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Une grossesse sans pollution

Écrit par J. Maherou, S. Norest & L.Ferrer Créé le vendredi 8 mars 2013 12:43

femme enceinte canapé

Pendant leur grossesse, les femmes sont particulièrement vulnérables à tous les polluants qui nous entourent : bébé est en pleine croissance et le système immunitaire de maman est diminué. Si vous attendez un heureux évènement, il faut donc redoubler de vigilance ! Les produits ménagers, les cosmétiques ou encore les aliments peuvent contenir des substances néfastes pour le développement de l’enfant. Pour que ces neufs mois se passe en toute sérénité, l’ASEF fait le point sur ce qu’il faut éviter pendant la grossesse…

 

 

Des femmes enceintes polluées

 

femme enceinteLors de la grossesse, les femmes sont plus sensibles et plus vulnérables. Le placenta ne constitue pas une barrière efficace contre les substances chimiques et le fœtus peut ainsi être atteint. L’exposition à des substances chimiques pendant la grossesse augmente le risque de naissances prématurées, de malformations congénitales ou de développement de maladies à l'âge adulte. Pourtant, nombreux sont les produits chimiques auxquels les femmes enceintes sont exposées...

Une équipe de chercheurs américains s’est intéressée à l’imprégnation des femmes enceintes aux produits chimiques. Leur étude[1] a été publiée en janvier 2011. Pour cela, ils ont analysé la présence de 163 composés chimiques différents dans le sang et les urines de 268 femmes américaines. Ils ont ensuite calculé le nombre de produits chimiques différents détectés parmi différentes classes, dont les éthers diphényl polybromés (PBDE, retardateurs de flammes), les composés perfluorés (PFC, agents antiadhésifs), les pesticides organochlorés, les phtalates (plastifiants) et les hydrocarbures polycycliques aromatiques (HAP, sous-produits de combustion). Certains de ces produits chimiques ont été retrouvés chez 99% à 100% des sujets étudiés ! Il s’agissait de certaines familles de PCBs, de pesticides organochlorés, de PFC (perfluorocarbones), de phénols, de PBDE, de phthalates, de HAP et de perchlorates. Les niveaux relevés chez les femmes enceintes étaient à peu près équivalents aux niveaux relevés chez les femmes qui n’étaient pas enceintes. Du bisphénol A (BPA) a été retrouvé chez 96% des femmes suivies dans cette étude, ainsi que des retardateurs de flammes et du DDT, pourtant interdits aujourd'hui. Ils seraient, entre autres, liés à un risque accru de cancers et de troubles de la reproduction et du développement. Par conséquent, les femmes enceintes doivent être particulièrement vigilantes aux divers polluants auxquels elles sont exposées quotidiennement.

bébéUne autre étude[2] publiée en 2011 a également montré que la majorité des femmes enceintes sont exposées à de nombreux polluants. Les chercheurs se sont intéressés à trois phénols en particulier : le 1,4 dichlorobenzène dont la commercialisation est interdite depuis 2009, le benzophénone 3 et le Bisphénol A. L’étude s’est appuyée sur des femmes enceintes de petits garçons entre 2002 et 2006 dont un échantillon d’urine a été prélevé durant la grossesse. Les résultats ont montré que 95 % de ces femmes enceintes ont été exposés à ces substances. Deuxième constat : les nouveau-nés dont les mères avaient les niveaux urinaires du marqueur d’exposition au 1,4-dichlorobenzène les plus élevés avaient un poids de naissance plus faible que les nouveau-nés de mères ayant les niveaux les moins élevés.

Par ailleurs, une augmentation du poids et du périmètre crânien à la naissance a été associée aux plus forts niveaux urinaires de Bisphénol A et de benzophénone 3 chez les mamans. Les équipes de recherche vont aller plus loin en étudiant d’autres effets à court terme de ces substances, ainsi que leur impact à plus long terme sur la croissance de l’enfant.

 

Quelles sont les molécules à éviter en attendant bébé?

