12 juin 2017

La cigarette électronique - la synthèse de l'ASEF

La cigarette électronique, aussi appelée e-cigarette ou vapoteuse, est connue de tout le monde depuis qu’elle a fait son apparition en 2009 en tant que substitut à la cigarette traditionnelle. Aujourd’hui, 6% de la population française utilise l’e-cigarette, soit autour de 3 millions de personnes, dont 57.3% quotidiennement (données du Baromètre Santé de l’INPES de 2014). Parmi ces utilisateurs, une majorité consomme également du tabac : 75% des utilisateurs de cigarette électronique sont des fumeurs réguliers et 8.4% des fumeurs occasionnels. Les jeunes font aussi partie des consommateurs : selon l’enquête HSBC de 2014, 40% des élèves de 4e et 3e ont déjà expérimenté la cigarette électronique et 2% d’entre eux l’utilisent quotidiennement. Alors, aide pour arrêter de fumer ou piège à dépendance, que sait-on exactement de la cigarette électronique ?

C’est quoi exactement la cigarette électronique

Le premier dispositif public simulant l’utilisation d’une vraie cigarette a été réalisé en 2003, et a été breveté en 2005 comme une « cigarette sans fumée à pulvérisation électronique ». Il s’agissait alors d’une technologie à ultrasons. La technologie de vaporisation par résistance chauffante actuelle a été inventée en 2009.

Le principe d’une cigarette électronique consiste à produire un aérosol imitant la fumée de tabac en chauffant un liquide par l’intermédiaire d’une résistance chauffante. L’aérosol constitue un nuage blanc semblable à la véritable fumée de cigarette mais peu odorant ; cette vapeur disparaît rapidement.

Une cigarette électronique est constituée des éléments principaux suivants : une batterie, un atomiseur (résistance chauffante), un réservoir, un embout et du liquide. Ce liquide est généralement composé d’un mélange à base de propylène glycol ou de glycérine végétale, et contient parfois également de l’alcool, de l’eau, des arômes (généralement issus de l’industrie alimentaire) et de la nicotine.

LES EFFETS SUR LA SANTE

Les premières études scientifiques sur la e-cigarettes ont été publiées en 2009.

Une synthèse américaine sur l’efficacité de la cigarette électronique a été publiée en 2011. Ses conclusions sont que la cigarette électronique ne contient que peu de produits chimiques susceptibles de présenter des risques sérieux pour la santé. Les quantités utilisées sont également moins importantes que dans une cigarette classique. Les données actuelles suggèrent que les cigarettes électroniques sont moins nocives que les cigarettes ordinaires, et comparables au niveau de la toxicité que d’autres produits nicotiniques comme les timbres ou les gommes.

Toxicité des différents composants

Les premières études scientifiques sur la cigarette électroniques sont apparues en 2009. Les avis étaient donc essentiellement basés sur le principe de précaution, les stratégies publiques de lutte contre le tabagisme et les risques connus de dépendance à la nicotine.

La nicotine

La nicotine est un alcaloïde toxique issu de la plante de tabac. Son utilisation en tant que psychotrope se retrouve surtout dans la consommation tabagique ; cette substance est d’ailleurs responsable en très grande partie de la dépendance à la cigarette. La nicotine est une substance classée «très dangereuse» par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La dose létale médiane (c’est-à-dire entraînant 50% de décès) est estimée à 0.5 à 1mg/kg chez l’homme.

Encadré : attention aux enfants !!!!

L’ingestion accidentelle par des enfants des liquides de recharge contenant de la nicotine peut être mortelle. Ainsi, l’OMS confirme en 2013 qu’une cartouche de liquide dosée à 24mg/mL de nicotine peut être fatale pour un enfant pesant une trentaine de kilos.

N’oubliez pas que ces liquides aromatisés sentent bon et sont très attirants pour les petits. Donc prudence et conservez-les à l’écart et inaccessibles pour eux !

