Notre soirée "La santé est dans le pré" - 2010

  • Le Dr Halimi lors de la soirée "La santé est dans le pré" en 2010

En 2010, l’ASEF organisait à Aix-en-Provence une soirée-débat sur l’alimentation. Agriculteurs, chefs cuisiniers, médecins, mais aussi responsables politiques ont discuté de l’avenir de l’agriculture locale et tenter de comprendre pourquoi les prix des produits frais sont si élevés alors que les agriculteurs font faillites…

A l’origine de cette confrontation grand public, deux associations : l’antenne Provence de l’Association Santé Environnement France, composée exclusivement de professionnels de santé en France, et P’Aix 21, qui fédère de nombreux experts du développement durable. Ces derniers mois, les deux groupes ont beaucoup travaillé sur la question de l’alimentation, et notamment l’ASEF qui a mené une étude comparative entre le « Bio » et le « Discount » en coopération avec France 3 et Ligne de Mire.

Les trois tables rondes et les deux films inédits présentés lors de cette soirée avaient pour but de donner des pistes au consommateur pour devenir un consomm’acteur désireux de préserver sa santé et ses agriculteurs locaux !

Santé & Alimentation : quel lien 

La première table ronde qui réunissait médecins, agriculteurs et chef cuisinier avait pour but de faire le point sur l’impact de notre alimentation sur notre santé.

Parmi les sujets les plus contestés du moment : l’impact des pesticides et leur rôle dans la survenue du cancer. Invité à cette table ronde, le Dr Jean-Philippe Calla, cancérologue à Manosque, a rappelé l’impact des pesticides, mais aussi et surtout le caractère multifactoriel du cancer : « Il existe peu de cancers pour lesquels un seul élément est mis en cause et reconnu. On peut citer: ceux de la peau suite à une exposition au soleil trop importante et ceux du système lymphatique fréquents chez les populations d’agriculteurs fortement exposés aux pesticides ». Pour les autres et notamment les cancers dits «émergents», dont on observe la multiplication aujourd’hui, la cause est difficile à déterminer. Alors, à quoi sont-ils dus ? « Pour répondre à cette question, il faudrait que nous puissions isoler un à un les facteurs soupçonnés afin de tester lequel a un impact déterminant. Or, nous vivons dans un environnement où nous sommes exposés à une multitude d’éléments qui peuvent influer sur notre organisme, si bien qu’il est très difficile de démontrer avec certitude lequel joue à coup sûr un rôle dans le développement de ces maladies. Pour les mêmes raisons, il est difficile d’étudier les causes des maladies d’Alzheimer ou de Parkinson chez les agriculteurs, bien que l’on soupçonne de plus en plus les pesticides d’en être à l’origine ».

Mais pour le consommateur alors, quels sont les risques? En 2009, le rapport de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes estimait que 52,1% des fruits et légumes analysés en 2007 en France comportaient des résidus de pesticides et que 7,6% dépassaient les doses autorisées. Or, on mesure encore mal l’effet à long terme des faibles doses ingérées par les consommateurs et surtout celui des interactions entre les différents produits. D’autant plus que le consommateur est également exposé aux pesticides via l’eau. En 2005, l’Institut Français de l’Environnement a trouvé des pesticides dans 91% des points de mesures en rivière et dans 55% des eaux souterraines. Pour Olivier Pascal, Président des Jeunes Agriculteurs de PACA, il ne faut pas faire des agriculteurs les seuls responsables de cette pollution : «Les polluants que l’on retrouve aujourd’hui dans les cours d’eau sont en réalité des résidus de produits désormais interdits sur le marché, mais qui avaient obtenu le feu vert à l’époque pour leur utilisation… Nous nous servons simplement des produits dont on nous dit de nous servir à un moment donné. La responsabilité n’incombe donc pas qu’aux agriculteurs». Autre source de pollution aux pesticides pour le consommateur : l’utilisation de pesticides « domestiques ». LeDr Pierre Souvet, Président de l’Association Santé Environnement Francea rappelé l’impact notamment du « Round Up » de Monsanto, pour ne pas le citer, sur les «jardiniers du dimanche» qui l’utilisent sans prendre aucune précaution. Des études ont démontré que ce produit est la cause d’importantes malformations du fœtus pour les parents exposés même à de faibles doses.