 

Les molécules particulièrement néfastes pour les femmes enceintes et le fœtus sont les perturbateurs endocriniens. Ces substances peuvent interférer avec le fonctionnement des glandes endocrines, sécrétant des substances biologiques hautement actives appelées hormones. Leur dysfonctionnement peut altérer différentes fonctions telles que la croissance, le développement, le comportement, la production, l’utilisation et le stockage de l’énergie, etc. Pour les femmes enceintes, l’exposition aux perturbateurs endocriniens augmente le risque de retard de croissance fœtale, de malformations, d’avortement spontané voire même de mortalité intra-utérine. Ces substances peuvent également perturber le développement du système reproducteur au cours de la grossesse et après la naissance. Analysons de plus près ces substances…

 

Le Bisphénol A

bisphénol A

Le bisphénol A (BPA) est une substance chimique principalement utilisée pour la fabrication de plastiques et de résines. On le retrouve par exemple dans le polycarbonate, un plastique rigide et transparent de hauteperformance. Le polycarbonate est utilisé pour fabriquer des récipients alimentaires tels que des bouteilles recyclables, de la vaisselle (assiettes et tasses) ainsi que des conteneurs destinés au stockage. Il est repérable grâce à son code d’identification 7, indiqué sur les produits. Des résidus de BPA se retrouvent également dans des résines époxy utilisées pour fabriquer des revêtements et des films de protection recouvrant les canettes de boissons. Le problème, c’est que le BPA peut migrer dans les aliments et les boissons stockées dans des matériaux qui contiennent cette substance, d’autant plus si les aliments sont chauffés avec leur emballage. Une fois dans notre organisme, le BPA agit comme un leurre hormonal en mimant l'action d'hormones naturelles. Il usurpe l'identité des œstrogènes, active leurs récepteurs de manière un peu anarchique et dérégule de cette façon le système hormonal. Ainsi, il est capable de perturber la fonction de reproduction mais aussi le développement d’organes comme le cerveau ou le système cardio-vasculaire. C’est pour ces raisons que l’utilisation du BPA a été interdit dans la fabrication des biberons en 2010. L’interdiction sera bientôt élargie à d’autres produits puisqu’en octobre 2012, le Sénat a voté une loi interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché des emballages alimentaires contenant du BPA dès 2015 et dès 2013 dans les contenants alimentaires destinés aux enfants de moins de 3 ans. Par ailleurs, à partir du 1er juillet 2015, tous les dispositifs médicaux contenant du BPA mais aussi tout autre perturbateur endocrinien et substance cancérogène, destinés aux bébés et femmes enceintes seront interdits.

Pour en savoir plus, consultez notre synthèse " les dessous du Bisphénol A "

 

Les phtalates

phtalates imageLes phtalates sont utilisés comme additif pour plastifier le PVC ou d’autres polymères. Même si certains d’entre eux sont interdit dans les articles de puéricultures et jouets pour enfants, ils restent tout de même bien présents dans les objets en plastiques que nous utilisons quotidiennement : ballons, nappes, tuyaux, rideaux de douche, emballages, cosmétiques, colles, matériel médical. Plusieurs études effectuées chez les rats, mais aussi sur les humains ont montré que les phtalates affectent le système reproducteur mâle (baisse de la fertilité, atrophies testiculaires, poids fœtaux réduits, mortalité fœtale, malformations...). Ce n’est que très récemment que ces effets ont été mis en évidence sur les humains.... Une étude[3] a en effet démontré que les phtalates étaient délétères pour la mise en place du potentiel reproducteur masculin dans l’espèce humaine.

Une étude parue en 2012[4] a également montré que l'exposition prénatale au phtalate de butylbenzyle (BBP) augmente le risque pour l’enfant de développer un eczéma, plus tard dans la vie. Les auteurs de cette étude ont mesuré l'exposition au BBP par un test d'urine durant le troisième trimestre de la grossesse. Après la naissance, les mères devaient indiquer si leur enfant avait été diagnostiqué avec de l'eczéma à l’aide d’un questionnaire. Les chercheurs ont tout d’abord constaté que 99% des participantes ont été exposées au BBP pendant leur grossesse. Quant au risque d’eczéma à l’âge de 2 ans, il est augmenté de 52% chez les enfants dont les mères ont été exposées aux concentrations les plus élevées de BBP par rapport aux mères exposées aux concentrations les plus faibles.

