Agriculture biologique et Cadmium
Mercredi 25 mars 2026, l’Anses a publié un rapport sur l’imprégnation de la population française au Cadmium, les enfants étant notamment fortement concernés.
Les résultats obtenus par l’agence démontrent que l’alimentation est, de loin, la source majeure d’exposition au cadmium, classé depuis 2012 comme CMR (cancérogène, mutagène, et toxique pour la reproduction), ayant également démontré son impact sur les reins et la survenue d’ostéoporose.
Ces travaux d’expertise ont conduit à une réévaluation de la VTR (valeur toxicologique de référence) par ingestion du Cadmium .
Le cadmium est un élément trace métallique très répandu dans l’environnement à l’état naturel et en raison de l’activité humaine, notamment agricole et industrielle, à travers l’usage spécifique des engrais phosphatés qui concentrent l’essentiel de la source d’exposition de la population. Le Cadmium pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines et entre ainsi dans la chaîne alimentaire.
Les éléments du rapport de l’Anses laisse penser que les mêmes règles s’appliquent au bio et au conventionnel concernant le cadmium. Or, la réglementation bio impose des seuils limites 30% plus bas pour les phosphates miniers et 75% plus bas pour les composts de biodéchets utilisables en agriculture biologique.
Ainsi, l’agriculture biologique limite fortement l’apport de cadmium dans les sols en interdisant d’une part les phosphates traités chimiquement, principale source de contamination, en imposant d’autre part des seuils plus stricts en cadmium sur les sources de phosphore (60 mg/kg contre 90 mg/kg en conventionnel), ainsi que dans les composts de biodéchets (0.7 mg/kg en AB contre 3 mg/kg en conventionnel).
L’étude Phosphobio menée par l’institut technique agricole Arvalis observe que les phosphates miniers représentent moins de 1% des usages en bio ; information également rapportée par une analyse du centre d’études et de prospective du Ministère de l’Agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire.
Les agriculteurs et agricultrices biologiques privilégient en effet les engrais organiques et effluents d’élevage. Ces matières organiques ont de plus des effets antagonistes, d’après les experts de l’Inrae : même si elles contiennent du cadmium, elles contribuent à rendre le cadmium moins mobile et ainsi à réduire la contamination des végétaux.
De plus, l’interdiction des engrais minéraux azotés dans les cultures biologiques évite ce risque rencontré en agriculture conventionnelle : l’usage couplé d’engrais minéraux azotés et phosphatés peut favoriser le transfert du cadmium du sol vers les cultures selon les chercheurs de l’Inrae. Un cocktail auquel le bio échappe donc.
Les études ont démontré que les aliments issus de l’agriculture biologique contiennent 48% moins de Cadmium que les aliments issus de l’agriculture dite conventionnelle d’une part ; d’autre part que les consommateurs réguliers de produits bio adultes montrent une moindre exposition aux intrants chimiques (urines, aliments).
Le Programme national nutrition santé (PNNS) préconise en ce sens « d’aller vers les aliments bio » dans ses recommandations depuis 2019.
Pour finir, il semble aussi nécessaire de rappeler de ne pas occulter la dimension systémique du problème. Une fois le cadmium introduit dans les systèmes agricoles par le biais des engrais phosphatés contaminés, il y persiste dans les sols. Or si l’AB peut être également polluée par le biais de sols ou matière organique contaminés, l’agriculture bio, elle, n’ajoute pas de cadmium dans le système.
Corinne MAIRIE- Eco-diététicienne-nutritionniste, experte santé environnement.
BIBLIOGRAPHIE
Sandoval-Insausti H, Chiu YH, et al. Intake of fruits and vegetables according to pesticide residue status in relation to all-cause and disease-specific mortality: Results from three prospective cohort studies. Environ Int. 2022 Jan 15; https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34894487/
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