Notre séminaire "Santé-Biodiv''

En 2010, c’était l’année de la biodiversité. C’est à cette occasion que l’ASEF et la Ligue Roc s’étaient interrogés sur les liens entre biodiversité et santé humaine. Voici ci-après les quelques éléments de réponse apportées lors du séminaire co-organisé par les deux associations.

La biodiversité: menace ou assurance vie de l’homme

Généralement, on perçoit la «nature sauvage» comme une menace pour la santé. Pourtant, elle peut aussi se révéler être garante de celle-ci.

Pourquoi est-ce une menace 

Le lien entre maladies infectieuses et animaux sauvages

On sait depuis longtemps que le contact avec des animaux sauvages ou domestiques peut être à l’origine de nombreuses maladies infectieuses : rat et peste, moustiques et fièvres, etc. Dans les forêts d’Ile-de-France, l’introduction plus ou moins involontaire du tamia de Sibérie, une sorte de petit écureuil, a engendré la réapparition de la maladie de Lyme chez l’homme. Celui-ci est contaminé via les tiques qui se trouvent sur les tamias.Ces maladies transmises à l’homme par l’animal sont des zoonoses. Elles ont un développement qui leur est propre:

Phase sporadique : quelques cas isolés (ex : SRAS).

– Phase d’anadémie : maladie non contagieuse, mais se diffuse via une source de contamination commune à l’ensemble des malades (ex: intoxication alimentaire)

Phase d’épidémie : la maladie devient contagieuse (ex: Sida)

Phase d’endémie : le germe de l’infection est maintenu à un taux faible dans la population.La contamination est toujours possible, mais la majorité des individus possède une immunité due au contact régulier avec les micro-organismes en cause. La maladie va donc resurgir moins fréquemment (ex: Rougeole).

En phase d’épidémie, les décideurs cèdent parfois à la panique face à la bactérie infectieuse que l’on ne sait pas comment éradiquer et mettent parfois en place des arsenaux, notamment médicaux, qui s’avèrent au final injustifiés (ex: Grippe aviaire). Dans ces cas de figures, la biodiversité est a priori considérée comme une menace pour la santé humaine.

Quels sont les risques réels aujourd’hui?

En Europe, les zoonoses sont rares. Elles sont à l’origine de moins de 10% de la mortalité et sont souvent liées à la façon dont on s’est exposé à cette faune sauvage. Globalement, on constate que la mortalité par risque infectieux a fortement baissé dans le monde, malgré une recrudescence depuis les années 1990 du fait du SIDA. En mai 2008, l’OMS annonçait même que les maladies infectieuses n’étaient plus les premières pathologies, mais que par contre les cancers et maladies «chroniques » avaient explosé. Toutefois, les maladies infectieuses restent à surveiller, car elles semblent connaître une résurgence dans certaines régions du monde.

Que fait-on aujourd’hui pour préserver la santé humaine ? On extermine la faune !

Aujourd’hui, souvent par méconnaissance et par volonté de réaction rapide, on considère que la destruction des animaux porteurs de la maladie infectieuse est la solution la plus adaptée. Or de nombreux exemples montrent que la solution n’est pas là : exterminer une espèce n’est pas une solution et engendre des bouleversements dans l’équilibre d’un écosystème qui peuvent être important et affecter eux-mêmes la santé de l’homme… Par exemple, si on extermine les renards, porteur potentiel de la rage, alors lapins et rats pullulent et les maladies qu’ils transportent et transmettent à l’homme aussi. En conclusion, oui bien sûr des maladies touchant l’homme sont issues de la diversité biologique, mais la biodiversité peut être aussi un bon rempart pour protéger la santé humaine !

La biodiversité : atout pour la santé

Forêts, je vous aime !

Globalement, on se rend compte que la diversité des espèces freine la propagation des maladies infectieuses. On observe par exemple que dans les forêts mélangées composées d’espèces naturellement implantés dans la région, la résistance des différentes espèces d’arbres aux maladies est très importante. La diversité du vivant permet de limiter le développement des pathogènes. A l’inverse, dans les forêts «cultivées » dédiées à une espèce, pourtant sélectionnée pour sa résistance, on constate une augmentation des maladies des arbres. Or, c’est ce type de forêts qui tend à se développer avec par exemple le cas des forêts d’eucalyptus dédiées aux biocarburants.

