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Les ajouts de l’industrie agro-alimentaire sont-ils risqués ?

Écrit par J.Maherou Créé le jeudi 14 janvier 2016 07:50

ajout industriesLes industries agro-alimentaires ajoutent de nombreux produits chimiques dans les aliments transformés pour mieux les conserver ou leur donner plus de goût. C’est le cas des additifs alimentaires et du sel, présents parfois en grande quantité dans les plats préparés, les pizzas, les bonbons, les biscuits, les viennoiseries, la charcuterie, etc. Résultats : notre santé en pâtit. En effet, une consommation excessive de tous ces aliments peut avoir des conséquences sur notre organisme…

 

 

Les additifs alimentaires

 

Qu’est-ce que c’est ?

Les additifs alimentaires sont des substances ajoutées intentionnellement aux denrées alimentaires pour exercer certaines fonctions technologiques spécifiques, par exemple pour colorer, sucrer ou contribuer à la conservation des aliments.

Les principales familles d’additifs alimentaires sont :

- les colorants : ils modifient principalement la couleur des denrées,

- les conservateurs : ils bloquent le développement des micro-organismes pathogènes,

- les arômes artificiels : ils parfument les denrées à la place des arômes naturels,

- les antioxydants ou antioxygènes : ils ralentissent l'oxydation des aliments,

- les émulsifiants et les gélifiants : ils augmentent la viscosité,

- les stabilisants : ils prolongent la durée des couleurs, mais aussi de la structure des émulsions d'eau et de corps gras à l'intérieur des denrées, principalement en charcuterie,

- les édulcorants : ils adoucissent l'acidité de certaines préparations par leur pouvoir sucrant,

- les exhausteurs de goût : ils accroissent la saveur des denrées,

- les acidulants : ils augmentent l'acidité des préparations.

additifs alimentaires

Tous les additifs alimentaires sont identifiés par un numéro commençant par « E » suivi de 3 chiffres indiquant la catégorie principale (100 pour les colorants, 200 pour les conservateurs, 300 pour les antioxydants, 400 pour les agents de texture (émulsifiants, stabilisants, épaississants, gélifiants), 500 pour les acides, 600 pour les exhausteurs de goût, 900 pour les édulcorants). Ces additifs sont présents dans une grande majorité des aliments que nous consommons quotidiennement comme les viennoiseries, les confiseries, les jus de fruits, les plats préparés, les sauces, les confitures, les préparations pour bébés...

 

Quels sont les risques pour la santé ?

Certains additifs alimentaires ne présentent aucun risque connus à ce jour mais quelques-uns sont suspectés d’avoir des effets sur la santé tandis que d’autres sont à éviter complètement. Ils peuvent avoir des effets à court, moyen et long terme. Juste après l’ingestion, certains additifs peuvent entrainer des maux de tête, des nausées, des allergies, des vertiges ou même des réactions cutanées. Certaines personnes peuvent aussi avoir du mal à digérer. A moyen terme, certains additifs comme les sulfites (E220 à 224 et E226 à E228) par exemple peuvent irriter le système digestif et contrarier la fixation de la vitamine B. Mais c’est à long terme que les effets des additifs sont plus préoccupants. Certains d’entre eux sont suspectés d’être cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques et génotoxiques. Chez les enfants, les additifs pourraient être responsables d’hyperactivité ou de problème de croissance. Ces effets dépendent en partie des réactions individuelles, mais aussi de la quantité absorbée et de la durée d’exposition.

