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Pour un ménage santé !

Écrit par J. Maherou Créé le lundi 13 juin 2016 11:09

Faire le ménage, c’est une corvée dont on pourrait bien se passer. Alors quand on sait qu’il peut aussi être néfaste pour notre santé et l’environnement, cela motive encore moins… Et oui, détergents, lessives et sprays peuvent contenir des substances toxiques qui polluent votre intérieur. Les premières victimes sont les femmes enceintes et les enfants. Heureusement, il existe des produits alternatifs qui vont faire de votre ménage une véritable partie de plaisir ! Si, si ! On vous donne la recette.

 

 

 

Oui, le ménage peut nous rendre malade !

 

Les produits ménagers émettent principalement des Composés Organiques Volatils (COV). Comme leur nom l’indique, ils sont très volatils, ce qui leur permet de se propager et de contaminer l’air intérieur des habitations. On les trouve dans les détergents, les dégraissants, les solvants, les lave-vitres mais aussi dans les désodorisants tels que les bougies parfumées, les parfums d’intérieur ou l’encens. Si, le plus souvent, l’exposition aux produits ménagers se traduit par une irritation des voies respiratoires pouvant aboutir à de l’asthme, une exposition sur le long terme peut aussi s’avérer particulièrement nocive. En effet, certains COV, comme le benzène et le formaldéhyde, sont reconnus comme cancérigènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer. D’ailleurs, une étude[1] américaine parue dans Environmental Health en 2010 et menée sur 787 femmes a montré que celles utilisant le plus de produits d’entretien avaient deux fois plus de risque de développer un cancer du sein que celles qui en utilisent le moins.

Les femmes enceintes sont également particulièrement vulnérables à tous ces produits. Une étude[2] l’Inserm publiée en 2009 a montré que le risque de malformations congénitales d’un fœtus est 2,5 fois supérieur si la future mère est exposée de façon régulière aux solvants dans son environnement professionnel (secteur de la santé, de l’entretien, de la coiffure et de l’esthétique, et en laboratoire). Ces malformations sont le plus souvent faciales (bec de lièvre), rénales, urinaires ou génitales. Souvent, les solvants sont des éthers de glycol, contenus par exemple dans les lave-vitres. Certains d’entre eux sont classés comme toxiques pour la reproduction. Une étude[3] menée sur 109 hommes employés de la municipalité de Paris a montré que l’exposition passée aux éthers de glycol a été associée à un risque accru de la diminution de la concentration du sperme, de la mobilité des spermatozoïdes et de leur apparence morphologique par rapport aux valeurs de référence de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

 

Zoom sur les produits à bannir

 

Les détergents classiques

Tous les produits de nettoyage de la maison sont des détergents : nettoyants multi-usage, liquides vaisselle, lessives... Ils sont principalement composés d'agents nettoyants qui sont des tensioactifs, molécules essentielles dans la fabrication d’un produit d’entretien car il rompt les liaisons entre les saletés et les supports. Les détergents contiennent également des additifs (phosphates, anticalcaire, agents de blanchiment), destinés à améliorer, démultiplier ou renforcer l'action du tensio-actif. Les phosphates sont interdits dans les lessives depuis 2007 mais ils sont toujours présents dans les produits pour lave-vaisselle. Une fois rejetés dans le milieu naturel, ils peuvent entrainer de graves conséquences sur les écosystèmes. Dans les milieux aquatiques, l’excès de phosphore entraine la prolifération des algues et conduit à une désoxygénation des eaux. C’est le phénomène d’eutrophisation. L’équilibre biologique est alors perturbé et tout l’écosystème est dégradé Outre la problématique des phosphates, les détergents sont difficilement biodégradables et émettent des COV dont du formaldéhyde.

 

L’eau de Javel

Détachante, blanchissante, désodorisante et désinfectante, l’eau de javel a la réputation d’être championne du propre. Le problème, c’est qu’elle est très néfaste pour les organismes aquatiques et peut être irritante pour la peau, les yeux ainsi que les voies respiratoires et digestives. Une étude[4] menée auprès de plus de 9 000 enfants a d’ailleurs montré que ceux vivant dans des foyers utilisant régulièrement l'eau de Javel développement plus d'infections ORL (sinusite, otite, bronchite, grippe ou pneunomie) que les autres. Il semblerait que cela soit du aux propriétés irritantes de l'eau de Javel qui endommagent les parois des voies respiratoires de l'enfant. De plus, l’eau de Javel affaiblirait le système immunitaire. L’autre danger, c’est que l’eau de Javel réagit avec de nombreux composés chimiques. Mélangée avec de l’acide, que l’on retrouve dans certains produits ménagers, elle produit du dichlore (Cl2), un gaz très toxique provoquant des toux, des vertiges, des nausées, des difficultés respiratoires et de fortes irritations. Il est donc primordial d’éviter tout mélange avec d’autres produits !