Alors faut-il éviter les pesticides à tout prix ? Doit-on manger seulement « Bio » ? Pour la plupart des médecins présents, il ne faut pas faire du « Bio » une obsession et il faut faire particulièrement attention au « Bio » qui voyage. Au niveau de l’avantage nutritionnel, ce qui importe le plus c’est de savoir si le produit est local et de saison, et donc frais. Alors, bien sûr, si ces produits locaux sont aussi « Bio », ça n’est que mieux car « le « Bio » est surtout utile pour ce qu’il n’apporte pas : pas de pesticides, pas de produits chimiques, etc. ». Ceci étant si vous ne pouvez pas vous le permettre, consommez tout de même des fruits et légumes, qu’il faudra penser à bien rincer, car leurs bénéfices pour la santé restent plus importants que les méfaits liés à leurs contaminants. « C’est toujours mieux pour la santé que de consommer des produits industriels» affirme le Dr Eric Ménat, Médecin spécialiste de la nutrition-santé. « Etre d’une fidélité sans faille au bio n’est pas suffisant. Si on mange des frites, même biologiques, cela produit toujours des acides gras qui sont mauvais pour la santé.». Pour ce médecin, l’essentiel est d’équilibrer son alimentation : « Chaque année 150 000 personnes meurent de problèmes cardio-vasculaires, dans un tiers des cas c’est le régime alimentaire qui est mis en cause. ». Un point de vue conforté par le témoignage de Christophe GAVOT, Chef cuisinier à la Villa Gallici : « Il est vrai que de nombreux impératifs nous empêchent de manger convenablement dans la vie quotidienne : budget, temps, etc. C’est très facile de faire une salade ou un plat cuisiné, mais il faut qu’on vous ait appris à le faire. De nos jours, on se transmet moins les recettes de générations en générations. Il faut aussi faire preuve de bon sens si on fait attention à sa santé : on n’accompagne pas un cassoulet de frites, et lorsqu’on accommode une escalope avec de la sauce on essaie de servir des haricots verts». Mais, ces conseils sont-ils applicables au niveau financier? Consommer local et/ou « Bio », cela coûte t-il beaucoup plus cher ? Et pourquoi ?

Alimentation & Agriculture : pourquoi payer plus cher

La seconde table ronde permettait de comprendre pourquoi l’accès aux produits frais, encore plus à ceux étant « Bio », était encore aujourd’hui réservé à certaines catégories sociales.

Les prix des produits frais ne cessent d’augmenter et pourtant tous les jours des agriculteurs font faillites. « Il y a quelques décennies, l’État a tout fait pour concentrer l’acte d’achat en un lieu, la centrale d’achat. À cette époque, les supermarchés étaient nos alliés…» s’exclame Pierre Priolet, agriculteur depuis 1990 et fondateur du site Internet www.consommer-juste.fr. « Aujourd’hui, une centrale d’achat peut choisir d’acheter seulement 10% de la production d’un agriculteur. Il ne reste alors plus à celui-ci qu’à aller supplier chaque jour les autres centrales afin d’écouler les 90% restant. Dans ces cas-là, ce sont elles qui fixent leur prix, même si celui-ci est plus bas que le prix de revient. L’agriculteur est alors contraint d’accepter l’offre, car c’est toujours plus rentable que de subir une perte sèche ». Pour Pierre Priolet, aujourd’hui l’accès aux fruits et légumes est interdit à une grande partie de la population, par la pression des grandes surfaces, mais aussi par l’ajout de valeurs, qui n’ont rien à voir avec le produit comme l’emballage ou la sélection par exemple. « Tous les coûts de transport, d’emballage et de tri sont à notre charge. Il nous faudrait en gros 11 centimes de plus que le coût de revient pour pouvoir vivre de notre travail. En ce qui concerne les poires par exemple, la centrale d’achat les achète à l’agriculteur à 50 centimes d’euros le kilo, alors qu’on retrouve ces mêmes produits à 2 voire 3 Euros le kilo dans les rayons des supermarchés. Tout ceci fait que les ouvriers ne peuvent pas se payer les produits que moi je donne en travaillant à perte ! » s’insurge l’agriculteur. Le témoignage de Georges Gomis, qui a choisi de passer de la culture des tomates hors sol à une polyculture «Bio» depuis 2005, est venu illustrer ces dysfonctionnements : « Comme mon père, j’ai produit pendant des années des tomates en hors-sol. La grande distribution nous imposait son cahier des charges : taille, couleur, forme… Le syndicat nous encourageait à produire ainsi, de même que le Crédit Agricole qui aidait au financement de l’exploitation. Au final, on devient des techniciens de la terre. Pourtant, un jour, sans avoir rien changé dans ma méthode de travail, j’étais en faillite, sans comprendre pourquoi d’ailleurs. J’avais suivi tout ce que l’on me demandait, mais le prix de vente avait tellement diminué qu’il devenait inférieur au prix de revient». C’est à ce moment là que l’agriculteur rencontre «Alliance Provence», un réseau régional d’AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) et qu’il décide de monter la sienne. En un an, il passe d’une monoculture de type industriel sous serre pratiquée depuis 15 ans à une polyculture « Bio » qui devient vite rentable et qui « redonne une place à la nature ».