 

Composés perfluorés

ustensiles de cuisineLes composes perfluorés sont utilisés dans de nombreuses applications industrielles, notamment pour les traitements anti-tâches et imperméabilisants de textiles (vêtements, tissus, tapis, moquettes...), les enduits résistants aux matières grasses, les emballages en papier et/ou carton pour le contact alimentaire, les revêtements antiadhésifs (ustensiles de cuisine), les mousses anti-incendie, les tensioactifs utilisés dans l’exploitation minière et les puits de pétrole, les cires a parquet, ou encore certaines formulations d’insecticides. Les PFC particulièrement étudiés en raison de leurs impacts sanitaires sont les tensio-actifs organiques tels que le sulfonate de perfluorooctane (PFOS) et l’acide perfluorooctanoïque (PFOA). Ces deux substances étant les principaux produits de dégradation finaux de nombreux composés perfluorés, elles sont retrouvées en quantités importantes dans l’environnement, d’autant plus qu’elles sont très persistantes. La principale voie d’exposition est l’alimentation, notamment par la migration des PFC des ustensiles de cuisine vers les aliments. Quant à leurs effets en tant que perturbateurs endocriniens, ils ont été démontrés scientifiquement. Une étude[5] britannique menée auprès de 447 petites filles britanniques et leurs mères a montré qu’une exposition in utero aux composants perfluorés pouvait entraîner la naissance de nouveau-nés plus petits que la normale, susceptibles par la suite de souffrir d'obésité. Les chercheurs ont mesurés les concentrations de 3 PFC les plus courants - PFOS, PFOA et PFHxS – dans le sang des mères pendant leur grossesse. Ils ont ensuite relevé les poids et la taille des petites filles à la naissance, 2, 9 et 20 mois. Ils ont alors constaté que les filles dont les mères avaient une concentration plus élevée de PCF pendant la grossesse étaient plus petites que la moyenne à la naissance, mais avaient un poids plus élevé que la moyenne (580 g de plus) à l’âge de 20 mois. En savoir plus sur cette étude… D’après l’auteur principal, le Pr Michele Marcus, ces résultats sont cohérents avec les recherches précédentes qui suggèrent que l'exposition prénatale aux PFC peut avoir des effets néfastes sur la croissance fœtale et postnatale. Effectivement, une étude[6] publiée en février 2012 avait déjà montré que l’exposition in utero à l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) favorisait le surpoids à l’âge de 20 ans, uniquement chez les femmes. Pour en savoir plus sur cette étude, cliquez ici ! Ces études montrent que les composés fluorés pourraient jouer un rôle dans l’épidémie actuelle d’obésité.

 

Les retardateurs de flamme

canapeUn cerveau en cours de développement est plus sensible aux effets toxiques des produits chimiques qu’un cerveau adulte. Durant le développement, le cerveau subit une série très complexe de processus à des niveaux différents, ce qui le rend plus vulnérable du stade fœtal jusqu’à l’adolescence. L’exposition du fœtus et du nouveau-né aux substances chimiques industrielles de l’environnement peut donc avoir des impacts sur le cerveau en cours de développement et mener ainsi à des désordres du développement neurologique (NDDs) : autisme, désordre du déficit de l’attention et retards mentaux. C’est le cas des retardateurs de flamme bromés. Ce sont des substances chimiques ajoutées aux matériaux lors de la fabrication afin de réduire le risque d’incendie. En fait, ils améliorent tout simplement la résistance au feu des produits. Ils sont présents dans différents équipements électroniques (téléviseur, ordinateurs), les matelas, les tissus, les meubles, les jouets, les vêtements, à des teneurs allant en général de 5 à 20 %. Les retardateurs de flamme les plus utilisés sont les polybromodiphényles éthers (PBDE). Il s’agit de composés bromés, connus pour leurs effets nocifs pour la santé. Suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, ils seraient également responsables de troubles de développement du système nerveux (autisme, hyperactivité, déficit d’attention, trouble de comportement...). Plusieurs études ont montré l’action de ces retardateurs de flamme bromés sur les hormones thyroïdiennes. Ces hormones sont essentielles au fonctionnement du système nerveux chez l’adulte et favorisent son développement chez le fœtus et le nourrisson. C’est pourquoi, même une exposition in utero peut affecter le neuro développement des enfants... Cela a été mis en évidence dans une étude[7] publiée en 2009. Les chercheurs ont analysé les taux d’exposition prénatale aux retardateurs de flammes (PBDE) en mesurant la concentration dans le sang du cordon ombilical à la naissance. Ils ont ensuite suivi le développement neurologique des enfants, entre 1 et 4 ans puis à l’âge de 6 ans. Les enfants présentant à la naissance les concentrations en PBDE les plus élevées avaient les résultats les plus bas aux tests de développement physique et mental réalisés entre 1 et 6 ans. Ces effets sur le développement étaient particulièrement remarquables à l’âge de 4 ans, où les résultats des tests de QI et de niveau verbal ont été réduits de 5,5 à 8 points pour ceux qui avaient eu la plus forte exposition prénatale.