Pensez également que les enfants qui se déplacent à quatre pattes sur un sol javellisé ne sont pas exposés de la même façon qu’un adulte qui marche !

Et nous ne sommes pas les seules victimes de l’eau de Javel. Le chlore qu’elle contient peut avoir également des conséquences sur les écosystèmes. Libéré dans la nature, le chlore réagit avec les matières organiques du sol, de l'eau, de l'air et forme des composés organochlorés, toxiques pour les micro-organismes. Pour en savoir plus, consultez notre article « Faut-il mettre l’eau de Javel sur le banc de touche ».

 

Les anti-bactériens

Les antibactériens, c’est probablement ce qu’il vous vient à l’idée après tout ce que l’on vient de dire. Mais il faut savoir que chez vous, il n’est pas nécessaire de désinfecter. C’est même plutôt déconseillé d’une part car la présence de certains microbes est indispensable à notre santé, et d’autre part parce que désinfecter trop souvent peut favoriser le développement et la résistance de certains germes pathogènes. Par ailleurs, s’il n’est plus confronté aux microbes, notre organisme ne peut plus produire de défenses immunitaires efficaces.

La désinfection n’est utile que s’il existe un risque viral ou bactériologique comme la salmonellose ou les hépatites par exemple. Seules 3% des bactéries présentes dans notre environnement peuvent causer des maladies.

 

Les sprays

Les produits conditionnés sous forme de vaporisateur augmentent les risques pour la santé au moment de l’utilisation. En effet, étant propulsé en fines gouttelettes, le produit reste en suspension et peut facilement être inhalé ou entrer en contact avec les yeux ou la peau. Le danger augmente quand le produit est lui-même corrosif. C’est notamment le cas des décapants pour fours ou produits détartrants.

 

Le perchloroéthylène

Le perchloroéthylène (PERC) est le principal solvant utilisé pour le nettoyage à sec dans les pressings. Classé dans le groupe 2A des substances «cancérogènes probables» par l’OMS, le PERC est suspecté de favoriser les risques de cancer de l’œsophage, du col de l’utérus et de lymphomes non Hodgkininens. Il peut aussi avoir des effets neurologiques et un impact sur les reins et le foie. En France, le PERC est interdit dans les nouvelles installations depuis 2013. L’interdiction totale du PERC dans des locaux occupés par des tiers sera effective au 1er janvier 2022. En attendant, il est préférable d’éviter le nettoyage à sec ou de bien aérer les vêtements en sortant du pressing. Pour en savoir plus sur le PERC, consultez notre article en cliquant ici !

 

Les produits contenant des parfums allergisants

Si les produits ménagers sentent généralement bon, c’est grâce aux parfums de synthèse qu’ils contiennent. Mais ce n’est pas parce qu’ils sentent bons qu’ils n’ont pas d’effets sur notre santé. Au contraire… Vingt-six parfums potentiellement allergisants sont inscrits dans la réglementation européenne. Les fabricants de produits ménagers, mais aussi de cosmétiques ont l’obligation d’indiquer leur présence sur les étiquettes. Présents en petites doses, elles apparaissent généralement à la fin de la liste des ingrédients.

Pour vous aider à les identifier, voici la liste de ces 26 substances : Alpha-isomethyl ionone ; Amyl cinnamal ; Amyl cinnamyl alcohol ; anise alcohol ; benzyl alcohol ; benzyl benzoate ; benzyl cinnamate ; benzyl salicylate ; butylphenyl methylpropional ; cinnamal ; cinnamyl alcohol ; citral ; citronellol ; coumarin ; eugenol ; evernia prunastri ; evernia furfuracea ; farnesol ; geraniol ; hexyl cinnamal ; hydroxycitronellal ; hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde ; isoeugenol ; limonene ; linalool et methyl 2-octynoate.

Chez les personnes ayant un terrain allergique, l’exposition répétée à ces substances peut induire un processus de sensibilisation et conduire à une allergie de contact mais la réaction peut survenir dès la première utilisation.

