30 avril 2021

Les nano-pesticides pourraient potentiellement augmenter la production alimentaire mais sont-ils inoffensifs pour l’environnement ? par le Dr Alain Ragon.

Comme la population mondiale augmente, il est nécessaire d’augmenter d’autant la production alimentaire dans des conditions environnementales acceptables.

La popularité des nano-pesticides progresse car ils apparaissent capables avec des quantités plus faibles de parvenir aux mêmes résultats que ceux obtenus avec l’agrochimie traditionnelle. Cependant, les réglementations restent à définir et les recherches sur leur éco-toxicité à réaliser. Une revue de la littérature identifie l’importance du travail restant et décrit les étapes nécessaires pour que les nano-pesticides puissent être utilisés en toute sécurité.

L’intérêt des pesticides conditionnés sous forme de nano-particules serait d’augmenter leur efficacité en augmentant leur stabilité et de faciliter ainsi leur diffusion plus lente dans les champs. Des pesticides comme les herbicides, les nématicides, les acaricides, les bactéricides et les fongicides conditionnés sous forme de nano-particules pourraient ainsi contribuer à l’accroissement de la production agricole tout en diminuant les coûts pour l’agriculteur. Cependant des recherches sont nécessaires pour s’assurer que ces nano-pesticides sont tolérables pour l’environnement.

Pour le moment, les risques associés à l’utilisation des nano-pesticides restent mal connus, comme les effets toxiques sur les organismes qui ne constituent pas leurs cibles comme les plantes, la faune naturelle des sols mais aussi les humains qui consomment les récoltes. Actuellement il n’y a pas de méthodologies spécifiques standardisées pour étudier la toxicité des nano-pesticides et déterminer des limites particulières de tolérance. En Europe les nano-matériaux sont l’objet d’études de risque strictes et soumis à des réglementations et autorisations avant leur introduction sur le marché.

Aujourd’hui les pesticides sont enregistrés comme des substances actives sous des formulations précises alors que les pesticides sous forme de nano-matériaux ne sont pas répertoriés comme substances actives dans la liste des pesticides approuvés par l’Europe.

La littérature fait état des discussions sur les exigences réglementaires des nano-pesticides comme leur impact sur l’environnement concernant les plantes, les invertébrés présents dans les sols et la faune aquatique et aérienne.

Les chercheurs soulignent que ce ne sont pas seulement les composants de ces nano-pesticides qui doivent être étudiés mais le fait que leur toxicité environnementale peut être très différente lorsqu’ils sont formulés à une échelle nanométrique.

Ils ont dressé une liste de règles et des tests spécifiques d’éco-toxicité à appliquer à ces nano-pesticides. Ce sont notamment :

  • une définition précise des nano-pesticides pour éviter que des pesticides puissent être considérés à tort comme des nano-pesticides
  • des indications sur les propriétés et les comportements spécifiques des matériaux à l’échelle nanométrique pour les appliquer aux nano-pesticides
  • des conditions environnementales pour tester les nano-pesticides sur le long terme et sur des organismes appropriés afin de pouvoir détecter les effets potentiels néfastes des nano-pesticides et de leurs produits de dégradation
  • une meilleure connaissance des mécanismes d’action et de dégradation des nano-pesticides pour pouvoir prédire leurs effets potentiels à long terme.

La plupart des recherches publiées se sont focalisées sur les aspects bénéfiques liés à l’utilisation des nano-pesticides comme leur potentiel à augmenter l’efficacité des pesticides et donc à diminuer leur concentration pour la production alimentaire. Cependant, les chercheurs suggèrent que l’emploi des pesticides à l’échelle de nanoparticules entraîne de nouveaux risques et que le développement de cette nouvelle technologie nécessite des recherches approfondies pour mieux les comprendre et les évaluer afin de garantir la sécurité de l’utilisation de ces nouveaux produits.

Réflexions sur le document de la Commission européenne relatif aux nano-pesticides

Dans son préambule, le document ci-dessus indique que l’augmentation de la production alimentaire semble inévitable pour répondre à l’accroissement de la population mondiale. Ce postulat intuitif – le risque de pénurie alimentaire provient plutôt d’une insuffisance de répartition des ressources – suggère que l’utilisation de pesticides sous la forme de nano-matériaux permettrait à la fois d’augmenter les rendements tout en réduisant les quantités de pesticides et donc les coûts pour l’agriculteur. Ce dernier aspect est hypothétique car il est même probable que le prix des nano-pesticides augmenterait en raison de la nouvelle formulation plus technique et n’aurait pas de lien avec les quantités de pesticides.

Si les travaux publiés soulignent les aspects bénéfiques potentiels des nano-pesticides par rapport à l’agro-chimie traditionnelle, peu de recherches sont par contre consacrées à leurs impacts éco-toxicologiques qui peuvent être très différents à l’échelle nanométrique. Pour des faibles, voire très faibles concentrations, il peut ne pas exister de relation directe entre l’effet physiologique et la quantité de principe actif. L’adage « c’est la dose qui fait le poison » est notamment démenti par les perturbateurs endocriniens. La réduction des quantités de pesticides ne préjuge en rien de la diminution de leurs effets toxiques. Bien au contraire, des pesticides sous forme de nano-particules pourraient s’intégrer plus facilement dans des processus physiologiques et de ce fait se révéler encore plus toxiques.

En conclusion les chercheurs suggèrent que les nano-pesticides sont de nouveaux matériaux qu’il convient d’étudier spécifiquement vis-à-vis de nouveaux risques potentiels de toxicité qui restent à évaluer au niveau de la faune et de la flore.

Dr Alain Ragon, pharmacien et membre de l’ASEF.

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