Le débrief de l'ASEF du 25 janvier 2018

Bonjour à tous,

Cette semaine, l’Association Santé Environnement France vous fait un débrief sur l’exposition des femmes enceintes aux polluants environnementaux. Gros plan notamment sur le paracétamol et les métalloïdes qui sont présents partout dans l’environnement.

Paracétamol et infertilité chez la femme 

Des chercheurs de la Copenhagen University Hospital ont publié récemment trois articles dans leur revue « Endocrine connexions » sur les effets du paracétamol sur la fertilité féminine. L’utilisation de paracétamol est très courante durant la grossesse et est prescrit à de nombreuses femmes dans les régions Occidentales.

Des études ont été réalisées sur des rats et des souris [1]. Environ deux semaines après le coït, l’exposition prénatale au paracétamol provoque chez le foetus* une réduction de la fertilité (insuffisance ovarienne), un cycle menstruel irrégulier, l’absence prématurée de corpus luteum. Des recherches supplémentaires semblent nécessaires.

* Les effets de cette exposition sont découverts au cours de sa vie d’adulte.

L’exposition des femmes enceintes aux polluants environnementaux

Une fois de plus, les femmes enceintes sont les plus vulnérables aux polluants de l’environnement. L’agence « Santé publique France » a étudié l’imprégnation des femmes enceintes par les polluants de l’environnement. L’étude a été menée sur 4145 femmes ayant accouché en 2011.

L’Antimoine

« L’imprégnation par l’antimoine a été mesurée par dosage urinaire chez 990 femmes enceintes. L’antimoine a été quantifié (concentration supérieure à la limite de quantification) chez 70 % des femmes. La concentration urinaire moyenne (moyenne géométrique) d’antimoine mesurée dans cette étude est égale à 0,04 µg/L (0,06 µg/g de créatinine) »[2]

L’antimoine, métal voisin de l’arsenic, était utilisé autrefois comme vomitif. Ce métalloïde sert dans de nombreux domaines (catalyseur pour la fabrication du PET (Polytéréphtalate d’éthylène), produits phytopharmaceutiques, pigments, etc). On retrouve cette substance dans les bouteilles en plastique. Consommer exclusivement de l’eau en bouteille plastique peut donc augmenter la contamination par l’Antimoine. En effet cette substance peut migrer dans le liquide que contient l’emballage. Elle est aussi présente dans certains aliments tels que le sucre, le chocolat, le café. L’imprégnation par l’alimentation est donc la plus courante.

Par ailleurs, les femmes qui fument sont, elles aussi, les plus susceptibles d’absorber cette substance qui se retrouve dans le tabac.

Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le Trioxyde d’Antimoine comme substance « cancérogène possible » pour les humains. Il est aussi suspecté d’entraîner une augmentation de l’incidence des avortements spontanés et des naissances prématurées.

Le Mercure

Autre métal recherché : le Mercure. Présent naturellement sous forme de traces dans l’environnement, il ne devient toxique et facilement absorbable pour l’humain qu’après une transformation chimique. Essentiellement rejeté par l’écorce terrestre dans l’air, ce métal se disperse ensuite dans les sols, eaux et sédiments. Il se diffuse aussi dans la nature du fait des rejets engendrés par les activités humaines (exploitation minière, métallurgie, transformation de pâte à papier, combustion des déchets et des combustibles fossiles.)

Il y a différentes formes de Mercure : le Mercure métallique (amalgames dentaires ou dans les ampoules basse consommation), le Mercure inorganique (batteries, pigments et cosmétiques) et organique (Méthylmercure), apporté par l’alimentation et notamment par les produits de la mer. A forte dose, il peut être toxique pour le système nerveux central de l’humain et touche particulièrement le fœtus et les jeunes enfants.

Il faut rappeler que le Mercure est classé comme “cancérigène possible”. C’est un perturbateur endocrinien et peut provoquer des lésions du système nerveux. Les femmes enceintes doivent donc être attentives à leur consommation de poissons, notamment ceux de la fin de chaîne alimentaire (espadons, requins etc.)

