La circulation douce mérite d’être développée, au sein d’une partie sécurisée de l’espace de mobilité

1/ La circulation douce se développe

La circulation douce est à l’état embryonnaire en France où l’infra structure routière et l’aménagement urbain ont été pensés depuis l’après-guerre pour la circulation automobile. Selon l’INSEE, la voiture reste le moyen de transport majoritaire pour aller au travail : même les trajets de moins d’1 km sont motorisés pour plus de la moitié. Pour 4% des trajets effectués à vélo en France, l’Allemagne en compte 12% et les Pays Bas 36%. Toutefois, les modalités de circulation douce se développent, en particulier le vélo, et en ville, avec la projection d’une augmentation importante du nombre de vélos à assistance électrique (VAE). Même si l’objectif de 9% de circulation douce (triplé par rapport à 2008) fixé pour 2024 paraît utopique et non atteint à ce jour, la « vélorution » est en marche, et on peut s’en réjouir !

2/ Bénéfices environnementaux et de santé offerts par la mobilité douce

En tant qu’alternative à une pratique polluante, la mobilité douce représente une voie valide quoique modeste de réduction des gaz à effet de serre, et autres polluants. Cette générosité peut pousser nos concitoyens à augmenter leurs trajets en mobilité douce, mais égoïstement, ils en tireront eux-mêmes aussi bénéfice (en plus de l’atténuation sur le climat et la pollution de l’air dont on a peut-être moins conscience de bénéficier).

La pratique physique régulière diminue la mortalité, allonge la vie et améliore sa qualité. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, elle est bénéfique pour la santé du cœur, du corps et de l’esprit, et éprouvée dans le diabète, les maladies cardio-vasculaires, certains cancers… Pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas réaliser des efforts modérés ou intenses, une activité moins soutenue (marche ou VAE) garde une certaine efficacité.

Toutefois, l’exposition à la pollution atmosphérique et en particulier lors de la pratique sportive comporte des risques. Il existe un lien entre la proximité du lieu de résidence avec un axe routier et les complications de la pollution ; il est conseillé de s’éloigner le plus possible du trafic routier lors de la mobilité douce. Il est aussi déconseillé de pratiquer une activité physique extérieure lors des pics de pollution ou d’allergènes. Pollution : quels dangers ? Les effets de la pollution (asthme, toux, problèmes cardiovasculaires, etc.) sont accentués lorsque l’on pratique du sport. En effet, le sportif respire jusqu’à 10 fois plus d’air qu’une personne sédentaire. Par exemple, la pratique de la course à pied fait passer la ventilation pulmonaire de 7 à 100 litres par minute ! En inhalant plus d’air, les sportifs respirent aussi plus de polluants et subissent de manière plus prononcée les effets de la pollution… Ils peuvent ainsi connaître des irritations du nez, des yeux, de la gorge, des essoufflements, des toux, de l’asthme. Plusieurs études scientifiques ont montré que l’exposition à l’ozone, lorsque l’on pratique du sport, réduit la capacité pulmonaire, diminue la performance et surtout augmente le risque d’asthme. Soyez donc vigilants lors des pics de pollution (généralement l’été). Durant ces périodes, sortez vos baskets le matin entre 5 et 6 heures et le soir après 21 heures.

En guise de synthèse : L’activité physique est une pratique qui comporte des risques : à parcours équivalent, le vélo est 2 fois plus dangereux que la voiture qui est 2 fois plus dangereuse que l’avion. On assiste à un léger surrisque d’événements cardiovasculaires lors d’exercices intenses : comment oublier les enregistrements spectaculaires de malheureux emportés par leur loisir ? Il ne s’agit pas de pratiquer le sport à tort et à travers, encore moins d’occulter les risques de blessures aussi diverses que fréquentes.

En contrepartie, l’activité physique sauve plus de vie qu’elle n’en prélève ; beaucoup plus ; à tel point que des éditorialistes montrent du doigt la sédentarité comme le nouveau tabagisme, associé à un risque cardiovasculaire voisin du tabagisme, c’est dire le danger de rester immobile. Le cœur est un muscle qu’il est vital d’entrainer régulièrement ; pour plein de bonnes raisons tant musculosquelettiques, cardiaques que cérébrales (nous ne les détaillerons pas ici).