donutsLa liste des additifs toxiques à éviter est très longue... Parmi eux, il y a les additifs à base d’aluminium tels que le sulfate d’aluminium (E520) ou le phosphate d’aluminium acide sodique (E541). L’aluminium est neurotoxique et il est suspecté de jouer un rôle dans le déclenchement de la maladie d’Alzheimer. On le retrouve par exemple dans certaines confiseries ou dans certains plats préparés. On retrouve également du Buthylhydroxyanisol (E320), que le CIRC a classé comme probablement cancérigène. Présent dans les viennoiseries, les sauces ou encore les produits chocolatés, il est aussi suspecté d’entrainer l’hyperactivité chez l’enfant et d’augmenter le risque de cholestérol. Les additifs alimentaires néfastes pour la santé peuvent aussi être présents dans les alcools. C’est le cas notamment de la tartazine (E102), le jaune de quinoléine (E104) ou l’azorubine (E122) qu’on retrouve dans les apéritifs à base de vins. Ils sont probablement cancérigènes et augmentent le risque d’hyperactivité chez les enfants. Mais la liste ne s’arrête pas là. Même la plus grande marque de soda a recours à des additifs alimentaires toxiques pour notre santé. En effet, le groupe Coca-Cola va devoir revoir sa recette en raison de la présence d’un des composants de ces colorants, le 4-méthylimidazole (4-MEI), suspecté d’être cancérigène. C’est en tout cas ce qu’a démontré une étude[1] publiée en janvier 2007. En savoir plus...

 

Lire les étiquettes peut vous aider à les éviter

Pour vous informer sur les additifs à bannir de votre alimentation, l’Union Fédérale des Consommateurs (UFC) - Que Choisir Aix-en-Provence a mis à disposition plusieurs documents dans lequel sont désignés les additifs alimentaires toxiques ou inoffensifs grâce à un code couleur : vert : pas de risques, orange : à éviter, rouge : à proscrire. Pour en savoir plus, cliquez ici. Les additifs alimentaires sont toujours inclus dans la liste des ingrédients des aliments auxquels ils sont ajoutés. En connaissant les additifs à proscrire, vous pourrez ainsi limiter les risques pour la santé, il suffit juste de bien lire les étiquettes de chaque produit ! 

 

Un cas particulier : l’aspartame

aspartame café

Mentionné sur les étiquettes européennes sous le nom de code E 951, l’aspartame est un édulcorant artificiel découvert en 1965. Elle a un apport énergétique de deux calories par gramme, soit deux fois moins que le traditionnel saccharose, et un pouvoir sucrant 200 fois plus important. On en retrouve donc dans plus de 6 000 produits « light », que ce soit des aliments, des boissons ou encore des médicaments. Pourtant, 30 ans après son autorisation de mise sur le marché, on ne sait toujours pas si l’aspartame représente un risque pour la santé. D’un côté, les industriels affirment qu’il n’y a aucune preuve de sa dangerosité. Ils estiment au contraire que l’aspartame peut régler les problèmes d’obésité et de diabète. D’un autre côté, des chercheurs ont montré que cet édulcorant pouvait avoir des effets néfastes sur notre santé. En effet, une étude[2] danoise publiée en 2010 portant sur 59 334 femmes a montré le lien entre la consommation de boissons à base d’édulcorants et le risque d’accouchement prématuré. Ce dernier augmenterait de 38% lorsqu’on consomme au moins un soda allégé par jour et de 78 % pour quatre sodas allégés par jour. Ces conclusions ont été confirmées par une autre étude[3] publiée en 2012… En interrogeant 60 761 femmes enceintes sur leur consommation de boissons, les chercheurs ont constaté que les femmes qui boivent plus d’une boisson édulcorée par jour ont 11% de risques supplémentaires d’être victimes d’un accouchement prématuré comparativement aux femmes qui n’en boivent pas. Le sucre classique pourrait lui aussi avoir sa part de responsabilité puisque les femmes qui ont consommé plus d’une boisson sucrée par jour ont vu leur risque d’accouchement prématuré augmenter de 25% ! En savoir plus sur cette étude… D’autres études[4],[5] ont également fait le lien entre consommation d’aspartame et le risque de cancer dont ceux du foie et du poumon ainsi que la leucémie.