 

Que faut-il éviter pendant la grossesse ?

 

Faire le ménage

produits dentretienFaire le ménage en étant enceinte peut affecter le fœtus car les produits d’entretien classiques sont souvent très agressifs et très concentrés en substances toxiques telles que les composés organiques volatils ou les éthers
de glycol. Ces polluants sont particulièrement nocifs pour les femmes enceintes et les éthers de glycol, présents notamment dans les lave-vitres peuvent être responsables de malformations congénitales et affecter le développement du fœtus.

Une étude[8] de l’INSERM a montré que le risque de malformations congénitales d’un fœtus est 2,5 supérieur si la future mère est exposée de façon régulière aux solvants dans son environnement professionnel (secteur de la santé, de l’entretien, de la coiffure et de l’esthétique, et en laboratoire). Ces malformations sont le plus souvent faciales (bec de lièvre), rénales, urinaires ou génitales.

Les femmes enceintes doivent également impérativement éviter les produits ménagers contenant des éthers de glycol. Ce sont des solvants largement utilisés depuis les années 1970 en raison de leurs propriétés remarquables : ils permettent de mélanger l’eau et la graisse. Neurotoxiques et irritants, ils sont en plus considérés comme perturbateurs endocriniens. Leurs effets sur le développement concernent le risque d’avortements spontanés et le risque de malformations, en particulier, le risque d’anomalies du tube neural et des fentes orales. Pour preuve, une équipe de chercheurs[9] américaine a recherché les anomalies cliniques et cytogénétiques chez 41 enfants de 28 femmes employées entre 1970 et 1977 dans une compagnie fabriquant des transistors. Parmi les 41 enfants (âgés de 10 à 28 ans au moment de l’étude), 6 avaient été exposés in utero au EGME (ethylene glycol monomethyl ether) et 35 n’avaient pas été exposés pendant la grossesse. Les 6 enfants exposés in utero présentaient divers degrés de retard mental et de dysmorphie. Sur les 35 enfants non exposés in utero, 29 ne montraient aucune anomalie ; les autres présentaient des signes légers et différents des exposés (doigts palmés, anomalies génitales). Des analyses complémentaires ont mis en évidence une fréquence plus élevée d’aberrations chromosomiques et de cassures chez les exposés in utero comparés aux non-exposés.

Une autre étude[10] a mis en évidence l’impact des éthers de glycol sur la fertilité masculine. Entre 2000 et 2001, les auteurs de cette étude ont recruté 109 hommes employés par la municipalité de Paris qui ont donné des échantillons de sperme, de sang et d’urine et ont subi un examen andrologique (des organes génitaux masculins). Des informations sur le style de vie, le métier, l’exposition et les antécédents médicaux ont été obtenues par interview. L’exposition passée aux éthers de glycol a été associée au risque accru de la diminution de la concentration du sperme, de la mobilité des spermatozoïdes et de leur apparence morphologique. Ces effets ont été confirmés par une étude[11] britannique menée auprès de 2 118 hommes. Leur sperme a été analysé : 1 244 hommes avaient une motilité du sperme normale et 874 avaient une faible motilité. En parallèle, ils ont répondu à un questionnaire sur les facteurs susceptibles d’influencer l’infertilité masculine, dont l’exposition aux éthers de glycols. Résultats : travailler avec des solvants organiques, en particulier glycol éthers a été associé à une faible motilité des spermatozoïdes. Pour les hommes exposés, le risque d’avoir une motilité faible est environ multipliée par 2 !

