ian S Mudway, Isobel Dundas, Helen E Wood et al., The Lancet Public Health, 14 novembre 2018, https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(18)30202-0/fulltext#articleInformation

[8] Article et interview (en ligne), Florence Trebuchon, allergologue : “Je me bats pour que le diesel soit plus cher !”, Midi Libre, 15 novembre 2018, https://www.midilibre.fr/2018/11/15/florence-trebuchon-denonce-la-pollution-atmospherique-tue-lentement,4862865.php