boissons lightEn juin 2011, l’Anses a lancé une évaluation complète des effets sur la santé de cette molécule. Un an plus tard, elle a rendu publique un premier avis sur les bénéfices et les risques des édulcorants intenses chez la femme enceinte. Selon l’agence, ce travail n’a pas permis de conclure qu’il existait un risque potentiel chez la femme enceinte, faute d’un nombre suffisant d’études... Par contre, en ce qui concerne le bénéfice, elle estime qu’il n’y a aucun intérêt nutritionnel propre à la consommation d’édulcorants intenses pendant la période de grossesse. Début 2015, l’agence a remis son rapport sur l’évaluation des risques et bénéfices des édulcorants tels que l’aspartame ou la stévia. Conclusion : elle n’a trouvé aucun bénéfice à ces additifs sucrants tant sur le contrôle du poids, que sur le diabète, que ce soit chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte. En janvier 2013, c’est au tour de l’EFSA de donner son avis sur l’aspartame. Elle a conclu que cet édulcorant ne pose pas de problème de toxicité pour les consommateurs aux niveaux actuels d’exposition. Selon elle, la dose journalière acceptable (DJA) actuelle est considérée sûre pour l’ensemble de la population et l’exposition des consommateurs à l’aspartame est inférieure à cette DJA, qui est actuellement de 40 mg par kilo de poids corporel par jour, soit 2,4 g pour un adulte de 60 kg. Un an plus tard, l'EFSA persiste et signe : il n'y a pas de danger au niveau actuel d'exposition.

Les médecins de l’ASEF tiennent tout de même à mettre en garde contre l’aspartame. Il n’a aucun intérêt nutritionnel et les bénéfices sur le diabète et la perte de poids n’ont pas été prouvés. Pire, des études ont démontré par exemple que les boissons "light" seraient associées à un risque plus élevé de développer un diabète de type 2[6] - notamment en perturbant la flore intestinale[8] - et qu’elles pourraient même nous inciter à manger plus, alors qu’elles sont au contraire censées nous aider à garder la ligne. Nous recommandons donc de rester prudent et d’éviter les produits contenant de l’aspartame. Ce n'est pas pour autant qu'il faut se rabattre sur les sodas standards... Car en plus de favoriser l'obésité et le diabète en augmentant notre graisse abdominale[11] , ils feraient également vieillir nos cellules plus rapidement[9].

 

L’excès de sel dans les aliments industriels

 

sel ajout

Le sodium, contenu dans le sel joue un rôle important pour notre organisme. Il aide notamment à répartir l’eau dans le corps et à réguler la pression et le volume sanguin. Il est également essentiel au bon fonctionnement des muscles et du cœur, et au cheminement de l’influx nerveux. Mais, consommé en excès, il peut avoir des effets néfastes sur la santé. Et c’est souvent le cas puisqu’aujourd’hui, les Français consomment 8,7 grammes de sel par jour pour les hommes et 6,7 pour les femmes et les enfants. On est bien au-dessus des recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), c’est-à-dire 5 g de sel par jour.

 

D’où vient le sel que nous consommons ?

pizzaLes premiers responsables sont les industriels. Ils ont très souvent la main lourde sur la salière lors de la fabrication d’aliments tels que les pizzas, les sandwiches, les quiches, les viennoiseries, les plats préparés, la charcuterie etc. Environ 75% du sel que nous consommons proviennent de ces aliments transformés. Mais nous avons aussi notre part de responsabilité car 10 % sont ajoutés lors de la cuisson ou dans l’assiette. Les 15% restants sont naturellement présents dans les aliments.

 

Les impacts sur la santé

sel enfants

Toutes les études sont unanimes : une consommation excessive de sel favorise l’hypertension, elle-même à l’origine de maladies cardio-vasculaires. Ainsi, l’excès de sel serait responsable de 2,3 millions de décès par maladies cardiovasculaires, ce qui représente aujourd’hui 15% de l’ensemble des décès cardiaques. Selon un rapport du Fonds mondial de recherche sur le cancer (WCRF), un apport quotidien de plus de 6 g de sel peut également accroître le risque de cancer de l’estomac. Un cas de cancer de l'estomac sur 7 pourrait être évité en réduisant la consommation de sel à 6 g maximum, soit environ une cuillère à café !