Pour aller plus loin, consultez notre synthèse « Pour un ménage heureux » ou téléchargez notre petit guide vert du bio-ménage !

 

Jardiner

jardinage synthese grossesseLes femmes enceintes peuvent bien sûr continuer à jardiner, à condition de le faire sans pesticides...Considérés comme perturbateurs endocriniens, les pesticides sont particulièrement néfastes pour les femmes enceintes. En 2011, des chercheurs de l’INSERM ont publié une étude[12] sur l’impact des pesticides sur les femmes enceintes. Ils se sont penchés sur les insecticides et plus particulièrement sur l’atrazine, herbicide utilisé en milieu agricole pour les cultures du maïs et du sorgho mais interdit en Europe depuis 2003. Au total, 3421 femmes enceintes vivant en Bretagne, ont été suivis de 2002 à 2006 avant leur 19ème semaine de grossesse. L’urine de chaque femme a été analysée pour examiner les bio-marqueurs d’exposition aux pesticides. Des métabolites désalkylés de l’atrazine et l'hydroxyatrazine ont été retrouvés dans respectivement 20 à 40% des échantillons. Selon cette étude, l’exposition à l’atrazine de la mère pendant sa grossesse entraîne une diminution du poids de naissance de l’enfant et plus de risques d’avoir un enfant avec un petit périmètre crânien.

Une autre étude récente [13] a montré que les pesticides, ainsi que les PCB sont responsables de malformations congénitales telle que l'hypospadias, l'affection la plus fréquente du pénis. Il s'agit d'une anomalie de la fermeture de la gouttière urogénitale à la face inférieure du pénis. Les chercheurs ont interrogé 80 mères dont les enfants présentent un hypospadias pour connaître leurs pratiques quotidiennes et leur exposition éventuelle à des perturbateurs endocriniens pendant leur grossesse.

En parallèle, les concentrations en trois familles de polluants organiques persistants (POP) ont été analysées dans le sérum sanguin de 37 des femmes de l’étude :

- le dichlorodiphenyldichloroethylene ou DDE (même famille que le DDT), pesticide interdit en France à l’utilisation et à la production

- l’hexachlorobenzene ou HCB, pesticide organochloré interdit en France depuis 1988 et en Europe depuis 1993

- différents congénères de polychlorobisphényls ou PCB, composés chimiques industriels interdits à la vente depuis 1987.

Les résultats ont montré que le risque d’avoir un enfant avec un hypospadias est plus important chez les mères consommant beaucoup de poisson ou de fruits de mer pendant leur grossesse et celles qui sont exposées un groupe de perturbateurs endocriniens dans leur travail. Ce risque devient accru si la mère est exposée à plusieurs groupes de perturbateurs endocriniens.

insecticide synthese grossesseUne autre étude[14] a confirmé ce risque de malformation génitale et plus particulièrement au Brésil, pays dans lequel beaucoup d’habitants vivent dans des favelas dépourvues d'égouts, où pullulent les insectes. Les insecticides sont donc utilisés massivement. Cette étude a été menée pendant deux ans auprès de 2710 garçons ayant été examinés dans les 48 heures après l’accouchement. Les scientifiques ont recherchés trois anomalies génitales : l'absence de descente des testicules dans les bourses (cryptorchidie), la position anormale du méat urinaire (hypospadias) et le micropénis (défini comme de morphologie normale mais mesurant moins de 31 mm, par rapport à la moyenne qui est de 47 mm dans cette population). Ils ont alors identifié 56 cas de malformations génitales: 23 cas de cryptorchidie (0,85 % des garçons), 15 cas d'hypospadias (0,55 %) et 18 cas de micropénis (0,66 %).