Les services rendus par la biodiversité sont-ils mesurables?

En 2000, l’ONU a commandé une étude : «Le Millenium Ecosystem Assesment » afin de mettre en évidence l’immensité des services rendus par les écosystèmes à l’humanité et notamment en ce qui concerne notre bien être. Les services des écosystèmes, constituants du bien-être humain Prenons une fois encore, l’exemple de la forêt. Elle ne sert pas seulement à la production de bois, elle participe également à la régulation du climat, mais c’est aussi un lieu de promenades, voire d’inspiration artistique !

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En 1852, le peintre Théodore Rousseau avait demandé à Napoléon III d’épargner les arbres des Gorges de Franchard. Ce dernier avait répondu favorablement en créant une « réserve artistique » pour « le plaisir exclusif du promeneur et de l’artiste » !

La biodiversité est un constituant de notre bien-être, de notre santé psychologique et mentale. Une étude menée en 1984 aux USA a permis de montrer que les personnes convalescentes qui avaient une vue directe sur des arbres à l’extérieur avaient un temps d’hospitalisation postopératoire plus court, créaient moins de complications mineures à traiter (maux de têtes) et moins de tensions avec le personnel que ceux qui avaient une vue sur un mur voisin ! Réintégrer l’arbre en milieu urbain pourrait donc à la fois améliorer la qualité de l’air mais aussi tout simplement la qualité de vie !

Détérioration de la biodiversité: quels risques sanitaires

Face aux menaces de la « nature sauvage », l’homme aggrave son cas par son comportement.

Comment l’homme aggrave son cas…

Le commerce international, la mondialisation et l’accélération…

Les maladies infectieuses, que nous avons évoquées précédemment, sont favorisées par l’homme de diverses façons notamment du fait de l’apparition de zone de densité humaine trop importante (Inde et Chine), de la mondialisation qui augmente la vitesse des échanges (ex : le commerce de volailles), du réchauffement climatique qui augmente le risque de diffusion et de prolifération des moustiques par exemple, et enfin de la déforestation qui accélère la diffusion des espèces porteuses de maladies dans l’écosystème (ex : Migration du virus du West Nile).

L’aménagement du territoire

– La déforestation

Dans plusieurs cas, les aménagements territoriaux de l’homme ont détruit ou modifié la biodiversité et entraîné la transmission de maladies à l’homme.

En Inde par exemple, la déforestation est à l’origine de la perte de nombreuses plantes médicinales, mais a aussi contribué au développement de certaines maladies endémiques comme la fièvre jaune ou la leishmaniose. Dans les zones où il y a peu de biodiversité, la maladie se propage vite et est transmise plus rapidement à l’homme. Lors de la traversée des Etats Unis par l’épidémie de West Nile, il y a quelques années, on a pu constater que sa propagation était beaucoup plus rapide dans les vastes espaces agricoles homogènes, où le virus pouvait vite s’adapter aux quelques espèces d’oiseaux survivantes, que dans les zones forestières ou à paysages variés, avec de nombreuses espèces différentes d’oiseaux, cette diversité empêchant une adaptation du virus.

– L’urbanisation

Au Brésil, on se rend compte que c’est l’urbanisation et l’exploitation intensive des palmiers qui a participé à la réapparition massive de la maladie de Chagas. Cette maladie est transmise à l’homme via différents insectes notamment les punaises. Au Brésil, on trouvait des punaises dans la savane sèche, où celles-ci vivaient dans les systèmes rocheux à l’écart des populations humaines. Or, dans cette savane, la densité de population a augmenté, et une population en situation de précarité s’y est établie dans des habitations sommaires le long des routes. Ces nouvelles conditions ont permis aux punaises de s’installer dans ces nouveaux milieux (les bidonvilles remplaçant les amas rocheux), de se développer sur les animaux domestiques et au final de contaminer les hommes. De surcroît, la proximité des nouvelles routes a augmenté la vitesse de diffusion de la maladie. Une diffusion encore accentuée par la multiplication des palmiers en ville, et leur exploitation intensive à proximité des centres urbains. Ces arbres étant de vrais réceptacles à punaises, leur introduction au cœur ou à proximité des villes à favoriser le contact des punaises et des hommes…

