Notre enquête sur les femmes enceintes

  • De gauche à droite, le Dr Begnis, Ludivine Ferrer, le Dr Pfister et Mathilde Provost, à la Maternité de l'Etoile pour faire remplir nos questionnaires aux femmes enceintes

L’ASEF a décidé d’attirer l’attention sur ces femmes sensibles que sont les femmes enceintes en menant une enquête auprès de plus de 500 d’entre elles. « Avec cette enquête, nous avons voulu savoir si toutes les femmes étaient suffisamment informées pour être en mesure de protéger leur bébé » explique Ludivine Ferrer, Directrice de l’ASEF.

Pourquoi cette enquête

On en parle de plus en plus dans les médias. Les Perturbateurs Endocriniens, aussi nommés PE, ont fait leur entrée dans notre quotidien. Ces substances agissent sur notre système hormonal et impactent tout particulièrement les femmes enceintes et surtout leur bébé.

Un PE, c’est quoi 

Pour faire simple, on peut dire qu’un PE est un perturbateur hormonal. On peut donc considérer comme PE des polluants chimiques comme les bisphénols, les parabènes, les pesticides, mais aussi le tabac, l’alcool, le soja ou encore certains médicaments. 

Plus que l’ombre d’un doute…

On les soupçonne entre autres de favoriser: les cancers notamment ceux du sein, de la prostate ou des testicules; le diabète; la baisse du QI; les malformations neuro-développementales ou neurodégénératives (autisme, hyperactivité, etc.); ou encore les malformations congénitales au niveau des organes génitaux (cryptorchidie, hypospadias, etc.). Et on sait que la phase où l’organisme y est le plus sensible est la période fœtale ! Il y a donc de quoi s’inquiéter pour les bébés de demain. 

La grossesse : une phase critique

On sait que ces PE sont particulièrement nocifs lors de la période embryonnaire et fœtale. En effet, tout ce qui contamine la mère peut aussi contaminer le fœtus. 

Sous informée sur les PE

« Il nous semblait que les femmes enceintes n’étaient pas toujours très informées sur ce sujet. Par peur de faire peur, par méconnaissance, par manque de temps : les femmes enceintes sont peu informées de ces questions durant les consultations médicales. Nous avons voulu faire un point sur leur connaissance et sur leurs façons de s’informer quand elles se posent des questions » explique le Dr Patrice Halimi, Chirurgien-Pédiatre et Secrétaire Général de l’association. 


Présentation du panel

Voici une présentation rapide des conditions dans lesquelles s’est déroulée notre enquête et quelques données pour évaluer la représentativité de notre panel.

Où, quand et comment 

Nous avons réalisé notre enquête auprès de 502 femmes enceintes du département des Bouches-du-Rhône au cours du mois de juin et juillet 2016. Les questions étaient posées par des membres de notre association. Nous sommes allés enquêter dans les salles d’attente de nos deux maternités partenaires : la Maternité de l’Etoile à Aix-en-Provence et la Maternité Almaviva à Vitrolles. A l’issu du questionnaire, elles recevaient un exemplaire de notre « Petit guide santé du Bio-Bébé ».

La pyramide des âges…

Sur le plan de l’âge, le panel est structuré ainsi : 10% de femmes de moins de 25 ans, 70% de femmes ayant entre 25 et 34 ans, et 20% de femmes de plus de 35 ans. Pour mémoire, l’âge moyen du premier enfant en France est de 28 ans.

Primi ou multi 

Pour ce qui est du nombre de grossesse, 52% des femmes ayant répondu attendaient leur premier enfant, ce qui correspond à quelques pourcentages près aux chiffres donnés par l’INSEE. Un tiers attendait leur second enfant. Et les autres en étaient à leur troisième ou quatrième grossesse.

Les diplômes

Sur le plan des études, 61% de notre panel a fait des études supérieures (de bac +2 à bac +9). Les 39% restant ont seulement le bac, le BEP, le CAP voire rien du tout.

Le tabagisme

Autre élément important pour nous permettre d’évaluer la représentativité de notre panel : le tabagisme. Notre enquête relève 16% de femmes continuant à fumer alors qu’elles sont enceintes. Les derniers chiffres donnés par le Ministère de la Santé font état de 17,8% de femmes enceintes fumeuses. Là encore, le panel semble donc représentatif de la population globale. Une fois ce constat fait, nous avons eu l’idée de différencier la population en fonction de leurs niveau d’études. Chez celles ayant fait des études supérieures, on compte 7% de femmes enceintes continuant à fumer. Alors que chez celles qui ont le bac ou moins, on est à 30% !

