3 juillet 2017

Les retardateurs de flamme - la synthèse de l'ASEF

Les retardateurs de flamme sont largement utilisés dans notre quotidien, théoriquement pour rendre les objets moins inflammables et ainsi diminuer la dangerosité d’un éventuel incendie. Mais leur présence commence à poser de nombreux questionnements depuis plusieurs années, compte tenu de leur toxicité pour l’homme et l’environnement. De plus, certains professionnels du feu se positionnent contre l’utilisation de ces substances. Alors, qu’en est-il exactement ? L’ASEF fait le point sur ces produits.

Définition

Les retardateurs de flamme sont des mélanges de produits chimiques permettant de rendre de nombreux produits moins inflammables. Ils sont utilisés très couramment dans les objets du quotidien. En plus de réduire l’inflammabilité d’un élément, ces substances visent à freiner la propagation de l’incendie.

Ils sont généralement à base de brome et sont également appelés « retardateurs de flamme halogénés ».

Où les trouve-t-on

Ces composés sont présents dans de très nombreux objets et matériaux. En effet, on va les retrouver dans :

  • Les appareils électriques et électroniques (électroménagers, téléviseurs, ordinateurs…)
  • Matériaux synthétiques (plastiques, résines, polymères)
  • Matériaux de construction
  • Mousses et matériaux de rembourrage
  • Isolants
  • Peintures
  • Mobilier
  • vêtements

Catégories de retardateurs de flamme

Il existe 5 catégories principales de retardateurs de flamme bromés :

  • Les polybromodiphényléthers (PBDE) : plastiques, textiles, circuits électroniques
  • Hexabromocyclododécanes (HBCDD) : isolants thermiques dans l’industrie du bâtiment
  • Tétrabromobisphénol A (TBBPA) : cartes de circuits imprimés, thermoplastiques (téléviseurs)
  • Polybromobiphényles (PBB) : appareils ménagers, textiles, mousses plastiques
  • Autres

Risques sanitaires

La plupart des retardateurs de flamme bromés sont lipophiles et capables de s’accumuler dans les graisses, se retrouvant ainsi le long de la chaîne alimentaire. Des traces de ces composés ont été retrouvées dans le sang et le lait maternel des humains.

Les effets toxiques de ces substances ne sont pas tous connus. Il semble qu’ils aient un effet sur le système endocrinien, notamment sur la thyroïde et les fonctions reproductrices. Récemment, une étude a montré que l’exposition de femelles gestantes et allaitantes à des retardateurs de flamme bromés entraînait des effets sur la descendants, tels que des changements dans le métabolisme lipidique et des altérations du développement cérébral [1].

Il existe également une toxicité des produits de dégradation de ces retardateurs de flamme, notamment via la formation de dioxines et de furanes.

Risques environnementaux

Les risques environnementaux des retardateurs de flamme sont discutés depuis les années 1970. La question est d’autant plus complexe du fait de la diversité des produits utilisés.

Les principaux reproches faits à ces composés sont d’être très rémanents et de se bioaccumuler dans le réseau trophique et le long de la chaîne alimentaire. Il existe également une perturbation de l’incinération ou du recyclage de certains produits en fin de vie.

Cependant, ils sont très persistants dans l’environnement ; leur capacité de dissémination est d’ailleurs largement prouvée puisqu’on en retrouve dans l’air en… Arctique [2]. Ils ont également tendance à s’accumuler dans la chaîne alimentaire et ont été mis en évidence chez plusieurs espèces animales et également chez l’homme.

L’avis des professionnels du feu

Ces retardateurs de flamme sont faciles d’emploi et massivement utilisés dans l’industrie du plastique.

Précisons que certains professionnels du feu demandent l’interdiction de ces substances. En effet, un objet ignifugé peut tout de même s’enflammer, et dans ce cas libérer davantage de monoxyde de carbone, de suies et de fumée.

Une étude menée au Royaume Uni suggère que certains retardateurs de flamme augmentent les risques de décès lors d’un incendie [3]. En effet, le ralentissement de la combustion augmente le dégagement de gaz toxiques : « les retardateurs de flamme sont efficaces pour réduire l’inflammabilité des matériaux ; cependant, nous avons découvert qu’ils ont un effet secondaire indésirable, celui d’augmenter les quantités de monoxyde de carbone et de cyanure d’hydrogène libérés durant la combustion. Ces gaz, et non l’élévation de chaleur ou les flammes, sont la première cause des décès lors d’un incendie ».

Selon des pompiers aux Etats-Unis, les sprinklers sont bien plus efficaces en cas d’incendie.

Règlementation

L’UE a adopté une législation visant à réduire ou arrêter la vente et l’utilisation de certains retardateurs de flamme bromés afin de protéger la santé et l’environnement. Deux mélanges sont interdits à la vente à des concentrations supérieures à 0,1% en masse.

Depuis juillet 2006, tous les nouveaux équipements électriques et électroniques ne peuvent plus contenir de PBB ou de PBDE, quelle que soit la concentration. En juillet 2008, un autre mélange de PBDE a également été interdit.

En novembre 2005, la Commission Européenne a demandé à l’EFSA des conseils concernant la détermination des composés chimiques pouvant poser un problème pour la santé humaine et/ou animale pour surveiller leur présence éventuelle dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux.

En juin 2009, la Commission a demandé à l’EFSA un nouvel avis scientifique relatif aux risques pour la santé humaine liés à la présence de retardateurs de flamme dans les denrées alimentaires.

Eviter les retardateurs de flamme au quotidien

Les retardateurs de flamme sont tellement omniprésents dans notre environnement qu’il est difficile de les éviter. Cependant, quelques pistes existent :

  • Au niveau de l’ameublement, les meubles garnis de coton, de laine ou de polyester sont généralement plus sûrs que ceux garnis de mousse. Il existe parfois des étiquetages « sans retardateur de flamme ».
  • Eviter les produits pour bébés contenant de la mousse (coussin d’allaitement, chaise haute, poussette contenant de la mousse de polyuréthane contiennent généralement des retardateurs de flamme)
  • Eviter les moquettes avec une sous-couche en mousse
  • Dépoussiérer souvent son intérieur, les retardateurs de flamme sont souvent retrouvés dans la poussière domestique

Conclusion

Les retardateurs de flamme sont ubiquitaires et ont un impact non négligeable sur notre santé et notre environnement. Poursuivre les études sur le sujet est primordial, les Etats-Unis ont déjà commencé à diminuer l’usage de ces substances dans les objets et matériaux du quotidien.

Bibliographie

[1]        Tung EWY, Kawata A, Rigden M, Bowers WJ, Caldwell D, Holloway AC, Robaire B, Hales BF, Wade MG. Gestational and Lactational Exposure to an Environmentally-Relevant Mixture of Brominated Flame Retardants: Effects on Neurodevelopment and Metabolism. Birth Defects Res 2017; 109:497–512.

[2]        Ma Y, Xie Z, Lohmann R, Mi W, Gao G. Organophosphate Ester Flame Retardants and Plasticizers in Ocean Sediments from the North Pacific to the Arctic Ocean. Environ Sci Technol 2017; 51:3809–3815.

[3]        Stec AA, Readman J, Blomqvist P, Gylestam D, Karlsson D, Wojtalewicz D, Dlugogorski BZ. Analysis of toxic effluents released from PVC carpet under different fire conditions. Chemosphere 2013; 90:65–71.

 

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