L’exposition plus ou moins choisie à la faune sauvage

L’exposition volontaire de l’homme à la faune sauvage est aussi un facteur aggravant. Comme c’est par exemple le cas des jeunes qui adoptent des rats de compagnie et qui développent des maladies de peau. Ceci nous amène à repenser la menace que constitue la faune sauvage… N’est-ce-pas plutôt la façon dont l’homme s’y expose qui est à réguler ?

Soigner les infections : mission impossible ?

Une des autres principales sources d’inquiétude aujourd’hui relève de la façon dont on va soigner les maladies infectieuses dans les années à venir : nos méthodes de soin ont pu en effet aggraver certaines des menaces. L’usage abondant d’antibiotique a par exemple permis aux bactéries de devenir plus résistantes. Actuellement, il y a encore peu de mortalité liée à l’antibio-résistance, mais la régression de l’efficacité des antibiotiques est de plus en plus inquiétante. Les bactéries sont partout, présentes partout dans les écosystèmes depuis la nuit des temps.

Il en existe plusieurs types : les bactéries pathogènes, les bactéries commensales (présentes dans l’organisme, etc.) et les bactéries commensales opportunistes (à l’origine des maladies nosocomiales). Leurs capacités d’évolution sont très importantes. Il n’y a pas une bactérie de plus ou de moins sur terre depuis l’apparition des antibiotiques, mais globalement elles sont devenues plus résistantes et le risque est qu’elles transmettent cette résistance aux bactéries pathogènes est important.

On consomme actuellement en Europe, environ 20 000 tonnes d’antibiotiques par an : hôpitaux, médication, santé vétérinaire, élevage et agriculture. D’où une explosion de bactéries résistantes, de manière progressive (et pour plusieurs antibiotiques à la fois). Pour lutter, des mesures d’hygiènes ont été adoptées et ont permis de faire chuter les maladies nosocomiales, mais il y a des limites à cette régression : après des succès la politique de renforcement des règles d’hygiène atteint ses limites. Toute action d’éradication, ne tenant pas compte des principes de l’adaptation/évolution, provoque en fait l’effet inverse à celui recherché. Comme avec le DDT en agriculture, une antibiothérapie massive et aveugle détruit autant les bactéries bénéfiques (comme la flore intestinale), ouvrant la porte à des pathogènes, et provoque l’adaptation des bactéries cibles, qui deviennent résistantes. Il faut s’orienter vers des approches mieux maitrisées et accepter, justement, une certaine biodiversité. Aussi, la seule voie possible semble être celle de la diminution de la consommation d’antibiotiques à la fois en médecine humaine et vétérinaire.

Pollutions chimiques : l’effet boomerang

Deuxième impact de l’activité humaine sur la biodiversité, avec effets aggravant pour la santé : les polluants chimiques rejetés dans l’environnement. Ces derniers polluent l’ensemble des écosystèmes (animaux, végétaux, eau, etc.). . Ces produits se concentrent et leurs effets s’amplifient au cours de leur parcours le long de la chaîne alimentaire (ex: Cadmium). C’est ce que l’on appelle le processus de bioconcentration. En bout de chaîne, l’homme se retrouve donc impacté fortement. De surcroît, il est soumis à divers polluants en même temps et que ceux-ci peuvent rester et produire leurs effets pendant très longtemps.