En parallèle, les chercheurs ont évalué l’exposition prénatale en interrogeant les parents à l’aide d’un questionnaire. Les mères ont été interrogées sur le recours à des insecticides au domicile et sur leur lieu de travail avant et pendant leur grossesse, ainsi que l'exposition à d'autres produits domestiques contenant des perturbateurs endocriniens. Ils ont alors constaté que 92 % des garçons présentant une malformation génitale avaient subi une exposition durant la période fœtale ! De plus, 80 % des mères et 58 % des pères avaient eu une ou plusieurs activités professionnelles impliquant l'usage de pesticides ou d'autres perturbateurs endocriniens.

Les pesticides auraient également des effets sur le développement du cerveau du fœtus lorsque la mère est exposée pendant sa grossesse. C’est ce qu’a révélé une étude de 2012[15]. Grâce à l’imagerie médicale, les scientifiques ont comparé les cerveaux de 20 enfants fortement exposés in utero au chlorpyriphos-éthyl - un pesticide organo-phosphoré très utilisé à travers le monde – à 20 autres enfants moins exposés. Ils ont alors observé un développement cérébral altéré chez le premier groupe. Les cerveaux de ces enfants présentaient plusieurs types d'anomalies : un élargissement de certaines régions, associé à de moins bonnes performances aux tests cognitifs à l'âge de 7 ans ainsi qu'une diminution de l'épaisseur du cortex frontal et pariétal. Selon les auteurs de cette étude, les anomalies cérébrales trouvées chez ces enfants pourraient être associées à des troubles neurocognitifs ou neuropsychologiques durables, d’autant plus que les pesticides interagissent avec d'autres produits chimiques comme le tabac. Comme l’on montré ces études, même si certains polluants sont interdits en France depuis des années, ils sont pourtant toujours présents dans l’environnement en raison de leur structure très stable et leurs propriétés de bioaccumulation. Nous y sommes donc encore exposés aujourd'hui.

Pour en savoir plus, consultez notre synthèse " Les pesticides: quelles conséquences pour la santé ? "

 

Les métiers à risque

coiffeuse enceinteUne étude[16] américaine publiée en juillet 2012 dans la revue Occupational and Environmental Medicine a révélé que les femmes enceintes pratiquant certains métiers auraient un risque plus élevé d'avoir un bébé avec une malformation cardiaque à la naissance. En suivant 5 000 femmes enceintes ayant accouché entre 1997 et 2002, les chercheurs ont pu établir un lien entre malformations cardiaques du bébé et exposition aux solvants. En effet, ils ont constaté que le risque de malformations cardiaques à la naissance était deux fois plus élevé pour les mamans exposées aux solvants que pour les autres. Les 12 premières semaines de grossesse semblent être les plus à risque. Les solvants les plus dangereux pour les femmes enceintes sont ceux contenus dans les peintures, les vernis, les colles et les teintures. Les métiers concernés seraient donc ceux de coiffeuse, esthéticienne et employée d’usines dans la fabrication de produits chimiques. Pour en savoir plus, consultez notre article en cliquant ici !

Les échographies en 3D

Appelées aussi échographies « souvenir » ou « de complaisance », les échographies en trois dimensions (3D) connaissent un succès grandissant depuis les années 2000 car elles permettent de réaliser le rêve de nombreux parents : voir leur enfant avant qu’il ne soit né. Pourtant, contrairement aux échographies médicales, elles n’ont aucun intérêt médical et seraient même néfastes pour le fœtus en raison de l’exposition prolongée aux ultra-sons. Que ce soit pour une échographie médicale ou en 3D, les ultrasons utilisés produisent sur les tissus humains, des effets qui dépendent de la durée de la fréquence et de la puissance de l'exposition aux ultrasons :

- Un effet physique et mécanique : l’exposition longue des organes fragiles comme les yeux et le cerveau sont dangereuses pour les tissus.

- Un effet thermique : une exposition prolongée aux ultrasons peut augmenter la température du fœtus de 4°C, ce qui peut être délétère pour son cerveau. Si la température du corps de la maman est à 38°C on arrive vite à 41°C, le bébé peut alors convulser.

echographie-3DLorsque les médecins procèdent à une échographie médicale, ils mettent l’appareil à moindre intensité de façon à avoir une image convenable tout en réduisant l’intensité au maximum. Le faisceau ultra sonore est constamment déplacé, l'exposition aux ultrasons est donc brève sur chaque zone. Elle n'est prolongée qu'en cas de doute sur une pathologie localisée, mais même dans ces conditions, elle reste très limitée puisque ce sont successivement une somme de petits détails qui sont analysés. En pratique, le rapport bénéfice-risque est favorable d'autant plus que les protocoles d'examen mis en place permettent de minimiser les risques.

