30 novembre 2020

Consultations dédiées à la prévention en santé environnementale

Un nombre croissant de pathologies liées à nos modes de vie émergent et sont classées par l’OMS sous le nom de maladies non transmissibles. Dans cet ensemble on retrouve notamment le diabète, les cancers, l’obésité, les troubles de la fertilité, les troubles du neurodéveloppement de l’enfant, les maladies neuro-dégénératives et d’autres moins connues mais nombreuses.

La pandémie actuelle révèle d’ailleurs toute l’importance du concept de santé planétaire (la santé des civilisations humaines et l’état des systèmes naturels dont elles dépendent). La plupart de ces maladies ayant des facteurs de risque environnementaux font le lit des formes compliquées du Covid et donc de sa gravité.

Au regard de l’évolution exponentielle de ces maladies pour lesquelles la toxicité de notre environnement ne fait plus aucun doute, il semblait de notre devoir de médecin d’agir en amont sur les causalités et d’en informer les patients du mieux possible.

Cette urgence que nous partagions tous les deux face à la situation environnementale globale et ses effets sur la santé nous a amené à mettre en place des consultations d’information et de prévention dédiées à cette thématique. Le premier public intéressé fut les futurs et jeunes parents. En effet nous nous sommes rendus compte que cette période de la vie est propice à une réflexion sur les facteurs qui protègent ou qui au contraire impactent la vie d’un nouvel être pour lequel on se sent responsable.

Cette consultation a pris la forme d’un temps d’échange d’une heure environ, centrée sur la réalité concrète des patients pour leur apporter une information utile et exploitable dans leurs actions quotidiennes.
En se fiant au parcours de vie du patient et de sa famille, on a pu développer des conseils accessibles et clairs en révélant les risques liés aux perturbateurs endocriniens, la pollution de l’air extérieur et intérieur, et plus largement les changements environnementaux globaux tel que le changement climatique, la perte de biodiversité etc…

Grâce à un questionnaire issu du guide de la fertilité de l’ASEF, on parvient à identifier des sources d’expositions à risque dans l’environnement des patients. De manière concrète, chez eux, dans les différentes pièces de la maison mais aussi au travail par exemple, en se basant sur le concept d’exposome (un concept correspondant à la totalité des expositions à des facteurs environnementaux (c’est-à-dire non génétiques) que subit un organisme humain de sa conception à sa fin de vie en passant par le développement in utero, complétant l’effet du génome).

Après avoir identifié certaines expositions à risque des patients, des conseils personnalisés veillant à être non culpabilisants ont pu être formulés. L’un des objectifs recherchés étant de ne pas faire reposer les conseils uniquement sur la responsabilité individuelle mais de contextualiser plus largement les problèmes structurels. Il est par exemple utile d’évoquer la place et la responsabilité des entreprises, des industriels en amont qui inondent de produits toxiques les marchés de consommation.

Informés, les patients peuvent ainsi faire des choix éclairés et envisager progressivement un changement d’habitudes. Ces transformations apparaissent importantes et nécessaires mais malheureusement ne suffisent pas.

Enfin grâce au suivi qu’entreprend le médecin généraliste dans son travail il est possible d’avoir régulièrement des retours sur les comportements adoptés ou non, les difficultés ou les succès qui ont découlé de l’information apportée lors de ces consultations dédiées.

Au-delà des bénéfices qu’une consultation exclusivement dédiée à la prévention peut espérer produire aux patients, il est à noter une grande satisfaction aussi pour nous d’avoir entrepris cette démarche et de se sentir utile sur ces enjeux sanitaires majeurs. Cela nous permet de gagner en cohérence et de trouver du sens dans notre pratique.

Par ailleurs, nous sommes persuadés que les personnes sensibilisées peuvent aussi dans leur entourage discuter de ces sujets. Par un effet boule de neige cela pourrait permettre une diffusion plus large des conseils de prévention, de meilleure santé et de bien-être.

Nous sommes conscients de la portée limitée de ces actions mais nous ne minimisons pas les changements que cela a opéré de notre côté. Nous nous sentons désormais plus légitimes et plus enclins à discuter de ces sujets dans d’autres moments de nos journées de travail. En essayant de changer les comportements de nos patients nous changeons aussi les nôtres.

Nous mettons à l’honneur le rôle de prévention qui nous est cher dans les valeurs que nous portons en tant que médecin généraliste. Nous essayons de les incarner un peu plus pour réduire un certain nombre de maladies évitables.

L’adage prévenir plutôt que guérir prend ici tout son sens.

Jean François Desfontaines, maitre de stage universitaire
Anthony Delcambre, interne en médecine générale

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