Pesticides et Nitrates 

Les écosystèmes souffrent particulièrement aujourd’hui des pollutions générées par les pesticides. D’origine agricole, ces polluants se retrouvent notamment dans l’eau ainsi que dans les végétaux consommés par les animaux et les hommes. On a d’ailleurs constaté que chez des huitres ayant été exposées à des cocktails de pesticides, la mortalité était particulièrement forte en cas d’attaque bactérienne. Lors d’une seconde expérience ayant exposé des huitres à l’atrazine, un pesticide, si l’on n’a relevé aucune mortalité anormale, en revanche, on a pu observer l’apparition d’anomalies chromosomiques… Ce qui signifie que ce pesticide a des effets sur le génome des mollusques. On peut donc craindre que ces polluants aient des effets similaires sur l’homme. C’est ce qui a d’ailleurs été prouvé notamment en ce qui concerne l’herbicide « Round Up », avec des effets sur le système de reproduction. Les nitrates sont également pointés du doigt. Mis en cause dans la survenue de cancers gastriques, ces derniers engendrent l’eutrophisation des milieux aquatiques, elle-même source de développement des cyanobactéries qui représentent un réservoir important de maladies transmissibles à l’homme.

PCB

Les pollutions ne sont cependant pas seulement d’origine agricole, elles peuvent aussi être d’origine industrielle, comme c’est le cas des PCB. Interdits en France depuis 1987, les PCB étaient autrefois utilisés dans l’industrie. Largement déversés dans les cours d’eau, ils ont contaminé les poissons qui finissent par contaminer l’homme. S’il est encore aujourd’hui difficile de déterminer le niveau de toxicité des PCB pour la santé humaine, on sait entre autre que ces polluants organiques persistants sont neurotoxiques, ont un effet promoteur du cancer et sont également mis en cause dans la baisse du système immunitaire, etc. Aujourd’hui, il paraît difficile d’éliminer cette pollution.

Perturbateurs endocriniens

L’exemple peut être le plus probant du lien entre santé des écosystèmes et santé humaine est celui des perturbateurs endocriniens. Lorsqu’on s’est rendu compte que les poissons changeaient de sexe sous l’influence de certains polluants, on a commencé à s’inquiéter pour l’homme. Les pollutions environnementales et notamment si elles sont subies au cours de la période fœtale ont un rôle capital dans l’augmentation de la stérilité masculine aujourd’hui. En effet, aujourd’hui on constate une chute de la production spermatique, une augmentation des cancers testiculaires ainsi que des malformations des parties génitales (hypospadias et cryptorchidisme). Des études sur les rats et sur l’homme montrent l’impact des phtalates sur les pathologies précitées. L’étude sur la faune sauvage a également permis d’identifier des changements de sexe chez les poissons exposés au DDT, puissant pesticide encore recommandé par l’OMS pour se préserver du paludisme[1].

Médicaments

Enfin, dernière pollution évoquée celle des médicaments, que l’on retrouve notamment dans l’eau. L’eau étant en perpétuel recyclage, l’introduction d’un polluant dans le cycle pose évidemment problème. Pour un risque infectieux, on peut repérer le pathogène, mais pour un risque chimique, c’est quasiment impossible en raison de la diversité de polluants ainsi que des variations liées à leur niveau de concentration. Les médicaments polluent les nappes phréatiques via deux moyens. D’abord, on sait que 47 % des médicaments achetés ne sont pas utilisés. Seulement 22% sont retournées en pharmacie, les autres sont soit jetés avec le reste des ordures ménagères (66%), soit dans les toilettes (12%) et se trouve donc dans les décharges et les égouts.

Deuxièmement, les médicaments sont rejetés dans l’eau via les urines et les excréments des personnes ou des animaux d’élevage les consommant. Ainsi, on retrouve dans l’eau : des anticancéreux, des hormones (pilules contraceptives), des antibiotiques et des antidépresseurs. Les stations d’épuration n’étant pas équipées pour filtrer ces molécules, on en retrouve dans les eaux et les boues produites par celles-ci. Or, ces dernières sont souvent utilisées pour l’épandage…ce qui renvoient les résidus médicamenteux dans les produits agricoles et les nappes phréatiques. A Marseille, ces boues sont répandues au large des calanques et, suite à une étude, on a pu retrouver en mer des traces de paracétamol et d’antidépresseurs, ce qui a immanquablement un effet sur l’écosystème. L’idée que la santé de la biodiversité c’est aussi la santé de l’humain s’impose.

Enjeux et perspectives

L’ensemble de ces discussions ont abouti à la conclusion qu’il y a bien un enjeu «biodiversité et santé», voici en quelques mots ses enjeux et perspectives possibles.