Le niveau scolaire de la mère déterminant pour la santé du bébé 

Il est vrai que des études ont déjà été faites pour démontrer le lien entre le niveau d’instruction de la mère et la santé de son enfant. Notamment en Afrique où les taux de mortalité infantile sont encore très élevés. On sait là-bas que plus le niveau scolaire des mères est élevé, plus leurs enfants ont des chances de survie. Mais en France, où la question n’est pas la mortalité infantilité, mais plutôt la morbidité – c’est-à-dire le nombre de maladies dans 5, 10, 15 ou 20 ans – qu’en est-il ? Une étude publiée en 2015 et réalisée sur des Françaises a montré que moins une femme était diplômée, plus elle risquait de mettre au monde un bébé de petits poids. En cause ? Le tabac, mais aussi les conditions de travail pendant leur grossesse. Les chercheurs n’ont pas évoqué l’exposition aux perturbateurs endocriniens… Mais peut-être est-ce une question à se poser !


La façon dont elles perçoivent les polluants

La première partie du questionnaire concernait la perception que les femmes pouvaient avoir des polluants environnementaux qui les entouraient.

Tout le monde en a entendu parler

Globalement, on observe que la quasitotalité d’entre elles en ont entendu parler – puisque seulement 11% d’entre elles déclaraient ne jamais avoir entendu parler des polluants dans l’air ou l’alimentation… Un taux qui passe à 22% chez les moins diplômées, alors qu’il est de seulement 4% chez les femmes ayant fait des études supérieures… 

Chez les plus diplômées…

Deux tiers des diplômées du supérieur déclarent avoir plus peur de ces polluants cachés depuis qu’elles sont enceintes et 85% disent se poser plus de questions à ce sujet depuis qu’elles attendent un enfant. 

Chez les moins diplômées…

Chez leurs consoeurs moins diplômées la tendance est différente. Seulement la moitié d’entre elles craignent ces polluants invisibles, et plus de deux tiers ne se sont pas particulièrement posé de questions à ce sujet. 


La façon dont elles évitent les polluants

La seconde partie du questionnaire s’intéressait aux actions mises en place par les femmes enceintes pour lutter contre ces polluants du quotidien présents un peu partout.

Le changement, c’est maintenant 

Sur cette question, on constate encore une différence notable entre les diplômées du supérieures et les autres. En effet, 90% des premières déclarent faire plus attention aux polluants – 32% d’entre elles annonçant même les limiter au maximum quitte à se compliquer un peu la vie. Un chiffre radicalement différent du côté des moins diplômées, puisqu’un tiers de celles-ci avouent n’avoir absolument rien changé à leur mode de vie depuis qu’elles sont enceintes ! Et seulement 13% disent les limiter au maximum. 

Championnes de l’air intérieur

Parmi les actions entreprises pour limiter la pollution, nous avons demandé à ces dames quelques précisions. Du côté de l’air intérieur, il semble que les réflexes soient bien en place puisque 96% d’entre elles déclarent penser à aérer au moins 15 minutes par jour leur habitation. Mais, c’est tout… Pour le reste, il semble qu’il reste encore bien des messages à faire passer ! 

Le réflexe « Bio »

Sur le plan du ménage, avoir des diplômes semble préserver des polluants présents dans les produits ménagers classiques. En effet, deux tiers des plus diplômées privilégient les produits écolabellisés ou naturels pour nettoyer leurs intérieurs, alors que c’est le cas de seulement un tiers des moins diplômées. Et on observe exactement les mêmes tendances pour la consommation de produits alimentaires « Bio ». 

Le duo tabac-alcool

Du côté du tabac, dont nous avons déjà parlé précédemment, parmi les femmes fumeuses avant la grossesse et ayant déclaré tenter de limiter les polluants depuis qu’elles sont enceintes : 72% des plus diplômées disent avoir arrêté de fumer, alors que c’est le cas de seulement 45% des moins diplômées ! Par contre, du côté de la consommation d’alcool, tout le monde est à égalité avec environ 15% des femmes qui déclarent boire encore un verre de temps en temps. 