La balance est vite évaluée : chaque km pédalé économise 1 euro de dépenses de santé ; il nous est bénéfique de réaliser le plus de sport possible (sans dépasser les 10 à 12 heures intenses hebdomadaires, passées lesquelles il semble que le bénéfice disparaisse). Chaque minute gagnée à se dépenser est un investissement pour prolonger sa vie et consolider la qualité de celle-ci ! Quel plaisir de crapahuter, de déambuler, de se contorsionner, de jouer… C’est dans notre « nature ». Laissons exulter notre corps au rythme du sport que nous avons choisi, pétanque, corde à sauter, promenade en groupe, nous en ressortirons grandis !

3/ Une interface délicate entre mobilité douces et les autres usagers

La nuisance sonore est minime et hormis l’espace occupé par ce mode de circulation, la perniciosité est négligeable. Le parking sauvage peut trouver facilement des solutions en augmentant les parkings de courte durée et les abris couverts. Le plan vélo envisage un développement, mais parait bien timoré face à l’ampleur des besoins et des enjeux. Déjà, l’affrontement d’une augmentation de ce trafic génère un conflit avec les piétons, et les véhicules motorisés. Les vidéos d’une webcam située sur un carrefour d’une avenue parisienne tiennent d’un film à suspense… Les piétons sont frôlés par les furtifs rollers, lancés en descente et aussi silencieux qu’un oiseau de proie.

Le port du casque peut limiter les dégâts, lors d’un moyen de locomotion à risque de chute avec cinétique. En France, il est obligatoire pour les enfants de moins de 12 ans, et simplement « indispensable » pour les autres. L’usage d’autres équipements de protection individuels est négligeable (airbag de moto), tout comme l’accès à une formation à la sécurité. L’enjeu de sécurité est principalement de limiter l’impact entre un véhicule motorisé et un usager de circulation douce, principalement aux carrefours, secondairement ses conséquences.

4/ La protection de l’espace de mobilité douce est nécessaire et doit passer par l’éloignement de l’espace motorisé

Par ailleurs, la majorité – plus de huit sur dix – des morts à vélo surviennent lorsque le cycliste est percuté par un véhicule motorisé. Dans la plupart des cas, ce n’est pas tant pédaler en soi qui tue, mais bien la collision avec des véhicules, et le risque de nuire à autrui en vélo est très faible.

En France, le code de la route impose aux automobilistes une distance de sécurité d’1,5 mètres. En tant que cycliste régulier, je peux noter que seule une minorité respecte cette loi. Et combien passent à moins de 50 cm !? Lorsque l’itinéraire principal est embouteillé, les logiciels d’aide à la circulation indiquent des trajets BIS, sur de petites routes résidentielles, parfois limitées à 30 km/h. En retard pour un rendez-vous important, qui respecte cette limitation ?

Sur bon nombre de routes, y compris de desserte locale, un grand nombre de bons « pères de famille » ne laisseraient pas leur enfant de 10 ans circuler sur ces axes. Le bras de fer « les automobilistes pensent qu’il y a trop de vélo, les cyclistes qu’il y a trop de voitures » est actuellement le combat de David contre Goliath. Une évolution de l’infrastructure est proposée par la loi d’orientation des mobilités qui porte le plan vélo ; pour la circulation douce, une velléité ? Un réel réseau de voies vertes assurant un maillage cohérent devrait être développé et sécurisé, parfois au sacrifice des voies automobiles, en anticipant les véhicules autonomes.

5/ Modèle social

Enfin, notre modèle de société devrait évoluer vers la reconnaissance du soin régulier à notre état de santé et à celui de notre planète. Quand on le peut, il est préférable de monter quelques marches à pied que de prendre l’ascenseur. Mais face au lobby de l’industrie automobile, que pèse la santé de la planète, des usagers et de leur confort ? Comme l’image d’Épinal du fumeur d’il y a 50 ans, celle du conducteur d’un volumineux engin métallique à grosse cylindrée devrait fatalement se ternir. A nous de regagner démocratiquement, dans notre espace de circulation et nos habitus, ce qui a été cédé à l’automobile. 

A choisir entre deux anagrammes de mobilité douce : je souhaiterais que l’on opte pour « docte boulimie » plutôt que « docile embouti ». Gouverner c’est prévoir. Face à la très attendue et désirable montée de la mobilité douce, il est grand temps de développer les infrastructures afin de privilégier et surtout sécuriser sa pratique : déroulons à la vélorution un tapis rouge afin d’amortir sa chute, sait-on jamais.

Dr Sébastien CHAMPION, cardiologue, membre de l’ASEF.