Un enjeu international et social

Penser la biodiversité s’inscrit dans une compréhension globale des espaces naturels et semi-naturels, qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas toujours en même temps que les frontières. La santé des populations des pays du sud, notamment en ce qui concerne la gestion qu’ils feront des zoonoses, peut avoir une répercussion importante sur celle des populations des pays du Nord. L’objectif de traiter des maladies émergentes infectieuses chez nous, suppose d’abord de traiter de ces questions dans le sud. Il est nécessaire de repenser la biodiversité dans un cadre global à l’instar du commerce équitable : « Attention, la santé des uns s’améliore pendant que la santé d’autres se détériore : il y a un enjeu d’égalités. ». Le respect pour l’environnement et pour la biodiversité est en fait une conséquence d’un respect pour la personne.

Un enjeu local

Toutefois, même si dans certains cas on voit mal comment agir pour améliorer la situation (PCB), un avantage certain de la biodiversité, c’est que des actions locales ont un impact immédiat et local. Ceci est différent par exemple du changement climatique, dont les actions locales ont des effets globaux, donc peu ou pas visibles. On peut donc, en matière de biodiversité permettre un lien plus direct et visible entre action et effet, que ce soit en mal (les pesticides et nitrates d’une zone agricole impactent immédiatement et directement les nappes et l’eau distribuée dans les villages et habitations de la zone ; l’éradication des renards se traduit par une pullulation des lapins et rongeurs ; …) ou en bien (la reforestation d’un flan de montagne limite l’érosion et les inondations des terres juste en dessous ; la plantation d’arbres dans la ville apporte immédiatement de l’ombre et limite donc la chaleur en été ; une meilleure hygiène et une antibiothérapie maitrisée dans un hôpital diminuent aussitôt les cas de résistance ;…). A un niveau de proximité plus direct, il y a encore quelques possibilités d’agir : par exemple, collectivement, en créant des jardins partagés bio ; ou si l’on a la chance d’avoir un jardin, d’en faire une oasis sans pesticides ou agressions contre la biodiversité.

Droit et information

Un droit du vivant ou des droits sur le vivant ?

La biodiversité est capitale dans le développement de nos médicaments. C’est pourquoi la diversité biologique représente pour les firmes pharmaceutiques, notamment en termes de droit de propriété, une véritable manne. Aujourd’hui, des brevets peuvent être déposés sur les produits et leurs composants. Une firme peut déposer un brevet sur un médicament, mais aussi sur une variété végétale ou animale sélectionnée naturellement et bien sûr sur les OGM… Ceci pose le problème de l’accès pour tous à la diversité génétique, aux ressources, aux technologies et aux produits. Ce qui a pour effet de bloquer la recherche et notamment celle sur les maladies du SUD pour lesquelles peu de fonds sont dégagés… Le droit de propriété sur le vivant favorise les firmes du nord, renchérit les prix, exclue les génériques, oriente les soins vers les maladies du nord, crée des dépendances vis-à-vis de l’existant. « Le système des brevets va vers son autoblocage ». Deux voies lui semblent aujourd’hui possibles pour sortir de cette impasse : l’Open Source et la réforme de la propriété intellectuelle.

La transparence sur la situation et les décisions publiques?

Enfin, cette thématique mérite qu’on en fasse un véritable sujet de communication pour que les spécialistes soient formés, pour que les décideurs soient sensibilisés et pour que le grand public soit informé. La Charte de l’environnement, annexée à la constitution, stipule que le citoyen a le droit d’être informé lorsqu’on porte atteinte à la biodiversité ou à la santé humaine. Or, il est aujourd’hui difficile d’accéder à l’information scientifique sur le lien santé-environnement.

Pour conclure…

Globalement, on peut conclure que, certes la biodiversité, au moins via des espèces sauvages, peut être (et est généralement) considérée comme porteuse de menaces pour la santé humaine, avec des maladies infectieuses, anciennes (peste, …) ou émergentes.

