28 août 2025

Canicules et vagues de chaleur : repenser le travail face aux dérèglements climatiques

Alors que les vagues de chaleur extrême s’installent durablement dans notre quotidien, le monde du travail se retrouve en première ligne. Loin de n’être qu’un inconfort passager, ces épisodes représentent un véritable risque pour la santé, la sécurité et la performance des salariés. Cet article explore les enjeux et les leviers d’action pour adapter nos environnements professionnels à un climat qui se réchauffe, tout en intégrant des solutions favorables à la santé environnementale.

En août 2025, la France a traversé l’une des canicules les plus intenses jamais enregistrées. Avec des températures dépassant les 43 °C dans certaines régions, plusieurs départements placés en vigilance rouge et une pollution atmosphérique aggravée, cet épisode a rappelé avec force que le changement climatique n’est plus un scénario futuriste, mais une réalité qui façonne déjà notre quotidien professionnel.

 Météo France classe les niveaux d’alerte de chaleur en quatre seuils croissants : vert, jaune, orange et rouge. Ce système national de vigilance météorologique considère que nous subissons un épisode de chaleur intense dès que le seuil jaune est atteint. Les effets sur la santé vont de la déshydratation aux coups de chaleur, en passant par la fatigue, les crampes, les vertiges ou des troubles cardiorespiratoires. La chaleur augmente également les risques d’accidents (mains glissantes, baisse de vigilance, troubles de la vision, temps de réaction rallongés)[1]. Les travailleurs sont donc exposés à ces vagues de chaleur. La gravité des risques engendrés par une telle exposition varient selon les métiers exercés. Les secteurs les plus exposés sont l’agriculture, le BTP, l’industrie, la restauration, la sécurité, le transport, le tourisme ou encore le sport[2]. Cependant les employés de bureaux peuvent aussi être concernés par ces problématiques[3] en cas de problèmes d’aération, d’isolation ou de climatisation.

Au-delà des impacts sanitaires immédiats, ces épisodes posent une question de fond : comment continuer à travailler dans un climat qui se réchauffe et où les vagues de chaleur extrême deviennent la norme ?

Les travailleurs, les victimes oubliées des grosses chaleurs

Le changement climatique entraîne une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur, avec des températures bien supérieures aux normales saisonnières. L’été 2022, par exemple, a été le deuxième plus chaud observé en France depuis 1900, avec +2,3 °C par rapport à la moyenne 1991-2020 selon les données de Météo France[4]. Le mois de juin 2025 a pour sa part été le mois de juin le plus chaud enregistré en Europe de l’Ouest d’après l’Institut Copernicus[5].

Ces conditions extrêmes exposent les travailleurs au stress thermique, c’est-à-dire à une chaleur reçue par le corps supérieure à ce qu’il peut tolérer sans conséquence physiologique. Le maintien d’une température corporelle autour de 37 °C est essentiel : au-delà de 38 °C, les capacités physiques et cognitives se dégradent ; à plus de 40,6 °C, le risque de lésions organiques graves, de perte de conscience, voire de décès, devient élevé[6]. En 2024, sept hommes de 39 à 71 ans sont morts au travail « en lien possible avec la chaleur » selon Santé Publique France qui précise que six de ces accidents ont eu lieu dans le cadre d’une activité liée à la construction et aux travaux ou à l’agriculture.

Sur le plan économique, l’Organisation internationale du travail (OIT) estime qu’en 1995, la chaleur excessive a déjà entraîné une perte de 1,4 % du nombre total d’heures de travail dans le monde (35 millions d’emplois à plein temps). En 2030, cette perte pourrait atteindre 2,2 %, soit l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein[7].

Une législation qui se réchauffe… mais reste encore incomplète

En France, il n’existe pas de seuil légal de température maximale au travail. En effet, qu’il s’agisse d’une circonstance extérieure (chaleur, canicule, etc.) ou liée à l’environnement de travail (certaines machines dégagent de fortes chaleurs), la loi ne prévoit pas spécifiquement de température au-dessus de laquelle un salarié peut quitter son poste de travail. D’une façon plus générale en revanche, il existe un droit de retrait pour les salariés lorsqu’ils estiment qu’un danger grave et imminent menace leur vie ou leur santé. Comme la fréquence des vagues de chaleur ne cesse d’augmenter chaque année, il est devenu indispensable que des mesures fermes soient prises. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) recommande de son côté une vigilance dès 28 °C pour un travail physique et 30 °C pour un travail de bureau[8].

L’évolution autour de la législation du monde du travail est à saluer. D’abord reconnaissant la canicule comme une des intempéries ouvrant le droit au chômage technique sur les chantiers en 2024[9] (indemnisation à hauteur de 75 % du salaire)[10], un décret publié le 27 mai 2025 renforce les obligations des employeurs en cas de fortes chaleurs[11] :

  • Aménagement des postes pour limiter l’accumulation de chaleur : ventilation, occultation, brumisation
  • Mise à disposition d’au moins 3 litres d’eau potable fraîche par jour et par personne
  • Fourniture d’équipements adaptés : vêtements respirants, couvre-chefs, lunettes
  • Prise en compte spécifique des travailleurs vulnérables : femmes enceintes, pathologies chroniques
  • Information et formation obligatoires sur les signes et gestes à adopter face à un coup de chaleur

Quelles actions possibles pour protéger son équipe ?

