15 juin 2017

Les tatouages - la synthèse de l'ASEF

Pratiqués depuis des millénaires à travers le monde pour des raisons symboliques, religieuses ou esthétiques, les tatouages séduisent toujours autant. En France, une personne sur 10 est tatouée, et 20% chez les moins de 34 ans. Mais le tatouage n’est pas forcément une pratique anodine. Que lui reproche-t-on exactement ? Quels sont les risques du tatouage ? L’ASEF fait le tour de la question.

Les tatouages permanents

Le tatouage permanent est une pratique qui consiste à introduire des colorants indélébiles dans la peau à l’aide d’aiguilles ou d’objets semblables pour obtenir un dessin. C’est donc une véritable effraction cutanée, un geste qui peut être à risque. En janvier 2013, le Syndicat National des dermatologues-vénéréologues a mis en garde contre les tatouages, à cause de la potentielle toxicité de certaines encres (contenant des métaux toxiques comme l’aluminium, le cobalt, le chrome, le cuivre, le fer, le mercure ou le nickel) ; des encres noires peuvent également renfermer des hydrocarbures aromatiques polycycliques dangereux, tels que le benzo[a]pyrène, classé cancérigène certain par l’OMS.

Une fois injectées dans le derme et soumises aux rayonnements UV, ces substances peuvent entraîner des réactions allergiques (démangeaisons, œdème cutané) mais aussi des dermatoses comme l’eczéma. Dans certains cas, le retrait du tatouage devient indispensable.

Ainsi, les dermatologues recommandent vivement de consulter un médecin spécialiste avant d’envisager un tatouage, car ceux-ci risquent d’aggraver les lésions cutanées chez les personnes atteintes de certains problèmes de peau (psoriasis, vitiligo, sarcoïdose).

En sus de tous ces problèmes, il existe également un risque lié non pas aux substances utilisées mais aux gestes : celui de la contamination. Pour l’éviter, il est indispensable que les règles d’hygiène soient respectées, avec un emploi de matériel à usage unique. Néanmoins, si le tatouage est réalisé par des professionnels reconnus, il n’y a pas de danger. Il n’y a d’ailleurs quasiment plus de contaminations par les virus du sida ou celui des hépatites lors d’un tatouage.

Encadré : les nouveaux tatouages blancs et fluorescents

Réalisés entièrement à l’encre blanche, ces nouveaux tatouages sont douloureux et donnent l’impression d’une scarification. Il peut également jaunir après plusieurs années. Ce type de tatouage ne fait pas l’unanimité auprès des professionnels, bien que le risque semble identique à celui des tatouages classiques.

Mais il existe un autre tatouage d’apparition récente : le tatouage fluorescent. Invisible le jour, il se révèle à l’obscurité. Si ce type de tatouage est interdit en France, on peut néanmoins acheter l’encre sur Internet. De nombreux tatoueurs se sont engagés à ne pas l’utiliser ; en effet la composition des encres n’est pas connue et certaines semblent contenir du phosphore, une substance potentiellement cancérigène.

Il n’y a aucune certitude sur les dangers de ce type de tatouage. Dans le doute, l’ASEF déconseille d’y avoir recours.

Que faire si on se lasse

Par essence, le tatouage est censé être indélébile. Cependant, il est maintenant possible d’effacer un tatouage par des techniques de laser. Le laser va fragmenter les gouttes d’encre dans la peau jusqu’à ce qu’elles atteignent une taille de 5-10µm ; l’organisme est ensuite capable de les résorber. Le choix du laser se fait selon la couleur du tatouage.

En théorie, la plupart des tatouages peuvent être enlevés ; en réalité, certains facteurs compliquent beaucoup le détatouage et il existe un risque de conserver une marque ou une cicatrice. Ainsi, les tatouages composés de nombreuses couleurs, ceux implantés profondément, ou lorsque la peau est noire, foncée ou mate sont beaucoup plus difficiles à retirer.

Il faut toujours plusieurs séances pour enlever un tatouage, en laissant 1 à 2 mois entre les séances pour que la peau cicatrise. De plus, c’est un processus douloureux. Réfléchissez bien donc avant de vous faire tatouer, retirer votre œuvre d’art peut s’avérer plus complexe que vous l’imaginez !