Mais, d’une part, cette biodiversité, en particulier les milieux naturels, rendent à l’homme des services inestimables, directement liés à sa santé (dilution des maladies, ressource en médicaments, etc.), mais plus globalement à son bien être et à sa survie (régulation du climat, maîtrise des événements extrêmes, nourriture, mais aussi beauté des paysages, harmonie avec la nature, promenades,…).

D’autre part, quand menaces il y a, elles sont aggravées, voire déclenchées, dans des proportions extrêmes, et alors dangereuses, par l’homme lui-même : par la déforestation, l’urbanisation, l’ouverture de voies de circulation (véritables voies de pénétration pour les pathologies infectieuses), l’homogénéisation des paysages, le commerce international… ainsi que par des pratiques inadaptées ignorant les lois de l’adaptation (épandage massif de pesticides, antibiothérapie lourde,…).

L’homme aggrave encore son cas, et provoque de nouvelles menaces, par exemple en utilisant les milieux naturels comme réceptacles de ses pollutions : l’effet boomerang est immédiat et dévastateur, avec bioconcentration, cumul des effets multi polluants, multi doses, la persistance à long terme des effets indésirables, etc. Ce sont alors allergies, cancers, troubles de la reproduction, …

Sans parler du droit de la propriété du vivant, ou de l’absence de transparence, qui compliquent encore le jeu.

Et comme toujours, le cumul des vulnérabilités touchent les pays ou les personnes les plus faibles : le lien santé et biodiversité est un enjeu social.

La multiplicité des interrelations, l’enjeu des savoirs, sont autant d’éléments qui donnent au sujet une incontestable ampleur internationale.

Pourtant, la biodiversité, en particulier dans son lien avec la santé, présente un grand avantage : les actions locales ont des effets locaux, visibles aisément et rapidement. La mobilisation locale est donc possible, si l’on prend la peine de soulever la problématique et de croiser données et regards. Les décideurs locaux ont un rôle important à jouer.

L’ensemble de ces discussions ont abouti à la conclusion qu’il y a bien un enjeu «biodiversité et santé», un incontestable lien problématique entre le vivant (dont nous sommes) et la santé, au sens large, comme l’entend l’OMS : « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

 Texte réalisé à l’issu du séminaire santé-biodiversité du 1er et 2 juillet 2010 organisé par la Ligue Roc et l’ASEF au siège du CIRAD à Paris, auquel ont participé :

Grands témoins

Jean Claude Ameisen, médecin, chercheur, professeur d’immunologie, membre du CCNE -Comité Consultatif National d’Ethique- et président du comité d’éthique de l’INSERM

Patrice Debré, médecin hospitalier, Ambassadeur de France chargé de la Lutte contre le Sida et les maladies transmissibles

Intervenants

Antoine Andremont, médecin microbiologiste, responsable du Laboratoire de Bactériologie, Groupe Hospitalier Bichat-Claude Bernard; Marc Artois, vétérinaire et spécialiste des maladies des mammifères sauvages; Jean-Pierre Canet, journaliste; Marie-Laure Desprez-Loustau, chargée de recherche, pathologie végétale, INRA; René Habert, professeur à l’Université Paris 7, directeur de l’UMR Gamétogenèse et Génotoxicité; Jean Claude Lefeuvre, professeur émérite, président du comité permanant du Conseil National de la Protection de la Nature; Serge Morand, directeur de recherche à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, CNRS; Alain Ragon, docteur en pharmacie, directeur du Laboratoire des Eaux de Marseille; Tristan Renault, pathologiste, responsable de département, Ifremer; Pierre Souvet, cardiologue, président de l’ASEF; Michel Trommetter, directeur de recherches au laboratoire d’économie appliquée, INRA

Organisateurs

Caroline Alberola, Chargée des missions scientifiques ASEF; Christophe Aubel, Directeur de la Ligue Roc; Nelly Boutinot, Vice-Présidente Ligue Roc; Ludivine Ferrer, Chargée de communication ASEF; Patrice Halimi, Secrétaire Général de l’ASEF; Gilles Pipien, administrateur, Ligue ROC; François Reeves, Observateur Ligue Roc; Jacques Weber, économiste, biologiste et anthropologue, membre du comité d’experts Ligue ROC

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