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Les perturbateurs endocriniens, des substances toxiques

Écrit par J.Maherou, S. Norest & L.Ferrer Créé le jeudi 29 octobre 2015 08:54

perturbateurs endocriniensBaisse de la fertilité masculine, puberté précoce, malformations congénitales, cancers du sein,… autant de troubles qui sont en nette augmentation ces dernières décennies. Au banc des accusés : les perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques présentes partout autour de nous. A l’image du Bisphénol A ou des phtalates, ils constituent un sujet de santé publique émergent. Mais qui sont-ils vraiment ? Comment agissent-ils sur notre organisme ? Comment s’en préserver ? L’ASEF vous informe là dessus.

 

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

 

femme enceinte

Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques, étrangères à l’organisme, qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur l’organisme ou sur les descendants. Ils influent négativement sur les processus de synthèse, de sécrétion, de transport, de stockage, de libération, d'action ou d'élimination des hormones.

 

Leurs impacts sur l’organisme

Un certain nombre d’affections sont suspectées d’être la conséquence de l’exposition aux perturbateurs du système endocrinien[1] :

- altération des fonctions de reproduction masculines : tendance à la baisse de la qualité et de la quantité du sperme observée dans certains pays ;

- troubles de la fonction reproductrice féminine en raison d’anomalies de la différenciation sexuelle, de la fonction ovarienne, de la fertilité, de l’implantation de l’embryon et de la gestation ;

- malformations du système reproducteur masculin : cryptorchidie (malposition des testicules), hypospadias (malposition de l’urètre) ;

- troubles de la maturation sexuelle (par exemple: puberté précoce) ;

- altération de la fonction thyroïdienne

- tumeurs des testicules, de la prostate et des seins ;

- pour les femmes enceintes, risque de mortalité intrautérine et de retard de croissance fœtale.

Les PE peuvent également altérer d'autres fonctions et comportements régulés par le système hormonal (croissance, appétit, sommeil, etc..).

Le cas du diethylstilbestrol, médicament prescrit dans les années 1950-1960 pour éviter l'avortement spontané, démontre bien l'effet d'une substance agissant comme un perturbateur endocrinien. Ce produit a causé des malformations chez les enfants exposés in utero ; les filles ont développé des anomalies du vagin ou de l'utérus et des formes inhabituelles de cancer de l'utérus lorsqu'elles ont atteint la puberté. Le diethylstilbestrol a été retiré du marché et interdit dans les années 1970.

Une étude[24] récente illustre plus concrètement le lien entre perturbateurs endocriniens et impacts sur la santé, et plus précisément sur la fertilité. Cette étude parue en décembre 2012 et menée sur plus de 26 600 hommes a montré un déclin significatif de la concentration en spermatozoïdes du sperme et de sa qualité entre 1989 et 2005 en France. Les résultats de cette étude ont révélé qu’en 17 ans, la concentration du sperme (millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme) a diminué de 32,2 % et de manière continue, soit de 1,9 % par an. Ainsi, pour un homme de 35 ans, le nombre de spermatozoïdes est passé de 73,6 millions/ml à 49,9 millions/ml en moyenne. Même les spermatozoïdes survivants seraient malformés puisque l'étude a montré une réduction de 33,4 % de la proportion des spermatozoïdes de forme normale en 17 ans. Ces résultats seraient en fait sous-estimés car la population étudiée aurait a priori tendance à moins fumer et moins souffrir obésité, deux facteurs connus pour nuire à la qualité du sperme. Pour les auteurs de l’étude, un lien avec les perturbateurs endocriniens est fortement envisagé. En savoir plus…

D'après une autre étude[25], ce phénomène serait dû à un manque d’activité physique et à trop de temps passé devant la télévision… Pour en savoir plus, consulter notre article en cliquant ici ! D'après une autre étude[29], l'aluminium aurait lui aussi sa part de responsabilité... en savoir plus.

 

Comment agissent-ils ?

 

hormonesynthesePour comprendre comment agissent les PE, il faut d’abord comprendre le rôle des hormones… Le système endocrinien est constitué d'une série de glandes, appelées glandes endocriniennes : pancréas, hypothalamus, hypophyse, thyroïde, surrénales, testicules...Toutes ces glandes sécrètent des hormones véhiculées par le sang et qui agissent comme des "messagers chimiques". En se liant à des "récepteurs" cellulaires, les hormones vont modifier le fonctionnement des cellules et déclencher des réactions très spécifiques. Elles vont ainsi réguler le développement, la croissance, la reproduction et le comportement. Par exemple, les hormones thyroïdiennes ont une action sur la croissance, l'insuline secrétée par le pancréas contrôle l'utilisation du sucre par les cellules et la testostérone produite par les testicules est responsable de l'aspect "masculin" du corps.

Une fois dans l’organisme, les PE sont capables de perturber ce fonctionnement en agissant de plusieurs façons :

- en imitant l'action d'hormones naturelles telles que les œstrogènes ou la testostérone ;

- en bloquant les récepteurs des cellules recevant les hormones (récepteurs des hormones), empêchant ainsi l'action des hormones ;

- en agissant sur la synthèse, le transport, le métabolisme et l'excrétion des hormones, modifiant ainsi les concentrations d'hormones naturelles.

Les perturbateurs endocriniens peuvent agir à de très faibles doses, comme le font naturellement les hormones.

 

Comment sommes-nous exposés ?

 

interrogationperturbateurEn règle générale, l’eau et l’alimentation (migration de substances depuis l’emballage, contamination des sols de cultures, résidus hormonaux dans la viande), mais également l’air et les cosmétiques, sont les principales sources d’exposition aux PE. Certains PE sont des composés solubles dans les corps gras (lipophiles), c’est-à-dire qu’ils se fixent sur le tissu adipeux, et peuvent facilement s’accumuler dans les graisses de différentes espèces et ainsi contaminer une grande partie de la chaîne alimentaire. On les retrouve donc souvent dans les liquides biologiques (sang, urine, liquide amniotique, lait maternel) et les tissus chez l’homme, la femme, l’enfant et même le fœtus. L’organisme est exposé chaque jour durant toute la vie à ces contaminants, par inhalation, ingestion, ou contact. C’est donc une exposition à long terme.

 

Les différents perturbateurs endocriniens et leurs impacts sur la santé

 

Les PE peuvent avoir deux origines distinctes : naturelle ou anthropique (qui provient de l’activité humaine). Les hormones naturelles comprennent les œstrogènes, la progestérone et la testostérone, naturellement présentes dans l'organisme des hommes et des animaux, et les phyto-œstrogènes présents dans certaines plantes, comme les germes de luzerne et le soja, et qui ont une activité semblable à celles des œstrogènes une fois ingérées par l'organisme. L'organisme humain est capable de décomposer facilement et d'excréter rapidement ces substances. Elles restent très peu de temps dans l'organisme et ne s'accumulent pas dans les tissus. Quant aux substances anthropiques, elles comprennent les produits chimiques conçus pour être utilisés dans l'industrie, dans l'agriculture et dans des biens de consommation, par exemple, dans certains additifs des plastiques. Il existe également d’autres hormones : des hormones de synthèse administrées dans un cadre médical telles que les contraceptifs oraux, les traitements hormonaux de substitution et certains additifs alimentaires pour animaux. Ces hormones sont spécialement conçues pour agir sur le système endocrinien et le moduler. Mais nous allons ici nous intéresser exclusivement aux substances anthropiques car elles sont très présentes dans notre environnement et que nous y sommes quotidiennement exposés malgré nous.

 

Les PE dans les objets en plastique…

 

Le Bisphénol A

bisphénol A

Le bisphénol A (BPA) est une substance chimique principalement utilisée pour la fabrication de plastiques et de résines. On le retrouve par exemple dans le polycarbonate, un plastique rigide et transparent de haute performance. Le polycarbonate est utilisé pour fabriquer des récipients alimentaires tels que des bouteilles recyclables, de la vaisselle (assiettes et tasses) ainsi que des conteneurs destinés au stockage. Il est repérable grâce à son code d’identification 7, indiqué sur les produits. Des résidus de BPA se retrouvent également dans des résines époxy utilisées pour fabriquer des revêtements et des films de protection recouvrant les canettes de boissons. Le problème, c’est que le BPA peut migrer dans les aliments et les boissons stockés dans des matériaux qui contiennent cette substance, d’autant plus si les aliments sont chauffés avec leur emballage. Une fois dans notre organisme, le BPA agit comme un leurre hormonal en mimant l'action d'hormones naturelles. Il usurpe l'identité des œstrogènes, active leurs récepteurs de manière un peu anarchique et dérégule de cette façon le système hormonal. Ainsi, il est capable de perturber la fonction de reproduction mais aussi le développement d’organes comme le cerveau ou le système cardio-vasculaire.

Récemment, une étude française a apporté les premières preuves directes des effets du BPA sur la reproduction humaine. Les chercheurs ont maintenu artificiellement en vie des testicules fœtaux d'origine humaine dans des boites de culture pendant 3 jours. Certains étaient mis en présence de BPA et d’autres non. Ils ont alors constaté que, par rapport à ceux non exposés au BPA, les fragments de testicules de fœtus exposés secrétaient moins de testostérone, ainsi qu’une autre hormone testiculaire nécessaire à la descente des testicules dans les bourses au cours du développement fœtal. Ces résultats ont été observés à une concentration de 2 mg/l, ce qui correspond à la concentration que l'on retrouve en général dans le sang, dans les urines mais aussi dans le liquide amniotique chez les femmes enceintes. Par ailleurs, les chercheurs ont comparé la réponse au bisphénol A des testicules fœtaux humains avec celle des testicules fœtaux de rat et de souris. Ils ont observé une sensibilité plus élevée de l'espèce humaine au BPA. Ces résultats sont d’autant plus inquiétants que, à ce jour, les seuils d'exposition tolérables en santé humaine sont définis, le plus souvent, à partir de données obtenues sur l'animal.

Une autre étude a même identifié un lien possible entre le BPA et l’obésité chez l’enfant. Les chercheurs ont mesuré le taux de BPA dans les urines de 2 838 enfants âgés de 6 ans à 19 ans et ont ensuite relevé leur poids. Résultats : parmi les enfants ayant le taux de BPA le plus élevé, environ 22% étaient obèses contre seulement 10% chez ceux qui présentaient les niveaux les plus faibles. En d’autres termes, cela signifie que les enfants les plus exposés au BPA ont 2 fois plus de risque d'être obèses que les moins exposés. En savoir plus…

C’est pour ces raisons que l’utilisation du BPA a été interdit dans la fabrication des biberons en 2010. L’interdiction sera bientôt élargie à d’autres produits puisqu’en décembre 2012, le Parlement a voté une loi interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché des emballages alimentaires contenant du BPA dès 2015 et dès 2013 dans les contenants alimentaires destinés aux enfants de moins de 3 ans. Par ailleurs, à partir du 1er juillet 2015, tous les dispositifs médicaux contenant du BPA mais aussi tout autre perturbateur endocrinien et substance cancérogène, destinés aux bébés et femmes enceintes seront interdits.

Pour tout savoir sur le BPA, consultez notre synthèse « Les dessous du BPA » !

 

Les phtalates

interdiction phtalateLes phtalates sont des substances chimiques rajoutées au polychlorure de vinyle (PVC) lors de la fabrication d’objets en plastique pour les rendre plus souples et faciliter ainsi leur mise en forme. On les retrouve donc dans pratiquement tous les articles en PVC : adhésifs, ballons, nappes, tuyaux, rideaux de douche, emballages, cosmétiques, colles, matériel médical, mais aussi dans les jouets... Nous pouvons être exposés aux phtalates par inhalation, ingestion ou absorption cutanée. L’ingestion d’aliments ayant été en contact avec des emballages contenant des phtalates demeure la principale source d’exposition pour la population générale adulte. En effet, comme le BPA, les phtalates ne sont pas liés au plastique ; ils peuvent être libérés et migrer de l’emballage vers les aliments. Ceci pose un problème sanitaire, car les phtalates auraient des effets néfastes pour la santé... Des études[2] menées sur des rats ont montré qu’une administration répétée de phtalates pouvait avoir des effets sur le foie – pouvant entrainer des tumeurs hépatiques - les reins et le système reproducteur mâle (baisse de la fertilité, atrophies testiculaires, poids fœtaux réduits, mortalité fœtale, malformations...).

Ce n’est que très récemment, en 2008, que ces effets ont été mis en évidence sur les humains.... Une étude[3] menée par une équipe de chercheurs de l’INSERM dirigée par le Professeur René Habert a en effet démontré expérimentalement que les phtalates étaient délétères pour la mise en place du potentiel reproducteur masculin dans l’espèce humaine. Les chercheurs ont réussi à reproduire dans une boîte de culture le développement du testicule observé in vivo. Dans ce système, l’ajout de MEHP (Mono(Ethylhexyl)-phtalate), le métabolite actif du DEHP (di- (2 éthylhexyl) phtalate), le phtalate le plus fréquemment utilisé dans les articles en plastique, provoque au bout de 3 jours la disparition de 40% des cellules germinales fœtales. Ces cellules sont les précurseurs des spermatozoïdes et on sait que, chez la souris, la réduction expérimentale de leur nombre se traduit par une diminution de la production de spermatozoïdes à l’âge adulte.

Une étude[4] française publiée en mars 2012 a confirmé ces effets sur la reproduction. Elle a démontré que l'exposition des testicules de l'homme adulte aux phtalates, entraîne une inhibition de la production de la testostérone et seraient responsables de la réduction des testicules chez l'adulte. Les expériences ont été menées sur des testicules d’adultes humains exposés in vitro aux mêmes substances que l’étude précédente: le DEHP et le MEHP. Les chercheurs ont ainsi constaté que ces composants réduisent de 30 % la production de testostérone par rapport à des testicules non exposés.

Les résultats de ces deux études ont donc confirmé le rôle de perturbateurs endocriniens chez les hommes et les petits garçons. Cependant, les petites filles sont elles aussi concernées par les effets des phtalates. Une étude[5] de 2010 et menée auprès de 1 100 petites filles âgées entre 6 et 8 ans, a montré que les phtalates seraient responsables de puberté précoce. Deux analyses urinaires réalisées à un an d'intervalle ont révélé la présence de trois sortes de polluants chimiques présents dans l’environnement : des phénols, des phtalates, et des phytoestrogènes. Les chercheurs ont alors observé une association entre le taux de phtalates dans les urines et la puberté précoce chez les petites filles (développement de la poitrine et apparition des poils pubiens). Le professeur Charles Sultan, chef de service en endocrinologie pédiatrique au CHU de Montpellier, constate que de plus en plus de petites filles deviennent pubères très tôt. D’après lui, ce phénomène serait dû, entre autres, à ces substances chimiques dont les taux élevés peuvent non seulement perturber le développement pubertaire mais aussi entraîner un risque de complication plus tard dans la vie et notamment de cancer du sein. Une étude[6] de 2010 menée auprès de 221 femmes mexicaines, a permis de constater que les taux de phtalates étaient plus élevés dans les urines des femmes atteintes d’un cancer du sein que chez le groupe témoin.

Autre effet récemment mis en évidence : les accouchements prématurés. Une étude[27] publiée en 2013 a constaté une association entre le niveau de phtalates dans les urines des femmes enceintes et les accouchements prématurés. Selon une étude présentée en juillet 2013 au congrès de l'European Society of Human Reproduction and Embryology, les phtalates pourraient aussi diminuer les chances de réussite de fécondation in vitro (FIV). Après avoir analysé les urines de 231 femmes traitant pour une FIV, les chercheurs ont constaté que 95% des échantillons d’urine contenaient des phtalates et que plus les concentrations de phtalates dans les urines étaient élevées, plus le risque d’échec d’implantation était important. D’autres études ont également fait un rapprochement avec le diabète[7] mais aussi avec l’hypertension artérielle chez les enfants[26], et la diminution des QI des enfants. Mais les femmes enceintes peuvent également être concernées. En effet, en 2015, des chercheurs chinois ont montré que les phtalates pouvaient augmenter le risque de fausses couches. En savoir plus sur cette étude[30].

 

Les phtalates dans les valises !

 

valisesL’association de consommateurs allemande Stiftung Werentest s’est intéressée de près à ce qui se cache dans nos valises. Les experts ont ainsi analysé 14 valises sous toutes les coutures et ont retrouvé des phtalates dans les poignées de transport, à des concentrations supérieures à la norme autorisée en Europe, qui sera fixée à 1 000 mg/kg en 2015. L’association a découvert des concentrations de 69 000 mg/kg de DEHP, un phtalate très utilisé dans des valises de la marque American Tourister. Certains bagages de Travel contiennent jusqu’à 12 9200 mg/kg de phtalates. Des valises de marque Carrefour et Samsonite sont également concernées. En revanche, certaines valises ne présentaient aucune trace de phtalates. Il s'agit de deux Delsey, In Extenso, Jump, New Feel, Rimowa, Samsonite B Lite et Visa. Pour en savoir plus, consulter notre article.

 

Les PE dans d’autres objets…

 

Les composés perfluorés

ustensiles de cuisineLe terme « composes perfluorés » (PFC) se réfère à une vaste famille de molécules chimiques. Il s’agit de composés tensio-actifs, présentant une grande stabilité sur les plans thermique, chimique et biologique. Les composés perfluorés sont utilisés dans de nombreuses applications industrielles, notamment pour les traitements anti-tâches et imperméabilisants de textiles (vêtements, tissus, tapis, moquettes...), les enduits résistants aux matières grasses, les emballages en papier et/ou carton pour le contact alimentaire, les revêtements antiadhésifs (ustensiles de cuisine), les mousses anti-incendie, les tensioactifs utilisés dans l’exploitation minière et les puits de pétrole, les cires à parquet, ou encore certaines formulations d’insecticides. Les consommateurs des pays industrialisés sont donc aujourd’hui en contact avec ces composés dans leur vie quotidienne. Les PFC particulièrement étudiés en raison de leurs impacts sanitaires sont les tensio-actifs organiques tels que le sulfonate de perfluorooctane (PFOS) et l’acide perfluorooctanoïque (PFOA). Ces deux substances étant les principaux produits de dégradation finaux de nombreux composés perfluorés, elles sont retrouvées en quantités importantes dans l’environnement, d’autant plus qu’elles sont très persistantes. La principale voie d’exposition est l’alimentation, notamment par la migration des PFC des ustensiles de cuisine vers les aliments. Quant à leurs effets en tant que perturbateurs endocriniens, ils ont été démontrés scientifiquement.Une étude[8] britannique menée auprès de 447 petites filles britanniques et leurs mères a montré qu’une exposition in utero aux composants perfluorés pouvait entraîner la naissance de nouveau-nés plus petits que la normale, susceptibles par la suite de souffrir d'obésité. Les chercheurs ont mesuré les concentrations de 3 PFC les plus courants - PFOS, PFOA et PFHxS – dans le sang des mères pendant leur grossesse. Ils ont ensuite relevé les poids et la taille des petites filles à la naissance, 2, 9 et 20 mois. Ils ont alors constaté que les filles dont les mères avaient une concentration plus élevée de PCF pendant la grossesse étaient plus petites que la moyenne à la naissance, mais avaient un poids plus élevé que la moyenne (580 g de plus) à l’âge de 20 mois. D’après l’auteur principal, le Pr Michele Marcus, ces résultats sont cohérents avec les recherches précédentes qui suggèrent que l'exposition prénatale aux PFC peut avoir des effets néfastes sur la croissance fœtale et postnatale. Effectivement, une étude[9] publiée en février 2012 avait déjà montré que l’exposition in utero à l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) favorisait le surpoids à l’âge de 20 ans, uniquement chez les femmes. Pour en savoir plus sur cette étude, cliquez ici !

 

Les retardateurs de flamme

peluchesLes retardateurs de flamme sont des substances chimiques ajoutées aux matériaux lors de la fabrication afin de réduire le risque d’incendie. En fait, ils améliorent tout simplement la résistance au feu des produits. Ils sont présents dans différents équipements électroniques (téléviseurs, ordinateurs), les matelas, les tissus, les meubles, les vêtements, à des teneurs allant en général de 5 à 20 %. Les retardateurs de flamme les plus utilisés sont les polybromodiphényles éthers (PBDE). Il s’agit de composés bromés, connus pour leurs effets nocifs pour la santé. Suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, ils seraient également responsables de troubles de développement du système nerveux (autisme, hyperactivité, déficit d’attention, trouble de comportement...). Plusieurs études[10],[11] ont montré l’action de ces retardateurs de flamme bromés sur les hormones thyroïdiennes. Ces hormones sont essentielles au fonctionnement du système nerveux chez l’adulte et favorisent son développement chez le fœtus et le nourrisson. C’est pourquoi, même une exposition in utero peut affecter le neuro développement des enfants... Cela a été mis en évidence dans une étude[12] publiée en 2010. Les chercheurs ont analysé les taux d’exposition prénatale aux retardateurs de flammes (PBDE) en mesurant la concentration dans le sang du cordon ombilical à la naissance. Ils ont ensuite suivi le développement neurologique des enfants, entre 1 et 4 ans puis à l’âge de 6 ans.

Les enfants présentant à la naissance les concentrations en PBDE les plus élevées avaient les résultats les plus bas aux tests de développement physique et mental réalisés entre 1 et 6 ans. Ces effets sur le développement étaient particulièrement remarquables à l’âge de 4 ans, où les résultats des tests de QI et de niveau verbal ont été réduits de 5,5 à 8 points pour ceux qui avaient eu la plus forte exposition prénatale.

Dans un rapport[30] de 2015, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a identifié 22 substances comme étant les plus utilisées actuellement. L’expertise a montré que, en expérimentation animale, plusieurs de ces substances présentent une toxicité avérée ou suspectée sur la reproduction, un effet potentiel de perturbateur endocrinien, des effets sur la thyroïde ou sur le système immunitaire, ou sont potentiellement cancérogènes ou neurotoxiques. Et la plupart des retardateurs de flamme se retrouvent dans les environnements intérieurs, l’air, et les poussières. Et pour l’environnement, ce n’est pas plus joyeux puisque plusieurs d’entre elles, présentent une écotoxicité élevée et/ou sont difficilement biodégradables, et sont, dans ce cas, susceptibles d’être persistantes dans l’environnement. D'après l'Anses, les retardateurs de flamme seraient en plus inefficace. Elle recommande donc la mise en place de mesures pour réduire le risque d'incendie dans les logements, plutôt que de généraliser l'utilisation de ces substances.

 

Des retardateurs de flamme dans les canapés et les matelas

 

Des chercheurs californiens se sont donc intéressés à la présence de retardateurs de flamme dans des canapés. Pour cela, ils ont analysé 102 échantillons de mousse de polyuréthane de canapés achetés pour un usage domestique aux États-Unis entre 1985 et 2010. Ils ont ainsi détecté des retardateurs de flamme dans 85% des canapés testés. Parmi les canapés achetés avant 2005, les agents ignifuges (qui résistent au feu) les plus fréquemment rencontrés étaient les PBDE : plus du tiers des canapés testés en contenaient. Les chercheurs ont également détecté la présence d'un nouveau retardateur de flamme : le TDCPP (Tris-phosphate) dans 76% des canapés testés (24% des canapés achetés avant 2005 et 52% des canapés achetés après 2005). Considéré comme un cancérogène probable pour l'homme, ce retardateur de flamme chloré était utilisé dans les pyjamas pour enfants mais il a été interdit en 1977 compte tenu de sa toxicité. En savoir plus...

 

Une autre étude américaine, présentée en juillet 2012, a démontré que les matelas pour enfants pouvaient être une source de pollution importante et ainsi représenter un risque pour la santé des tout-petits. Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs de l'université du Texas à Austin (États-Unis) ont acheté 9 matelas pour berceau fabriqués aux États-Unis, à base de mousse en polyester et en polyuréthane. Ils ont également récupéré 11 matelas ayant déjà servi plusieurs années. Après avoir analysé l’ensemble de ces matelas, ils ont détecté une dizaine de COV (Composés Organiques Volatils) ainsi que des phtalates et des retardateurs de flammes dont certains sont toxiques. En savoir plus...

 

Les PE dans les cosmétiques

En avril 2013, UFC - Que Choisir a publié des résultats préoccupants concernant les produits de beauté et d’hygiène corporelle. Parabènes, triclosan, filtres solaires, l’association de consommateurs a retrouvé de nombreuses substances considérées comme perturbateurs endocriniens et a voulu alerté sur les effets cocktail que cela peut entrainer. En savoir plus…

 

crèmes

Les parabènes

Les parabènes (PARAoxyBENzoates) sont des conservateurs présents dans plus de 80% des produits cosmétiques (shampooings, crèmes hydratantes, mousse à raser), mais aussi dans les produits alimentaires ainsi que les médicaments. Ils ont des propriétés antibactériennes et antifongiques, c’est-à-dire qu’ils luttent contre les bactéries et les champignons. Dans les médicaments, ils empêchent la dégradation des principes actifs, ce qui diminuerait leur efficacité. Les structures les plus souvent rencontrées sont : methyl parabene, ethyl parabene, propyl parabene, butyl parabene, benzyl parabene. Dans les médicaments, c’est le propyl parabène qui est principalement utilisé. Les parabènes étant présents dans de nombreux produits, l’être humain y est régulièrement exposé. En plus d’avoir un pouvoir allergisant, ils sont suspectés de perturber le système endocrinien et d’entrainer ainsi des troubles de la reproduction. Plusieurs études ont montré qu’ils sont en fait capables de mimer l’activité des œstrogènes. D’autres études ont mis en évidence un possible effet sur la fertilité masculine. Une étude menée chez une centaine d’hommes consultant pour infertilité a montré que la présence butyl parabène dans le sérum est significativement associée aux altérations de l’ADN des spermatozoïdes. Chez l’animal, pour le propyl parabène, un effet sur la spermatogenèse sans altération du poids des organes reproducteurs males a été rapporté : diminution de la quantité testiculaire et épididymite de spermatozoïdes (environ 50 % des témoins a la dose de 1 000 mg/kg/jour) ; diminution de la production journalière de spermatozoïdes dans tous les groupes (environ 70 % des témoins) ; diminution dose dépendante de la concentration sérique en testostérone[13].Chez l’homme, une étude[28] récente a montré que les parabènes pouvait perturber la croissance du fœtus.

Pour en savoir plus, consultez notre synthèse « Les cosmétiques passés au crible ».

 

Les filtres chimiques dans les crèmes solaires

cremes solaires bronzageImpossible de s’en passer l’été, les crèmes solaires nous protègent du vieillissement de la peau et préviennent les risques du cancer de la peau. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, certaines seraient néfastes pour notre santé en raison des filtres UV (ultra-violet) qu’elles contiennent.

Les crèmes solaires sont composées de deux types de filtres : les filtres organiques (ou chimiques) qui absorbent les rayons UV et les filtres minéraux qui reflètent la lumière. Les premiers sont suspectés d’agir comme des perturbateurs endocriniens... En effet, une étude[14] menée en 2004 sur des rats a montré que les filtres chimiques sont capables de mimer les hormones féminines, et d’augmenter le poids de l’utérus des rates immatures. Les chercheurs ont également constaté que l’exposition des animaux au 4-Méthylbenzylidène camphre (4-MBC) avant et après la naissance affecte le développement hormonal et modifie l’expression des gènes régulés par les hormones femelles. Ont ainsi été observés des malformations chez les bébés rats, des retards de puberté chez les mâles ainsi que des poids anormaux des organes reproducteurs tels que les testicules. Selon les chercheurs, les bébés dont les femmes ont été exposées aux filtres UV pendant leur grossesse encouraient le même risque de malformations que ces petits rats.

Face à la dangerosité des filtres chimiques, il est souvent recommandé d’utiliser des crèmes solaires ne contenant que des filtres minéraux. Mais attention, ceux-ci sont parfois sous forme de nanoparticules.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre synthèse « Les nanoparticules petites mais toxiques ? » et notre article « La crème solaire : une amie qui vous veut du bien ?"

 

Les éthers de glycol

porduit menage synthese pertLes éthers de glycol sont des solvants largement utilisés depuis les années 1970 en raison de leurs propriétés remarquables. Peu volatils, ils permettent de mélanger l’eau et la graisse, on les retrouve donc généralement dans les produits d’entretien. Il existe en fait sur le marché près d’une quarantaine de dérivés présents dans les médicaments, les cosmétiques, les peintures, les encres, les adhésifs. Les principales voies d’exposition potentielles à ces composés sont l’inhalation de vapeurs ou l’absorption par la peau. Neurotoxiques et irritants, ils sont en plus considérés comme perturbateurs endocriniens. Leurs effets sur le développement concernent le risque d’avortements spontanés et le risque de malformations, et en particulier, le risque d’anomalies du tube neural et des fentes orales. Pour preuve, une équipe de chercheurs[15] américaine a recherché les anomalies cliniques et cytogénétiques chez 41 enfants de 28 femmes employées entre 1970 et 1977 dans une compagnie fabriquant des transistors. Parmi les 41 enfants (âgés de 10 à 28 ans au moment de l’étude), 6 avaient été exposés in utero au EGME (ethylene glycol monomethyl ether) et 35 n’avaient pas été exposées pendant la grossesse. Les 6 enfants exposés in utero présentaient divers degrés de retard mental et de dysmorphie. Sur les 35 enfants non exposés in utero, 29 ne montraient aucune anomalie ; les autres présentaient des signes légers et différents des exposés (doigts palmés, anomalies génitales). Des analyses complémentaires ont mis en évidence une fréquence plus élevée d’aberrations chromosomiques et de cassures chez les exposés in utero comparés aux non-exposés.

Une autre étude[16] a mis en évidence l’impact des éthers de glycol sur la fertilité masculine. Entre 2000 et 2001, les auteurs de cette étude ont recruté 109 hommes employés par la municipalité de Paris qui ont donné des échantillons de sperme, de sang et d’urine et ont subi un examen andrologique (des organes génitaux masculins). Des informations sur le style de vie, le métier, l’exposition et les antécédents médicaux ont été obtenues par interview. L’exposition passée aux éthers de glycol a été associée au risque accru de la diminution de la concentration du sperme, de la mobilité des spermatozoïdes et de leur apparence morphologique. Ces effets ont été confirmés par une étude[17] britannique menée auprès de 2 118 hommes. Leur sperme a été analysé : 1 244 hommes avaient une motilité du sperme normale et 874 avaient une faible motilité. En parallèle, ils ont répondu à un questionnaire sur les facteurs susceptibles d’influencer l’infertilité masculine, dont l’exposition aux éthers de glycols. Résultats : travailler avec des solvants organiques, en particulier des éthers de glycol a été associé à une faible motilité des spermatozoïdes. Pour les hommes exposés, le risque d’avoir une motilité faible est environ multipliée par 2 !

 

Les PE dans l’alimentation

 

Les PCB

poisson pcbLes polychlorobiphényles (PCB) sont des polluants organiques persistants qui n’existent pas à l’état naturel. Ils ont commencé à être produits dans les années 30 pour leurs qualités d’isolation électrique, de lubrification et d’ininflammabilité. Rapidement, on les a retrouvés dans les transformateurs électriques et les condensateurs, mais aussi dans certains radiateurs ou autres équipements électriques. Interdits depuis 1987, les PCB sont encore présents dans notre environnement car ces composés sont très stables, donc très persistants. Liquides lipophiles, ils s’accumulent dans les tissus adipeux et se retrouvent de plus en plus concentrés dans la chaîne alimentaire : c’est la bio-accumulation.

Ainsi, les PCB se retrouvent dans les poissons, et particulièrement ceux qui se situent au bout de la chaîne alimentaire, les plus gros prédateurs comme les saumons. De même, sur terre, les PCB présents dans le sol se retrouvent dans les plantes, puis chez les animaux qui les consomment (comme les vaches, chèvres, volailles), pour finir dans les œufs et le lait. L’alimentation constitue donc la principale source d’exposition de la population générale aux PCB (plus de 90% de l’exposition totale) et toute la population française est concernée ! En plus d’être classés comme cancérogènes probables, les PCB sont des perturbateurs endocriniens ayant des effets sur la reproduction et la croissance ainsi que sur les systèmes immunitaire et endocrinien. Cela a été démontré par une chercheuse norvégienne lors de sa thèse[18] soutenue en 2010. Elle a montré que les polluants organiques persistants (POP), tels que les PCB, affectent le fonctionnement du cortex surrénalien et la synthèse de l'hormone du stress, le cortisol. Elle révèle également que l'exposition aux PCB pendant la vie fœtale et la période d'allaitement modifie les niveaux de cortisol dans le sang des fœtus et des animaux adultes. Or, modifier l'équilibre du cortisol en début de vie peut conduire à une prédisposition à développer plusieurs maladies à l'âge adulte, comme le diabète et les pathologies cardiovasculaires.

Une étude[19] récente a également montré qu’une exposition aux PCB pouvait augmenter le temps pour tomber enceinte. Menée entre 2005 et 2009, l’étude a porté sur 501 couples participant à l'enquête LIFE (Longitudinal Investigation of Fertility and the Environment) qui examinait la relation entre la fécondité et l'exposition aux produits chimiques environnementaux. Ils ont fourni des échantillons de sang pour l'analyse des composés organochlorés (PCB) et perfluorés (PFC). Les chercheurs ont constaté que les couples qui mettent le plus de temps à concevoir sont ceux dont la femme a été exposée au PCB 167 et dont l’homme a été exposé au PCB 138. Une exposition élevée de la femme aux PCB 118, 167, 209, ainsi qu’au perfluorooctane sulfonamide et une exposition chez l’homme aux PCB 138, 156, 157, 167, 170, 172, et 209, entraîne une diminution des chances de concevoir de 17 à 29%. Et une fois enceintes, les mamans exposées aux PCB ne sont pas à l’abri d’avoir un bébé qui présente une malformation. En effet, une étude[20] menée en Chine a montré que les PCB pourraient être responsables de malformations lors du développement du fœtus. Les chercheurs ont mesuré les taux de PCB, de HAP et de certains pesticides dans les placentas de 80 nouveau-nés souffrant d’une anomalie du tube neural (ATN). Ce sont des malformations congénitales qui se forment entre le 20e et le 28e jour après la conception. Les cellules de la plaque neurale, correspondant aux cellules du fœtus qui forment le système nerveux, vont se replier sur elles-mêmes pour former un tube qu’on appelle le tube neural. Ils les ont comparés à un groupe de 50 nouveau-nés exempts de toute malformation. Les scientifiques ont d’abord constaté que ces polluants se retrouvent bien dans le placenta et dans le sang de la mère. Ils ont ensuite remarqué que le risque de défaut de fermeture du tube neural augmente avec la dose de polluants mesurée. Les PCB peuvent également entrainer des retards de croissance. C’est ce qu’a montré une étude[21] parue en 2010. Une équipe de chercheurs américains a suivi pendant 3 ans (entre 2003 et 2005) 499 garçons russes âgés de 8 à 9 ans. Les résultats montraient que l’exposition aux PCB et dioxines (niveaux mesurés dans le sang) est associée à un retard de croissance durant la période pré-pubère, ce qui pourrait affecter l’état général de santé au cours de l’adolescence.

Pour aller plus loin, consultez notre synthèse "Les PCB, quels risques pour la santé?"

 

Les pesticides

pesticides

La France est le premier utilisateur européen de pesticides en Europe et le 3ème dans le monde. Utilisés de façon massive en agriculture, les pesticides ont d’abord paru bénéfiques. Mais leurs effets nocifs, notamment sur la fertilité, ont été rapidement mis en évidence.

Parmi les pesticides ayant un effet perturbateur endocrinien, on peut citer le DDT, le dieldrine, le chlordane, l’atrazine, l’éthylène thiourée, l’heptachlor, le lindane, le malathion. Certains sont interdits depuis longtemps en Europe mais persistent encore dans l’environnement.

Les agriculteurs étant les premiers exposés, de nombreuses études épidémiologiques ont déjà montré une relation entre l'exposition aux pesticides et les troubles du développement. Ces troubles sont dus à un dysfonctionnement du système hormonal induits par les pesticides, entrainant notamment des problèmes de stérilité. Entre 1995 et 1998, des scientifiques[22] de l’INSERM et de l’hôpital Garibaldi à Rosario, en Argentine, ont étudié une population de 225 argentins issus d’une des régions agricoles les plus productives (où les pesticides sont fortement utilisés) et qui avaient consulté pour problème d’infertilité. Les résultats ont montré que l’exposition aux pesticides est associée à des concentrations en spermatozoïdes bien en dessous de la limite de la fertilité.

Une autre étude[23] récente a suggéré qu’une exposition prénatale aux pesticides serait à l’origine de malformations génitales masculines externes. Cette étude a été menée pendant 2 ans au Brésil, pays dans lequel beaucoup d’habitants vivent dans des favelas dépourvues d'égouts, où pullulent les insectes. Les insecticides sont donc utilisés massivement. Au total, 2 710 garçons ont été examinés dans les 48 heures après leur naissance. Les scientifiques ont recherché trois anomalies génitales : l'absence de descente des testicules dans les bourses (cryptorchidie), la position anormale du méat urinaire (hypospadias) et le micropénis (défini comme de morphologie normale mais mesurant moins de 31 mm, par rapport à la moyenne qui est de 47 mm dans cette population). Ils ont alors identifié 56 cas de malformations génitales: 23 cas de cryptorchidie (0,85 % des garçons), 15 cas d'hypospadias (0,55 %) et 18 cas de micropénis (0,66 %). En parallèle, les chercheurs ont évalué l’exposition prénatale à l’aide d’un questionnaire adressé aux parents. Ils ont alors constaté que 92 % des garçons présentant une malformation génitale avaient subi une exposition durant la période fœtale ! De plus, 80 % des mères et 58 % des pères avaient eu une ou plusieurs activités professionnelles impliquant l'usage de pesticides ou d'autres perturbateurs endocriniens.

Pour tout savoir sur les pesticides, consulter notre synthèse : « Les pesticides au banc des accusés ».

 

Les actions de l'Etat concernant les PE

 

planèteEn janvier 2013, l’Agence européenne de l’environnement (AEE) a rendu public un rapport mentionnant des cas pour lesquels les signaux d’alarmes concernant les PE, mais aussi de beaucoup d’autres polluants, ont été ignorés, cachés ou relativisés, provoquant dans certain cas la mort, la maladie et la destruction de l’environnement. Parmi ces études de cas, le rapport mentionne notamment les analyses de l'empoisonnement au mercure industriel, les problèmes de fertilité causés par les pesticides, les perturbateurs endocriniens présents dans les plastiques, et les produits pharmaceutiques modifiant les écosystèmes. Les auteurs du rapport pointent également les signes avant-coureurs provenant de 4 sujets émergents : les ondes électromagnétiques des téléphones portables, les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés), les nanotechnologies et le nucléaire. Cliquez ici pour en savoir plus !

Alors, concernant les PE, plusieurs mesures et actions sont engagées en France comme ailleurs…

 

Le Programme National de Recherche sur les Perturbateurs Endocriniens (PNRPE)

En 2002, le CPP (Comité de la prévention et de la précaution) a recommandé que les efforts de recherche français soient plus fortement intégrés à la dynamique internationale et a demandé que les effets des PE soient caractérisés. Pour répondre à ces recommandations, le gouvernement français a lancé le Programme National de Recherche sur les Perturbateurs Endocriniens (PNRPE) en 2005.

Les objectifs de ce programme, sont, entre autres de :

- soutenir la recherche concernant le devenir des PE dans l’organisme et dans l’environnement (eau, sol, air et aliments)

- favoriser la compréhension de leurs effets sanitaires

- identifier les dangers, et évaluer des risques liés aux expositions à ces substances.

Pour cela, 60 équipes de recherches sont mobilisées : Anses, IRSTEA, CNRS, Ecole Nationale vétérinaire de Lyon, INERIS, INSERM, INRA, L’oréal, Muséum National d’Histoire Naturelle, Procter & Gamble, Universités, Watchfrog, etc.

Depuis le début du PNRPE, 31 projets de recherche ont été financés : 7 en 2005, 15 en 2008 et 9 en 2010. Des dizaines de publications scientifiques et d’importantes connaissances nouvelles ont été permises par ce programme. Les résultats des premières recherches ont permis de remettre en cause certains principes comme celui de la relation dose-effet : une équipe a montré qu’un impact sanitaire plus fort se produisait avec une dose plus faible de certains PE. Il a par ailleurs été montré que l’impact d’un mélange n’était pas déductible du cumul des effets de chaque substance constituant le mélange. En décembre 2010, le PNRPE a lancé son troisième appel à propositions de projets visant à prévenir les risques et autres atteintes sur la santé et l’environnement.

Pour en savoir plus sur ce programme, vous pouvez consulter le site internet du PNRPE en cliquant ici!

 

Le gouvernement veut faire la chasse au PE

jouet bebe perturbateurEn décembre 2012, le gouvernement a affiché son intention de faire la chasse aux perturbateurs endocriniens. La ministre de l'Ecologie Delphine Batho s'est déclarée décidée à diminuer l'exposition aux perturbateurs endocriniens, comptant en particulier proposer au niveau européen l'interdiction des jouets et articles pour bébé contenant ces substances. Selon elle, c'est un enjeu sanitaire et environnemental de premier ordre. Elle a confirmé la mise en place d'un groupe de travail, réunissant gouvernement, députés, ONG, professionnels et experts, pour élaborer d'ici juin 2013 une "stratégie nationale" pour réduire les risques liés à l'exposition aux PE. La ministre a aussi annoncé qu'elle prévoyait de "prendre un décret" en matière de décontamination pour les PCB (polychlorobiphényles) qui "imprègnent l'environnement à long terme" et de "mener des actions" pour réduire l'exposition aux phtalates. Elle veut en outre, de manière générale, "mieux connaître et maîtriser" les rejets de ces substances par les industries.

 

L’OMS, le PNUE et l'ESFA tirent la sonnette d’alarme

En février 2013, l’organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Programme des Nation-Unies pour l'environnement (PNUE) ont publié un rapport intitulé State of the Science of Endocrine Disrupting Chemicals sur les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé. Ce rapport, le plus complet à ce jour sur le sujet, recense les effets actuellement connus de ces produits chimiques qui interférent avec le fonctionnement hormonal des humains et des animaux.

L'OMS et le PNUE soulignent que les connaissances encore "très lacunaires" ne permettent pas de connaître précisément le rôle des perturbateurs chimiques dans l'augmentation de certains types de pathologies, d'autres facteurs environnementaux ou "non génétiques", comme l'âge et la nutrition, pouvant aussi jouer. Le Dr María Neira, directeur du département Santé publique et environnement de l'OMS estime que les effets connus des PE à ce jour ne constituent que "la partie émergée de l'iceberg".

Les auteurs du rapport ont présenté plusieurs recommandations pour améliorer la connaissance des PE au niveau mondial, réduire les risques éventuels de maladie et diminuer les coûts qui y sont associés :

- Tests : il faut disposer de méthodes de test plus complètes pour identifier d'autres perturbateurs endocriniens éventuels que ceux que l’on connait déjà, leurs sources et les modes d'exposition.

- Recherche : il faut disposer de davantage de données scientifiques pour connaître les effets des mélanges de perturbateurs endocriniens chimiques sur les êtres humains et sur la faune, qui y sont de plus en plus exposés.

- Rapports : de nombreuses sources de perturbateurs endocriniens chimiques restent inconnues car il n'existe pas suffisamment de rapports et d'informations sur les substances chimiques présentes dans les produits, les matériaux et les marchandises.

- Collaboration : l'échange accru de données entre les scientifiques et entre les pays permettra de combler les lacunes, principalement dans les pays en développement et ceux dont l'économie est émergente.

Pour en savoir plus, consultez notre article en cliquant ici !

En mars 2013, c’est au tour de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) de rendre son avis sur les perturbateurs endocriniens. Elle tient à différencier les substances actives sur le système endocrinien et les perturbateurs endocriniens. Les premières sont des substances chimiques qui interagissent ou interfèrent avec "l'activité hormonale normale" produisant des effets considérés comme non délétères tandis que les seconds présentent à la fois "un effet nocif", "une activité endocrinienne" et ''un lien de causalité plausible entre les deux''.

Toutes les substances actives sur le système endocrinien ne sont donc pas nécessairement des perturbateurs endocriniens. Mais l'EFSA a souligné la difficulté de faire la distinction entre un effet acceptable et un effet indésirable. Cela dépend de l'existence de preuves raisonnables démontrant que la substance peut générer un effet nocif résultant de son interaction ou interférence avec le système endocrinien. Des experts doivent donc évaluer le poids des éléments probants disponibles au cas par cas pour chaque substance.

L’EFSA recommande de réaliser des travaux supplémentaires pour clarifier la question des seuils et des critères de nocivité ainsi que la question de l'exposition combinée à de multiples produits chimiques. Pour en savoir plus, consultez notre article !

 

Comment se préserver ?

 

Comme pour tout polluant, le meilleur moyen de se préserver des perturbateurs endocriniens est de limiter voire même d’éviter d’y être exposé, et tout particulièrement les enfants et les femmes enceintes. Pour cela, vous pouvez télécharger nos petits guides verts dans lesquels vous trouverez tous nos petits conseils pratiques

 

Comme nous venons de le voir, il existe une multitude de molécules perturbatrices endocriniennes. Nous sommes très rarement exposés à une seule substance et les effets biologiques de ces substances peuvent interagir entre eux. Même plusieurs substances inoffensives, une fois mélangées entre elles, peuvent avoir un impact non négligeable, c’est ce que l’on appelle l’«effet cocktail ». Le problème, c’est qu’actuellement, les centaines de milliers de substances auxquelles nous sommes exposés sont, pour la plupart, testées une par une, ce qui ne permet pas d’appréhender les risques liés à leur interactions dans l’environnement et dans l’organisme. Les effets cocktail sont donc encore méconnus. L’évaluation des risques sanitaires ou environnementaux concernant les PE est complexe et devrait prendre en compte les effets à long terme de mélanges de polluants. De plus, si près de 800 substances chimiques sont reconnues ou suspectées d'interférer avec les récepteurs hormonaux, la grande majorité des produits aujourd’hui utilisés n’ont fait l’objet d’aucune étude ! 

 

 


Références bibliographiques :

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[2] INRS, Le point des connaissances sur les phtalates, avril 2004.

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[31] Anses, Rapport d’expertise collective, Évaluation des risques liés à l’exposition aux retardateurs de flamme dans les meubles rembourrés, Septembre 2015.

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