Le « Bio » serait-il donc également le moyen de favoriser biodiversité et environnement à l’inverse de l’agriculture conventionnelle ou « raisonnée » ?Sur cette question, tous les agriculteurs présents n’étaient pas d’accord… Pierre Priolet a rappelé son agacement par rapport à l’image de pollueur que l’on donne à l’agriculteur conventionnel. «Les agriculteurs sont liés aux produits phytosanitaires comme les médecins sont liés à l’industrie pharmaceutique. Les industriels polluent beaucoup plus que nous !. J’en ai marre que nous soyons diabolisés ! Nous faisons face quotidiennement au mépris de la société qui ne peut pas reconnaître notre travail ! Je ne suis pas un pollueur, je suis pour que la nature donne le meilleur d’elle-même, et aussi pour la respecter.». L’agriculture «raisonnée » va-t-elle dans ce sens ? Georges Gomis a tenu à définir ce terme trop souvent compris comme un synonyme du « Bio »: «Le «raisonnée» ne signifie absolument pas agriculture biologique. L’agriculture biologique est aujourd’hui la seule contrôlée et certifiée ! L’agriculture « raisonnée» ne l’est pas. Ne soyez pas dupes!». Un point de vue qu’Olivier Pascal, Président des Jeunes Agriculteurs de PACA,a tenu à modérer «L’agriculture raisonnée n’a jamais prétendu être sans pesticides. Toutefois il s’agit d’une forme d’exploitation agricole spécifique en ce qu’elle ne promeut plus l’utilisation intensive des produits phytosanitaires, mais un usage au cas par cas, si besoin».

« Bio » ou non, les agriculteurs locaux souffrent financièrement. Alors quelles solutions s’offrent aux consommateurs pour les aider ? Etonné de voir que « les politiques se battent avec le commerce équitable pour améliorer les conditions de vie de personnes loin de chez nous alors qu’il y aurait déjà du travail à faire en France », Christophe Gavot, chef cuisinier à la Villa Gallici, nous explique comment un grand restaurant choisit ses produits : « Nos critères de choix principaux sont le coût, le goût et leur origine (produits provençaux locaux en priorité). Nous nous efforçons d’acheter à hauteur de 98% des produits de saison et locaux. Mais parfois la clientèle a des exigences auxquelles nous devons nous plier : à certaine période de l’année il est impossible de proposer une salade de fruit avec des seuls fruits de saison». Changer nos habitudes alimentaires, ne pas vouloir des fraises au mois de décembre, ni des papayes en Provence, peut être est-ce là un début de solutions. Mais, est-ce suffisant pour consommer en étant surs que le producteur gagne aussi sa vie ? Le concept lancé par Pierre Priolet propose un moyen de garantir aux consommateurs que les produits qu’ils achètent ont été rétribués justement. « Il faut que tout le monde se rende compte que le « pas cher » des supermarchés est en fait humainement très cher ». Son idée est de créer des points de distribution direct du producteur au consommateur, pour éviter les intermédiaires, notamment dans les zones en difficulté. Les consommateurs seront adhérents et les commandes seront passées au jour le jour: « On pourra servir les collectivités et pourquoi pas les restaurants du quartier. Le juste prix identifié est pour moi un acte politique, en ce sens qu’il permet à chacun d’entre nous de se servir de son pouvoir d’achat et de refuser l’iniquité. ». Les deux autres agriculteurs présents, Olivier Pascal et Georges Gomis, ont également rappelé l’importance de la pression exercée par les consommateurs. En refusant d’acheter certains produits nocifs pour l’environnement ou la santé, on influe sur l’offre proposée par les distributeurs. Le Dr Patrice Halimi, Président de l’antenne Provence de l’ASEF, qui animait ce second débat, a rappelé l’exemple des biberons au BPA, qui aujourd’hui ont été interdits notamment parce que les parents ont décidé de les bouder sur les rayons des supermarchés… Mais la pression des grandes surfaces, est-ce là le seul problème auxquels les agriculteurs doivent aujourd’hui faire face ?