 

Les produits à privilégier

 

Vous l’aurez compris, pour préserver sa santé, de nombreux produits sont à éviter. Mais faut-il pour autant arrêter de faire le ménage ? Bien sûr que non ! Heureusement, il existe des produits étant sans danger pour la santé et l’environnement…

 

Les produits ecolabellisés

Accordés par des organismes de certification, les écolabels garantissent, en plus de l’efficacité des produits, une réduction de leur impacts environnementaux tout au long de leur cycle de vie, depuis la fabrication (choix des matières premières, conditions de production…) jusqu’à l’élimination des déchets. Deux écolabels sont délivrés en France. Ils garantissent tous les deux la qualité d’usage du produit ainsi que la limitation de certaines substances dangereuses pour la santé humaine et nocives pour l’environnement aquatique.

- La marque NF Environnement pour le marché français : crée en 1991, elle est délivrée par AFNOR Certification. On la retrouve sur les produits ménagers mais aussi ceux de l’équipement de la maison, de bricolage, de jardinage, de papeterie, etc.

- L’Ecolabel Européen : créé en 1992 pour le marché de l’Union européenne par la commission européenne, c’est le seul label écologique officiel européen utilisable dans tous les pays membres. On le retrouve sur les chaussures, vêtements, mobilier en bois, matelas, téléviseur, pompe à chaleur, revêtements de sols, peinture, vernis, ordinateurs, textiles, amendements pour sols, lubrifiants, papier, produits d’entretien, papier hygiénique, etc.

 

Les recettes de grands-mères

 

Le savon noir

Composé d’eau, d’huile d’olive, d’huile de lin et de glycérine, le savon noir est 100% naturel et entièrement biodégradable. Très dégraissant et détachant, c’est un produit multi-usage : il nettoie aussi bien le sol, les sanitaires, le four, les plaques de cuisson que les vitres ou la vaisselle. C'est également un antiseptique et un insecticide très efficace. Il est vendu dans les magasins de bricolage ou les drogueries. Attention à ne pas confondre le savon noir ménager avec le savon noir pour la peau que l’on trouve dans les hammams !

 

Le vinaigre blanc

Le vinaigre blanc est un mélange d’eau et d’acide acétique, ce qui lui permet d’être un bon détartrant, mais aussi un désinfectant, un dégraissant et un détachant. C’est un nettoyant puissant, écologique et bon marché. Il peut être utilisé pour nettoyer les sols, les vitres, la salle de bain, les gazinières ou détartrer les bouilloires et les cafetières.

 

Le bicarbonate de soude

Le bicarbonate de soude est une poudre un peu granuleuse. Biodégradable, non inflammable ni toxique, il a de multiples qualités écologiques. Très peu coûteux et 100% écologique, c’est un agent nettoyant et désodorisant. Il peut donc remplacer les produits anticalcaires, les lessives et les désodorisants classiques. Avec un peu d’eau chaude, le bicarbonate de soude est également efficace contre les moisissures.

 

 

Enfin, quels que soient les produits que vous utilisez, il est très important d’aérer pendant et après avoir fait le ménage et au moins 15 minutes par jour, en faisant des courants d’air et ce, même en hiver ! Cela permet de renouveler l’air de votre logement et de limiter l’exposition aux substances chimiques.

 


Références bibliographiques :

[1] Zota AR, Aschengrau A, Rudel RA, Brody JG. Self-reported chemicals exposure, beliefs about disease causation, and risk of breast cancer in the Cape Cod Breast Cancer and Environment Study: a case-control study. Environ Health. 2010 Jul 20;9(1):40

[2] Garlantézec R, Monfort C, Rouget F, Cordier S. Maternal occupational exposure to solvents and congenital malformations: a prospective study in the general population. Occup Environ Med. 2009 Jul;66(7):456-63

[3] Multigner L, Ben Brik E, Arnaud I, Haguenoer JM, Jouannet P, Auger J, Eustache F., Glycol ethers and semen quality: a cross-sectional study among male workers in the Paris Municipality. Occup Environ Med. 2007 Jul;64(7):467-73.

[4] Casas L, Espinosa A, Borràs-Santos A, Jacobs J, Krop E, Heederik D, Nemery B, Pekkanen J, Hyvärinen A, Täubel M, Zock JP., Domestic use of bleach and infections in children: a multicentre cross-sectional study. Occup Environ Med. 2015 Apr 2. pii: oemed-2014-102701. doi: 10.1136/oemed-2014-102701.

 

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