En revanche, les échographies en 3D, qui peuvent durer jusqu'à 30 minutes, entrainent une exposition continue aux ultrasons qui se focalise sur la zone du crâne et les organes génitaux. La recherche de la qualité picturale maximum, ainsi que le désir de faire partager l'image à l'ensemble des personnes présentes lors de ces séances, peut amener à prolonger cette exposition statique.

Selon le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) qui a tiré la sonnette d'alarme en décembre 2011, les offres d'échographies non médicales 3D qui se multiplient ne sont pas anodines pour le fœtus. Les risques d'exposition prolongée aux ultrasons peuvent avoir des impacts, tout particulièrement sur le cerveau et l'œil du fœtus, surtout au premier trimestre ou si la future maman a de la température. En 2005, l’Agence nationale de sécurité du médicament, (Ansm, ex-Afssaps) avait recommandé aux femmes enceintes de respecter les prescriptions de suivi de leur grossesse par l'échographie médicale mais leur a déconseillé la pratique des échographies dans un but non médical, afin de ne pas exposer inutilement le fœtus aux ultrasons. Pour l’agence, comme pour le CNGOF, les risques potentiels liés aux effets des ultrasons sur le fœtus sont plus importants lors des échographies en 3D, et ceci sans bénéfice médical attendu.

Alors, ne vous laissez pas attendrir par les offres commerciales qui proposent ces échographies « spectacle » sans intérêt médical et dangereuses pour le fœtus. Attendez la naissance, l’émotion sera plus forte, et puis, vous aurez toute la vie pour admirer votre progéniture ! Pour en savoir plus et connaitre l'avis du Dr Lefèvre, échocardiographiste à Marseille, cliquez ici!

 

Boire du café et manger gras

femme enceinte et cafeSelon deux études présentées en juillet 2012, une trop forte consommation de graisses alimentaires et de café diminuerait les chances de réussite de fécondation in vitro (FIV).

La première étude a montré qu’une trop forte consommation de graisses alimentaires est associée à une baisse des taux de naissances vivantes en cas de FIV.

Les chercheurs ont examiné l'effet des graisses alimentaires (totales, saturées, mono-insaturées, polyinsaturées, oméga 6, oméga 3 et trans) sur une série de résultats précliniques et cliniques chez 147 femmes ayant une FIV. Les résultats ont montré que des apports plus élevés de matières grasses totales, et en particulier saturées sont liés à un moindre nombre d’ovocytes matures récupérés, or moins d'ovocytes matures signifient moins d'embryons à choisir pour le transfert. Par ailleurs, la consommation de graisses poly-insaturées est inversement associée à la qualité des embryons. Ces deux types d’acides gras seraient donc à éviter.

En revanche, les chances de naissance vivante après transfert d'embryons chez les femmes ayant la plus forte consommation de graisses mono-insaturées sont multipliées par 3,45 par rapport aux femmes ayant l’apport le plus faible. Ces graisses sont par exemple présentes dans l’huile d’olive, les amandes, l’avocat, les noix, les noisettes...

La deuxième étude a montré quant à elle qu’une consommation excessive de café pouvait également avoir un impact négatif sur les chances de réussite d'une grossesse par FIV. L'équipe de chercheurs danois du Fertility Clinic de l’Aarhus University a suivi 3 959 femmes ayant recours à un traitement par FIV ou ICSI (micro-injection directe d'un spermatozoïde dans l'ovocyte). Les informations sur leur consommation de café ont été collectées au début du traitement et au début de chaque cycle.