Le propylène glycol

Le propylène glycol est utilisé depuis plusieurs décennies dans des inhalateurs et des nébuliseurs de médicaments ; en effet les aérosols de propylène glycol ont des propriétés antibactériennes et antivirales. Les données sur ce composé concluent à un très faible risque pour la santé humaine. On n’a retrouvé aucune preuve de toxicité cancérigène, mutagène ou reprotoxique. Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) définit le propylène glycol comme une substance généralement reconnue comme inoffensive.

Le glycérol

Le glycérol peut être utilisé en combinaison ou en remplacement du propylène glycol. C’est un composé largement utilisé dans l’alimentation et les produits cosmétiques ou pharmaceutiques. Sin inhalation répétée n’a révélé aucune toxicité. En revanche, la déshydratation du glycérol à chaud entraîne la formation d’une substance appelée acroléine, un aldéhyde extrêmement toxique par ingestion ou inhalation. De faibles doses d’acroléine ont été détectées dans l’aérosol de certaines cigarettes électroniques, dans des quantités moindres cependant que dans les cigarettes traditionnelles.

Les particules métalliques

Une étude américaine de 2013 a retrouvé la présence de traces de particules métalliques dans l’aérosol de certaines cigarettes électroniques jetables, pouvant provenir des composants de la e-cigarette, de l’environnement de production ou des liquides utilisés [1].

Comparaison avec la cigarette ordinaire

Une synthèse sur l’efficacité et la toxicité de la cigarette électronique a été publiée en 2010-2011 [2] et présente quelques conclusions :

  • La cigarette électronique contient peu de produits chimiques susceptibles de présenter des risques pour la santé, et leur quantité est bien moindre que dans une cigarette classique
  • Les données indiquent que les cigarettes électroniques sont moins nocives que les cigarettes ordinaires et comparables avec les spécialités pharmaceutiques contenant de la nicotine (timbres, gommes…)

Entre 2012 et 2013, plusieurs études scientifiques confirment que les aérosols de cigarette électronique sont moins toxiques pour l’organisme que la fumée des cigarettes classiques, mais qu’ils ne sont pas sans danger pour autant. En 2013, la revue 60 millions de consommateurs rapporte que des tests faits sur plusieurs modèles de cigarette électronique ont permis de déceler la présence de molécules cancérigènes comme le formaldéhyde, l’acroléine ou l’acétaldéhyde.

En 2015, une étude animale montre que des souris exposées à la vapeur d’une cigarette électronique reviennent plus vulnérables à des pathologies comme la pneumonie ou la grippe [3]. Ces effets seraient dus à des altérations du système immunitaire, mais le mécanisme est encore flou.

En avril 2015, l’organisme de santé publique d’Angleterre (Public Health of England) publie un rapport déclarant la cigarette électronique 95% moins nocive que la cigarette classique [4]. En mai 2016, le collège royal de médecine publie le même chiffre dans un rapport [5].

Toxicité du vapotage passif

Il est généralement estimé que l’utilisation de la cigarette électronique ne provoque aucun risque comparable au tabagisme passif de la fumée classique. Cependant, il existe une émission dans l’air d’aérosols, de composés organiques volatils (propylène glycol, arômes, nicotine) et de particules ultrafines.

Le rapport de l’Office français de prévention du tabagisme conclut que « même dans les conditions les plus extrêmes, on ne peut atteindre des niveaux réputés toxiques dans une pièce où est utilisée l’e-cigarette. Une étude norvégienne publiée en 2015 conclut toutefois que la nicotine de certaines cigarettes électroniques peut présenter un danger pour l’entourage des vapoteurs [6].

Efficacité pour le sevrage tabagique

En 2011, une étude italienne menée sur 40 fumeurs a conclu que la cigarette électronique avait considérablement aidé les participants à diminuer leur consommation de tabac [7]. Ces résultats ont été confirmés par une étude plus importante sur 300 fumeurs ; au bout d’un an, 8,7% des participants ont déclaré avoir complètement arrêté de fumer [8].