Agriculture & Politiques publiques : quels enjeux

La dernière table ronde réunissait responsables de politiques publiques, spécialistes de l’aménagement du territoire, avocats et agronomes pour parler des problèmes de l’accès à la terre. Elle était animé par Gilles Pipien, Expert à la Banque Mondiale et Président de P’Aix 21.

En PACA, la situation est plus dramatique que dans le reste de la France, car on y perd chaque année 0,72% des terres agricoles contre 0,6% en moyenne nationalement. De nombreuses études portant sur les communes du littoral montrent que les pertes y sont d’autant plus importantes et continues. Pourquoi ces terres agricoles disparaissent-elles ? « Les faibles retraites agricoles incitent la plupart des agriculteurs à revendre leur terrain au prix fort s’il est passé constructible » explique Max Lefevre, Adjoint au Directeur Général de la SAFER PACA, dont la mission est de traiter l’aspect foncier de l’aménagement du territoire rural. Une note « positive » cependant, la SAFER a dénombré en 2009 une centaine d’installations, dont 60% émanaient hors du cadre familial. De plus en plus ces installations se spécialisent dans des produits en cycles courts et « Bo ». Il est vrai qu’en PACA, le prix des terrains agricoles n’est pas prohibitif : entre 6 et 8€ le mètre carré à proximité de Marseille, de 1,5 à 2€ en Pays d’Aix et de 0,8 à 1€ dans les Alpes de Haute-Provence et les Hautes-Alpes. Par contre, si le terrain est déclaré « constructible » les prix flambent… En Pays d’Aix, le mètre carré en constructible se trouve entre 400 et 600€… Il est donc facile de comprendre pourquoi de nombreux agriculteurs, qui n’exploitent plus leurs terres, attendent qu’elles passent au prix fort pour les vendre…En attendant, les jeunes agriculteurs qui voudraient s’installer ne trouvent pas de terres… Pour Patrick Hubert, Avocat et Ancien Membre du Conseil d’Etat, il existe des solutions possibles : « Chaque agriculteur a intérêt à ce que son terrain soit déclaré constructible, car la valeur de son terrain augmente automatiquement. Il faudrait répartir les bénéfices de la déclaration de constructibilité d’un terrain avec les propriétaires des terrains voisins n’ayant pas bénéficié de ce droit. D’ailleurs la privation générale du droit de construire , il y a 50 ans n’a pas donné lieu à de compensations bien que le dommage induit par la baisse du prix du foncier fut présent… ».

Autre problème découlant du premier : celui du mitage. « Je rappelle que le droit de propriété est posé par la déclaration universelle des droits de l’homme, et qu’en cela on ne peut porter atteinte au droit de propriété. De notre côté, nous avons mené des études sur le mitage des maisons individuelles dans des zones rurales, mais urbanisables. Notre mode de développement actuel pousse à la dispersion urbaine» a expliqué Pierre-Louis Soldaïni, Directeur de l’Etablissement Public Foncier de PACA, acteur majeur de l’aménagement du territoire: La Région PACA est fortement concernée par la croissance démographique (1% par an contre 0,7% de moyenne nationale°), mais les villes ne construisent que la moitié de ce qui serait nécessaire, d’où un accroissement du mitage. « Pour limiter ce phénomène, il faudrait du courage politique car, individuellement, je ne voudrais pas que mon pavillon individuel se retrouve entouré d’habitats collectifs. Pourtant, densifier la population sur un espace donné permet des économies d’énergie, de transport et surtout d’espaces pour revenir à ce qui nous intéresse.». Enfin, Jean-Pierre Berlan, Ingénieur Agronome à l’INRA et Docteur d’Etat ès sciences économiques, a abordé l’aspect environnemental du maintien des terres agricoles en rappelant leur importance dans la préservation de la biodiversité : «Il est clair qu’il n’y aura pas de dissuasion tant que les prix varieront de 1 à 100. Notre problème est d’avoir des terres agricoles vivantes : 80% de la biomasse sur terre se trouve dans les 30 cm de pellicule à la surface, cette biomasse est fracassée par l’urbanisation. ».

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