Ils ont alors constaté que boire cinq tasses de café ou plus par jour réduit de 50 % le taux de grossesse après une FIV et de 40 % les chances de mener cette grossesse à terme. Cependant, aucun effet n'est observé avec une consommation de café de moins de 5 tasses par jour. Dans leur conclusion, les auteurs comparent même l'effet du café à l'effet du tabac sur le taux de fécondation.junk-food

Une fois enceinte, voici une autre bonne raison de ne pas manger gras : cela peut rendre votre enfant accro à la malbouffe. C’est ce qu’à démontré une étude[18] australienne menée sur les petits issus de 2 groupes de rats. L'un nourri avec une alimentation normale et l'autre avec toute une gamme d’aliments de type malbouffe riche en graisse et en sucre, pendant la grossesse et l'allaitement. Après le sevrage, les petits rats ont reçu des injections quotidiennes d’une substance censée bloquer la libération de dopamine, une molécule sécrétée par le cerveau. Lors d’ingestion d’aliment riche en sucres et graisses, cette molécule provoque le sentiment de satisfaction. Lorsque la dopamine diminue, le corps réclame moins de graisses et de sucres et on n’en consomme donc moins. Les résultats ont montré que chez les bébés rats dont la mère a été nourri avec de la « malbouffe », le blocage de la libération de la dopamine est moins efficace pour faire diminuer la consommation de graisses et de sucres. L’ingestion de la malbouffe par le fœtus pourrait donc provoquer chez lui un changement métabolique. En grandissant, l’enfant se sentira plus dépendant aux sucres et aux graisses et sera plus attiré vers la "junk-food". Pour en savoir plus, cliquez ici !

 

Attention à l’eau que vous buvez !

eau robinetUne étude[17] a révélé que la présence de psychotropes en faible concentration dans l’eau potable pourrait activer l’expression de gênes associés à l’autisme. Les chercheurs ont exposé des poissons d'eau douce à un mélange d'antiépileptiques et d'antidépresseurs courants à de très faibles doses (Prozac et Effexor) pendant 18 jours. À l'issue de l'expérience, ils ont constaté que pas moins de 324 gènes, associés à l'autisme humain, étaient altérés par ces petites doses de médicaments ! Les poissons exposés aux antidépresseurs avaient aussi tendance à paniquer et se comportaient différemment des poissons témoins non exposés. Les femmes enceintes doivent donc être particulièrement vigilantes quant à leur consommation d’eau potable en privilégiant l’eau en bouteille. Pour en savoir plus sur cette étude, cliquez ici !

Toutes ces études scientifiques soulignent la nécessité d'une politique de prévention pour réduire les expositions toxiques durant la grossesse pour mettre au monde un enfant en bonne santé.

 

Pour aller plus loin :

- Téléchargez notre petit guide vert du bio-bébé pour des conseils pratiques sur l’environnement de bébé!

- Consultez notre synthèse : « Les perturbateurs endocriniens, des substances toxiques qui nous entourent » 


Références bibliographiques :

[1] Woodruff TJ, Zota AR, Schwartz JM. Environmental Chemicals in Pregnant Women in the US: NHANES 2003-2004. Environ Health Perspect. 2011 Jan 14.

[2] Philippat et coll., Exposure to Phthalates and Phenols during Pregnancy and Offspring Size at Birth, Environ Health Perspect, sept 2011.

[3] Romain Lambrot, Vincent Muczynski, Charlotte Lécureuil, Gaëlle Angenard, Hervé Coffigny, Catherine Pairault, Delphine Moison, René Frydman, René Habert, Virginie Rouiller-Fabre., Phthalates Impair Germ Cell Development in the Human Fetal Testis in Vitro without Change in Testosterone Production, Environmental Health Perspectives, 2009.

[4] Just AC, Whyatt RM, Perzanowski MS, Calafat AM, Perera FP, Goldstein IF, Chen Q, Rundle AG, Miller RL., Prenatal Exposure to Butylbenzyl Phthalate and Early Eczema in an Urban Cohort. Environ Health Perspect. 2012 Jun 13.

[5] Maisonet M, Terrell ML, McGeehin MA, Christensen KY, Holmes A, Calafat AM, Marcus M., Maternal Concentrations of Polyfluoroalkyl Compounds during Pregnancy and Fetal and PostnatalGrowth in British Girls. Environ Health Perspect. 2012 Aug 30.

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