Mais si le maintien du geste peut en aider certains, il faut garder à l’esprit que c’est la nicotine contenue dans le liquide qui permet ce sevrage. Or certains utilisateurs dépendants à la nicotine ne mettent pas assez de cette substance dans le liquide, ce qui peut rendre inefficaces leurs efforts pour arrêter de fumer. Ils ont également tendance à inhaler fortement l’aérosol pour compenser ce manque, ce qui entraîne une irritation au niveau de l’oropharynx due notamment au propylène glycol.

Comparaison avec d’autres méthodes de sevrage tabagique

En 2013, un appel a été signé par 100 médecins en soulignant que « la cigarette électronique peut être conseillée à tout fumeur désireux d’arrêter de fumer et peut faire l’objet d’une association avec des patchs ou d’autres traitements du sevrage tabagique. Elle est moins addictive que la cigarette conventionnelle et participe ainsi à un sevrage rapide ou progressif du tabac » [9].

Une étude menée sur presque 6000 fumeurs pendant 5 ans a conclu que la cigarette électronique augmentait de 60% l’arrêt du tabagisme par rapport aux substituts nicotiniques classiques [10].

En effet, les cigarettes électroniques pourraient être efficaces contre l’envie de fumer, surtout parce qu’elles simulent l’acte de fumer une véritable cigarette. Ce dispositif pourrait également se révéler supérieur en efficacité aux autres méthodes d’administration de nicotine en raison des stimuli associés à l’acte de fumer.

L’incitation à la consommation de tabac

La promotion et l’usage de la cigarette électronique sont parfois soupçonnés de faire indirectement la promotion de la consommation du tabac, notamment auprès des jeunes. Il semble que l’usage de la cigarette électronique chez les jeunes est corrélé avec un risque d’entamer un vrai tabagisme, mais le lien de causalité n’est pas démontré. Certains scientifiques suggèrent que les non-fumeurs essayant la cigarette électronique ont 2,73 à 8,3 fois plus de risque de se laisser tenter par la cigarette classique. Le côté plaisant des arômes utilisés dans les liquides pour cigarette électronique est souvent pointé du doigt.

En 2012, l’enquête Paris sans tabac portant sur 3409 collégiens et lycéens de 11 à 19 ans a recensé 277 élèves ayant essayé au moins une fois la cigarette électronique. Dans son avis du 23 avril 2014, le Haut Conseil de la Santé Publique exprime sa principale mise en garde concernant le risque d’entrée en addiction nicotinique des adolescents et leur détournement vers le tabagisme.

Cependant, il n’existe aucune étude permettant de conclure au rôle de la cigarette électronique comme porte d’entrée dans le tabagisme.

La règlementation actuelle

La cigarette électronique comme produit médical

Aujourd’hui, la cigarette électronique ne dispose pas d’une autorisation de mise sur le marché en tant que médicament ni en tant que dispositif médical ; elle ne peut pas non plus être vendue en pharmacie. Selon l’agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM), la règlementation de médicament pourrait s’appliquer aux e-cigarettes si elles revendiquent l’aide au sevrage tabagique, si la quantité de nicotine dans la cartouche est supérieure ou égale à 10mg et/ou si la solution liquide a une concentration en nicotine supérieure ou égale à 20mg/mL.

La loi concernant l’utilisation de la e-cigarette

La vente de la cigarette électronique et des recharges est réservée aux personnes majeures, selon la loi n°2014-344 du 17 mars 2014. Il est également interdit de l’utiliser dans les établissements scolaires et destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs, dans les moyens de transport collectifs fermés et dans les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif.