Les recommandations de l’ANSES sur la consommation de poisson de mer

  • Consommer du poisson deux fois par semaine dont les poissons gras (saumon, maquereau, sardine, anchois, truite fumée, hareng…)
  • Diversifier les espèces de poissons consommées

Pour les femmes enceintes et allaitantes et les enfants en bas âge (moins de 30 mois), l’Agence recommande de prendre des précautions particulières :

  • Eviter à titre de précaution de consommer les poissons les plus contaminés : requins, lamproies, espadons, marlins (proche de l’espadon) et sikis (variété de requin)
  • Limiter la consommation de poissons susceptibles d’être fortement contaminés* à 150 g par semaine pour les femmes enceintes et allaitantes et à 60 g par semaine pour les enfants de moins de 30 mois.[3]

* Baudroies ou lottes, loup de l’Atlantique, bonite, anguille et civelle, empereur, hoplostète orange ou hoplostète de Méditerranée, grenadier , flétan de l’Atlantique, cardine, mulet, brochet, palomète, capelan de Méditerranée, pailona commun, raies, grande sébaste, voilier de l’Atlantique, sabre argent et sabre noir , dorade, pageot, escolier noir ou stromaté, rouvet, escolier serpent, esturgeon, thon …

Avis aux touristes !

Enfin, une bonne nouvelle pour ceux qui souhaitent visiter la Chine : la pollution de l’air s’est améliorée sur Pékin. Le taux moyen de particules fines PM 2.5 a baissé de plus de 20% en 2017. “Au total, Pékin a bénéficié en 2017 de 226 jours d’air de “bonne qualité”, soit 28 de plus que l’année précédente“.[4] 

Raisons avancées pour expliquer cette embellie : le démantèlement de chaudières à charbon, l’abandon progressif des véhicules très polluants et la modernisation de l’industrie” a indiqué Li Xiang, une employée du bureau municipal chargé de l’environnement, citée par l’agence officielle Chine nouvelle.[5]

Par ailleurs, Tokyo, bon élève, a déjà interdit le Diesel depuis 2003 (le non respect des nouvelles lois anti Diesel sont passibles d’amendes de 4000 euros), diminuant de 44% le taux de PM2.5.

Ainsi les chiffres de baisse de mortalité sont extraordinaires, résultats qu’aucun médicament ne saurait obtenir :

-Baisse de 11% de la mortalité cardiovasculaire

-Baisse de 22% de la mortalité respiratoire

-Baisse de 5.9% de la mortalité par cancer  

Bibliographie

[1] EDC IMPACT: Is exposure during pregnancy to acetaminophen/paracetamol disrupting female reproductive development?1/2018, Frederic Schrøder Arendrup, Séverine Mazaud-Guittot, Bernard Jégou, David Møbjerg Kristensen.

[2]Imprégnation des femmes enceintes par les polluants de l’environnement en France en 2011 – Tome 2 : métaux et métalloïdes,Dereumeaux C, Fillol C, Saoudi A, Pecheux M, Crouy-Chanel (de) P, Bérat B, Wagner V, Goria S et al.

[2] Volet périnatal du programme national de biosurveillance mis en oeuvre au sein de la cohorte Elfe – Tome 2 : métaux et métalloïdes

[3] https://www.anses.fr/fr/content/consommation-de-poissons-et-exposition-au-m%C3%A9thylmercure

[4] http://www.lepoint.fr/monde/pollution-a-pekin-la-qualite-de-l-air-s-ameliore-en-2017–03-01-2018-2183779_24.php

[5] https://www.geo.fr/reportages/pollution-a-pekin-la-qualite-de-l-air-s-ameliore-en-2017-183308

A jeudi prochain et d’ici là portez-vous bien !

Pierre Souvet, cardiologue et président de l’ASEF