Le maquillage permanent

Il s’agit en réalité de maquillage semi-permanent, et qui peut être considéré comme un tatouage. Il est utilisé pour colorer certaines parties du visage (sourcils, lèvres, paupières) et dure 2 à 3 ans. Comme pour tout autre tatouage, un manque d’hygiène est susceptible de déclencher une infection, il est donc indispensable de choisir un professionnel reconnu.

Au-delà des règles d’hygiène, sachez tout de même que des allergies au maquillage permanent existe. Les zones (contour de l’œil ou des lèvres) sont particulièrement fragiles, et les conséquences peuvent être graves, au niveau de santé ou même d’un point de vue esthétique (un œdème allergique à cet endroit du corps peut poser de gros problèmes). Réfléchissez donc bien et ne prenez pas cette décision sur un coup de tête, surtout si vous avez tendance aux allergies de contact.

Les tatouages éphémères

Les tatouages éphémères sont une bonne alternative aux tatouages définitifs. Cependant ils peuvent présenter certains risques. Parmi les plus connus, on retrouve les tatouages au henné, qui durent entre 2 et 3 semaines.

Le henné est un arbuste épineux dont les feuilles produisent des teintes rouges et jaunes. Récolté au Maroc en abondance, il est utilisé depuis des siècles pour colorer le textile et pour orner le corps. La couleur d’un tatouage au henné varie du marron à l’orange.

Mais on peut parfois entendre parler de henné noir ; il s’agit alors d’une substance ajoutée au henné, la paraphénylène diamine. Ce composé est interdit dans les cosmétiques à l’exception des colorations capillaires. Ce henné noir est susceptible de provoquer de fortes réactions allergiques ainsi qu’un eczéma, qui surviennent quelques heures et parfois quelques semaines après la réalisation du tatouage. En effet, lorsque la paraphénylène diamine pénètre dans le corps, elle se fixe sur les cellules cutanées. La sensibilisation est définitive et irréversible. Les réactions allergiques peuvent alors récidiver avec des teintures pour cheveux, des vêtements voire des objets en caoutchouc contenant cette substance. Chaque année, l’ANSM recense plusieurs dizaines de cas d’allergie grave ayant entraîné une hospitalisation. Vérifiez donc la composition de l’encre avant la réalisation du tatouage !!

Il est également important de savoir que si le henné traditionnel est inoffensif chez l’adulte, ce n’est pas le cas chez l’enfant. Dans certaines régions où du henné est appliqué sur la peau après la naissance, il a été montré des cas d’hémolyse aiguë nécessitant des hospitalisations [1]. On réservera donc le tatouage au henné aux adultes !

Parmi les tatouages temporaires, on peut également citer le tatouage au Jacqua. Le jacqua est extrait d’une plante d’Amérique (Pérou, Amazonie, Mexique) et est de couleur noir bleuté. Il dure environ 10 jours et n’a pas de risque particulier recensé.

Conseils pratiques

Vous voulez tout de même vous faire tatouer ? Voici quelques conseils pratiques pour se prémunir d’effets indésirables parfois lourds de conséquences…

  • Choisissez toujours un tatoueur professionnel : l’hygiène et la stérilité du matériel utilisé est absolument indispensable. Les professionnels reconnus travaillent avec du matériel à usage unique et sont connaisseur des règles d’asepsie. Ne vous fiez pas à un prix plus attractif ailleurs, on ne plaisante pas avec le risque d’infection.
  • Réfléchissez à certaines conséquences : pour les femmes, un tatouage sur le ventre peut devenir particulièrement inesthétique pendant et après une grossesse. De même, un tatouage placé en bas du dos peut poser des problèmes en cas d’anesthésie épidurale (par exemple la péridurale lors de l’accouchement).
  • Vous désirez un tatouage au henné ? Vérifiez que la couleur soit bien marron orangé.
  • Vous voulez quand même du henné noir ? Nous le déconseillons formellement mais dans ce cas, il est indispensable de faire un test 15 jours avant
  • En cas de réaction à un tatouage, consultez toujours un médecin
  • Vous êtes tenté par le maquillage permanent ? Attention, les risques d’allergie sont réels et il pourrait être impossible de faire disparaître les troubles… Une réaction allergique après un tatouage contour de lèvres ou contour des yeux peut avoir des conséquences graves sur la santé et sur l’esthétique.

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