La publicité pour la cigarette électronique est une source de controverse ; en 2013, le ministère de la santé annonce une circulaire interdisant toute publicité en faveur de la cigarette électronique. Le 9 décembre 2013, le tribunal de commerce de Toulouse a estimé que la publicité et la vente de cigarettes électroniques constituaient une concurrence déloyale envers les buralistes. Fin 2013, un front commun a été annoncé pour améliorer l’information des consommateurs et garantir la qualité des produits, aboutissant en 2015 à la publication des premières normes. En avril 2015, le parlement vote l’application de la directive européenne sur les produits du tabac par ordonnance concernant la cigarette électronique. En 2016, l’interdiction de la publicité est avérée pour les dispositifs électroniques de vapotage et les flacons de recharge.

Notons également qu’un nouveau décret publié le 27 avril 2017 définit les lieux où le vapotage est interdit. Au 1er octobre 2017, il sera interdit de vapoter dans :

  • les établissements scolaires
  • les établissements destinés à l’accueil, la formation et l’hébergement des mineurs
  • les transports en commun
  • les lieux de travail fermés et destinés à l’usage collectif

Braver cette interdiction sera passible d’une amende de 150 Euros. Dans les lieux de travail, l’usage sera autorisé dans les locaux accueillant du public tels que les cafétérias. La e-cigarette devrait également être tolérée dans les cafés, les bars et les restaurants, voire même dans certains établissements de santé (salles collectives dans les services de psychiatrie, d’addictologie, de long séjour, de soins palliatifs).

Conclusion

La cigarette électronique est très tendance depuis quelques années, 500 000 Français l’utilisent pour arrêter de fumer ou réduire leur consommation. Si certains de ses composants sont irritants, il semble néanmoins qu’elle soit beaucoup moins toxique que la cigarette classique et surtout qu’elle représente une solution très intéressante pour le sevrage tabagique. Mais il faut également garder à l’esprit que l’utilisation de nicotine dans les liquides peut aussi être à l’origine d’une dépendance !

Bibliographie

[1]        Williams M, Villarreal A, Bozhilov K, Lin S, Talbot P. Metal and silicate particles including nanoparticles are present in electronic cigarette cartomizer fluid and aerosol. PloS One 2013; 8:e57987.

[2]        Cahn Z, Siegel M. Electronic cigarettes as a harm reduction strategy for tobacco control: a step forward or a repeat of past mistakes? J Public Health Policy 2011; 32:16–31.

[3]        Sussan TE, Gajghate S, Thimmulappa RK, Ma J, Kim J-H, Sudini K, Consolini N, Cormier SA, Lomnicki S, Hasan F, Pekosz A, Biswal S. Exposure to electronic cigarettes impairs pulmonary anti-bacterial and anti-viral defenses in a mouse model. PloS One 2015; 10:e0116861.

[4]        Public Health England. E-cigarettes: a new foundation for evidence-based policy and practice 2015.

[5]        Royal College of Physicians. Promote e-cigarettes widely as substitute for smoking says new RCP report 2016.

[6]        Norwegian Institute of Public Health. Health risks associated with the use of electronic cigarettes 2015.

[7]        Polosa R, Caponnetto P, Morjaria JB, Papale G, Campagna D, Russo C. Effect of an electronic nicotine delivery device (e-Cigarette) on smoking reduction and cessation: a prospective 6-month pilot study. BMC Public Health 2011; 11:786.

[8]        Caponnetto P, Campagna D, Cibella F, Morjaria JB, Caruso M, Russo C, Polosa R. EffiCiency and Safety of an eLectronic cigAreTte (ECLAT) as tobacco cigarettes substitute: a prospective 12-month randomized control design study. PloS One 2013; 8:e66317.

[9]        Presles P. Appel des 100 en faveur de la cigarette électronique 2013.

[10]      Brown J, Beard E, Kotz D, Michie S, West R. Real-world effectiveness of e-cigarettes when used to aid smoking cessation: a cross-sectional population study. Addict Abingdon Engl 2014; 109:1531–1540.

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