Dans un contexte de forte chaleur, il est important de protéger les salariés, premières cibles dans le monde du travail. Il est en effet essentiel de préserver la santé de chacun des membres de son équipe afin de s’assurer de leur sécurité et offrir les conditions de travail les plus optimales. Pour cela, les entreprises peuvent :

  • Adapter l’organisation du travail : horaires décalés, travail tôt le matin ou en soirée et une augmentation de la fréquence des pauses permettraient aux salariés de ne pas être ou du moins peu exposés aux fortes chaleurs (particulièrement de 11h à 16h).
  • Aménager les locaux : zones de repos climatisées, ventilation, végétalisation ou ombrage des espaces extérieurs permettrait aux salariés de se reposer et d’éviter de prendre des coups de chaud. La végétation est connue pour ses vertus pour abaisser la température ressentie et améliorer notre microbiote.
  • Améliorer les équipements : protections solaires et dispositifs de rafraîchissement accessibles sont indispensables pour permettre de limiter l’exposition au soleil des salariés et d’assurer un certain bien être au travail.
  • Informer et former : sensibiliser aux symptômes (maux de tête, nausées, vertiges, sueurs abondantes, crampes) et aux gestes à adopter (s’hydrater, se mettre à l’ombre, alerter en cas de malaise) est fortement conseillé pour que chacun se protège et que les mesures adéquates soient prises en cas de problèmes liés à la chaleur sur le lieu de travail.

Quels bons réflexes adopter pour préserver sa santé face à ce phénomène ?

Même si la réglementation évolue dans le sens des travailleurs et que les employeurs prennent des mesures pour protéger leurs équipes des fortes chaleurs, il faut avoir conscience que chacun doit agir pour prévenir une trop forte exposition. Sur le lieu de travail, les salariés ne doivent pas hésiter à consulter la médecine du travail pour poser des questions concernant ces problématiques. En plus d’une consultation de la médecine du travail, il existe des gestes simples à mettre place pour réduire les risques liés à la chaleur dans le cadre de son travail :

  • S’hydrater régulièrement : même sans soif, il faut privilégier boire de l’eau.
  • Porter des vêtements adaptés : légers, de couleur claire, couvre-chef et lunettes de soleil en extérieur permet de mieux supporter la chaleur à laquelle vous pouvez faire face lors des  pouvons faire face.
  • Limiter l’effort physique aux heures les plus chaudes : il faut éviter l’exposition entre 11h et 16h. Durant cette période, la température et l’humidité atteignent souvent un seuil critique. Le corps peine alors à évacuer la chaleur et peut rapidement dériver vers une insolation ou un épuisement thermique.
  • Profiter des pauses à l’ombre ou dans des lieux frais. La végétation aide notamment à créer des îlots de fraîcheur et réduire localement la température et les concentrations de certains polluants de l’air : en période de canicule, la végétation réduit en moyenne la température de 2°C.
  • Être attentif aux signaux d’alerte : si des symptômes apparaissent, interrompre l’activité, se rafraîchir et alerter le reste de l’équipe et le superviseur. Votre santé doit rester la priorité.

Avec la poursuite du réchauffement climatique, la question de l’adaptation du travail aux canicules devient un enjeu durable pour la santé publique, la sécurité au travail et la performance économique. Les solutions existent, mais elles nécessitent une mobilisation conjointe des pouvoirs publics, des employeurs et des travailleurs pour que chacun puisse continuer à travailler en sécurité…

[1] Dossier « Travail à la chaleur », Institut national de recherche et de sécurité (INRS), 17/07/2025 ; URL : Travail à la chaleur. Ce qu’il faut retenir – Risques – INRS

[2] Global Report « Ensuring safety and health at work in a changing climate », International Labour Organization, 2024 ; URL : ILO_SafeDay24_Report_r11.pdf

[3] Ibid.

[4] Rapport « Travail par forte chaleur et canicule : quelles législations et actions de prévention à l’international ? », Eurogip, Juin 2023 ; URL : Microsoft Word – EUROGIP-Travail-par-forte-chaleur-canicule-reglementation-a-l-international.docx

[5] « Climat : le mois de juin 2025 est le plus chaud jamais enregistré en Europe de l’Ouest », France 24, 09/07/2025 ; URL : Climat : le mois de juin 2025 est le plus chaud jamais enregistré en Europe de l’Ouest – France 24

[6] Rapport « Travailler sur une planète plus chaude: L’impact du stress thermique sur la productivité du travail et le travail décent », International Labour Organization, 28/04/2020 ; URL : Travailler sur une planète plus chaude: L’impact du stress thermique sur la productivité du travail et le travail décent | Skills and lifelong learning knowledge sharing platform

[7] Ibid.

[8] LECLERC Aline, « Fortes chaleurs : vers une prise de conscience par les employeurs d’un nouveau risque au travail », Le Monde, 01/11/2024 ; URL : Fortes chaleurs : vers une prise de conscience par les employeurs d’un nouveau risque au travail

[9] BENSMAIL Isabelle, CAZI Emeline & LECLERC Aline, « Les travailleurs du BTP auront désormais droit au chômage technique pendant les périodes de très fortes chaleurs », Le Monde, 17/07/2024 ; URL : Les travailleurs du BTP auront désormais droit au chômage technique pendant les périodes de très fortes chaleurs

[10] LECLERC Aline, « Fortes chaleurs : vers une prise de conscience par les employeurs d’un nouveau risque au travail », Le Monde, 01/11/2024 ; URL : Fortes chaleurs : vers une prise de conscience par les employeurs d’un nouveau risque au travail

[11] « Publication du décret relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur », Ministère du Travail de la Santé des Solidarités et des Familles, 02/06/2025 ; URL : Publication du décret relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur | Travail-emploi.gouv.fr | Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles