Notre enquête sur les Bisphénols - 2016

  • Le Dr Souvet en train de présenter les résultats de l'enquête devant les caméras de France 5

Le BPA, c’est un peu la star des Perturbateurs Endocriniens. On a beaucoup parlé de lui en raison de sa toxicité avérée sur la santé, mais aussi parce qu’il est aujourd’hui interdit dans tous les contenants alimentaires vendus en France. Interdit ? Vraiment ? Les médecins de l’ASEF ont voulu vérifier cela en menant leur propre enquête en collaboration avec les équipes de l’émission « On est plus des pigeons » sur France 4.

Pourquoi avoir réalisé cette étude

 Le BPA est une substance que l’on retrouve un peu partout dans notre vie quotidienne : bouteilles, boites de conserve et en plastique et même tickets de caisse. Le problème, c’est qu’il est capable de migrer des contenants alimentaires vers la nourriture ou les boissons avec lesquelles il est en contact. Un phénomène d’autant plus important lorsqu’on chauffe le produit avec son emballage. Ce n’est plus un secret pour personne : le BPA est un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il interfère avec le système hormonal et induit ainsi des effets délétères.

On sait par exemple qu’il agit sur les récepteurs des œstrogènes, entrainant ainsi des troubles de la reproduction comme la baisse du nombre de spermatozoïdes, des malformations congénitales, la puberté précoce, etc. Heureusement, il est interdit dans tous les contenants alimentaires depuis le 1er janvier 2015. Mais par quoi est-il remplacé ? Par des alternatives comme le Bisphénol S (BPS) ou le Bisphénol F (BPF). Le hic, c’est que les premières études sur ces molécules tendent à montrer qu’elles auraient les mêmes effets nocifs que le BPA, en plus d’être toxiques pour les milieux aquatiques. Les médecins de l’ASEF ont donc décidé de mener une enquête pour savoir d’une part si la loi est respectée concernant le BPA et d’autre part s’il est remplacé par du BPS ou BPF.

Méthodologie

Pour cette enquête, 5 biberons de différentes marques, 2 canettes de soda et 2 boites de conserve de haricots blancs ont été analysés en laboratoire. Ils ont été vidés de leur contenu puis rincés à l’eau. Une extraction de l’intérieur a été réalisée à l’aide d’un solvant organique. Les analyses ont ensuite été effectuées par chromatographie gazeuse / spectrométrie de masse.

Résultats

Premier constat : pas de Bisphénols dans les biberons analysés

Molécule Biberons Biberon 2 Biberon 3 Biberon 4 Biberon 5
 Bisphénol A  nd  nd  nd  nd  nd
Bisphénol S  nd  nd  nd  nd  nd
 Bisphénol F  nd  nd  nd  nd  nd

 nd = non détecté

La bonne nouvelle, c’est que tous les biberons testés ne contenaient pas de BPA, BPS et BPF. L’interdiction du BPA dans les biberons, qui est entrée en vigueur en 2010, est donc bien respectée.

Deuxième constat : des Bisphénols dans une conserve et une canette

Molécule Canette 1 Canette 2 Boite de conserve 1 Boite de conserve 2
Bisphénol A nd 0,1 µg/dm2 0,04 µg/dm2 Traces 
Bisphénol S nd 0,68 µg/dm2 nd nd
Bisphénol F nd nd 0,06 µg/dm2 nd

 nd = non détecté

Les analyses ont révélé la présence de BPA et BPF dans l’une des canettes de soda et une des boites de conserve de haricots blancs contenait du BPA et du BPS. Il s’agit de faibles doses mais cela révèle que la loi n’est pas toujours respectée. 

Que peut-on en conclure 

Cette enquête ayant été réalisée sur un petit échantillon, il est difficile d’extrapoler. Néanmoins, il est surprenant d’avoir trouvé du BPA dans des boîtes vendues dans le commerce plus d’un an après son interdiction. Certes, les doses détectées sont très faibles (inférieures à 1 microgramme par litre) mais le problème avec les perturbateurs endocriniens, c’est que ce n’est pas la dose qui fait le poison mais la période de la vie à laquelle on l’ingère. 

« Les doses présentes dans les produits sont faibles, mais elles n’auront pas le même effet sur les personnes, suivant l’âge, le sexe, le profil génétique, le type de produits, la fréquence ou la durée de l’exposition. On sait qu’un fœtus porté par une femme enceinte sera beaucoup plus sensible à ces produits qu’un homme de 50 ans » explique le Dr Patrice Halimi, Chirurgien-Pédiatre à Aix-en-Provence et Secrétaire Général de l’Association Santé Environnement France. Privilégiez donc les boites de conserve en verre plutôt que celles en aluminium et évitez les canettes de boissons, surtout pour les enfants.

Côté biberons, l’enquête se révèle plutôt rassurante pour les parents. « Néanmoins, nous conseillons de privilégier tant que c’est possible les biberons en verre si vous chauffez l’eau » commente le Dr Pierre Souvet, Président de l’Association Santé Environnement France.

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