Habitudes culinaires

Pour ce qui est du chauffage des plastiques aux micro-ondes, on estime qu’un peu plus de la moitié des bébés à naître serait potentiellement exposés aux substances toxiques se dégageant des plastiques lorsqu’on les chauffe aux micro-ondes (bisphénols). Pour la consommation de poissons qui ne doit pas excéder deux fois par semaine, seulement deux tiers des futures mères y font attention. Ici pas de distinction entre les plus et les moins diplômées. 

Ciao pesticides !

Du côté des pesticides, le message semble relativement bien passé avec seulement 20% qui continuent à en utiliser enceinte. Mais vu la dangerosité des produits, cela reste encore un chiffre trop élevé. Du côté des anti-moustiques, deux tiers des femmes déclaraient ne pas en utiliser. Mais, si le virus Zika arrive en France, les femmes enceintes risquent de se trouver face à un dilemme… 

Une salle de bain verte 

Enfin, environ la moitié des femmes déclarent opter pour des cosmétiques écolabellisés et limiter les vernis à ongles et les teintures. La moitié des bébés à naître serait potentiellement exposés aux perturbateurs endocriniens contenus par les cosmétiques, teintures et vernis à ongles que s’appliquent leur mère. 

Des ondes maîtrisées

Et pour ce qui est d’éviter de placer tablettes, ordinateur portable et téléphone portable à proximité du ventre, deux tiers d’entre elles déclarent éviter de le faire. 


La façon dont elles souhaitent être informées

Enfin la dernière partie du questionnaire consistait à évaluer la façon dont les femmes sont informés et comment elles souhaiteraient l’être à l’avenir.

Docteur, plus d’infos please !

Trois quart d’entre elles souhaitent être plus informées sur les polluants cachés dans leur quotidien pour mieux les éviter. Dans la même proportion, la personne en qui elles ont le plus confiance pour le faire est leur médecin ou sage-femme 

Un déficit d’informations médicales

Pourtant, on ne peut que constater que peu d’entre elles avaient été informées de ces problématiques par leurs médecins ou sage-femme. Seulement 17% des femmes déclarent avoir été sensibilisées en consultation ! « Aujourd’hui par peur de faire peur, par méconnaissance du sujet, par manque de temps : c’est un sujet qui passe souvent à la trappe lors des consultations médicales. Il y a des choses qui ne changeront pas. C’est pourquoi le rôle des sages-femmes dans la transmission de ces informations nous semble clé » explique le Dr Souvet, Président de l’ASEF. 

Sortir de la web intoxication…

La plupart d’entre elles cherchent aujourd’hui leurs informations sur Internet et y trouvent… tout et n’importe quoi ! Il nous semble capital que les professionnels de santé reprennent la main sur ces sujets pour fournir à leurs patientes une information vérifiée et non-anxiogène. 


Notre objectif : informer mieux et plus

« Suite aux résultats de cette enquête, nous avons décidé d’accentuer la prévention auprès des femmes enceintes et la formation auprès des professionnels de santé » annonce le Dr Pierre Souvet, Président de l’ASEF. Voici les grandes lignes du projet pilote qui va être développé par l’association en 2017 avec le soutien de ces deux maternités partenaires et de l’ensemble de ces mécénes.

Informer les professionnels

Premier cheval de bataille : l’information des professionnels de santé. Avec d’une part, la diffusion massive auprès des médecins de son dossier Spécial Perturbateurs Endocriniens réalisé avec la participation du Pr Patrick Fénichel. Et d’autre part, la mise en place de programmes de formation santé-environnement auprès des sages-femmes de la Maternité de l’Etoile et de la Maternité de Vitrolles. 

Informer les femmes enceintes

Le second combat de l’association consistera à informer les femmes enceintes et les papas qui les accompagnent en distribuant des sacs « Bio-Maman ». L’idée est de remettre lors de l’inscription des femmes enceintes dans les deux cliniques partenaires – soit 4 000 bébés pour 2017 – un sac « Elue Bio-Maman de l’année » avec à l’intérieur un exemplaire de notre tout nouveau « Petit guide santé du Bio-Bébé » et des échantillons de produits offerts par les partenaires de l’ASEF tous engagés dans une démarche de prévention santé. Ces sacs qui seront distribués aux patientes de nos deux maternités partenaires à partir de janvier 2017 contiendront a priori nos petits guides santé, ainsi qu’une couche écologique et une compresse au sérum physiologique de la marque Love & Green, un liquide vaisselle pour nettoyer les ustensiles de bébé (biberons, tétines) de la marque Rainett et de l’information sur la vitamine D offerte par le Laboratoire Nutergia.

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