On sait également qu'en trop grande quantité, le sel favorise la perte des minéraux. Pour le calcium, par exemple, c'est un problème dans les cas de l'ostéoporose ou lors de la croissance des jeunes enfants. Mais le sel peut aussi avoir des impacts négatifs sur notre cerveau. Une étude[7] a en effet montré qu’il peut contribuer au déclin cognitif des personnes âgées. Pour arriver à ces conclusions, des chercheurs ont évalué pendant trois ans, grâce à un questionnaire, la consommation de sel et l’activité physique de 1 262 adultes en bonne santé, âgés de 67 à 84 ans, résidant au Québec. Ils ont alors découvert que les personnes physiquement inactives qui consommaient des aliments très salés obtenaient de mauvais résultats à des tests cognitifs par comparaison avec les personnes actives consommant peu de sel. En revanche, les participants sédentaires ayant une faible consommation en sel ne présentaient pas de déclin des capacités mentales au cours de trois ans. Une étude[10] a également montré qu'en excès, le sel peut retarder la puberté.

 

Mais comment limiter sa consommation de sel ?

- Goutez votre plat avant de saler ou de resaler

- Réduisez la quantité de sel ajouté dans l’eau de cuisson

- Remplacez le sel par des épices, des herbes, de l’ail ou du citron,

- Evitez les aliments à fortes teneurs en sel : charcuterie, chips, biscuits apéritifs, plats préparés, sauces, pizzas, quiches

- Lisez les étiquettes et choisissez les aliments ayant la plus faible teneur en sel. Sur les emballages, le sel peut être mentionné « sel », « sodium » ou « chlorure de sodium ». Il faut savoir que 1 g de sodium correspond à 2,5 g de sel.

- Cuisinez vous-même les plats afin de contrôler leur teneur en sel,

- Privilégiez des aliments frais aux aliments transformés.

 

Quelques repères : il y a 1 g de sel dans :

 

- Une rondelle de saucisson

- Une poignée de biscuits apéritifs ou de chips

- Le tiers d’un sandwich

- Une part de pizza

- 4 tranches de pain


Références bibliographiques :

[1] National Toxicology Program., Toxicology and carcinogenesis studies of 4-methylimidazole (Cas No. 822-36-6) in F344/N rats and B6C3F1 mice (feed studies), Natl Toxicol Program Tech Rep Ser. 2007 Jan;(535):1-274

[2] Halldorsson TI, Strøm M, Petersen SB, Olsen SF., Intake of artificially sweetened soft drinks and risk of preterm delivery:a prospective cohort studyin 59,334 Danish pregnant women, Am J Clin Nutr. 2010 Sep;92(3):626-33.

[3] Englund-Ögge L, Brantsæter AL, Haugen M, Sengpiel V, Khatibi A, Myhre R, Myking S, Meltzer HM, Kacerovsky M, Nilsen RM, Jacobsson B. Association between intake of artificially sweetened and sugar-sweetened beverages and preterm delivery: a large prospective cohort study. Am J Clin Nutr. 2012 Aug 1.

[4] Soffritti M, Belpoggi F, Manservigi M, Tibaldi E, Lauriola M, Falcioni L, Bua L, Aspartame administered in feed, beginning prenatally through life span, induces cancers of theliver and lung in male Swiss mice, Am J Ind Med. 2010 Dec;53(12):1197-206.

[5] Soffritti M, Belpoggi F, Manservigi M, Tibaldi E, Lauriola M, Falcioni L, Bua L, Aspartame administered in feed, beginning prenatally through life span, induces cancers of theliver and lung in male Swiss mice, Am J Ind Med. 2010 Dec;53(12):1197-206.

[6] Fagherazzi G, Vilier A, Saes Sartorelli D, Lajous M, Balkau B, Clavel-Chapelon F., Consumption of artificially and sugar-sweetened beverages and incident type 2 diabetes in the Etude Epidemiologique aupres des femmes de la Mutuelle Generale de l'Education Nationale-European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition cohort. Am J Clin Nutr. 2013 Jan 30.

[7] Fiocco AJ, Shatenstein B, Ferland G, Payette H, Belleville S, Kergoat MJ, Morais JA, Greenwood CE., Sodium intake and physical activity impact cognitive maintenance in older adults: the NuAge Study. Neurobiol Aging. 2012 Apr;33(4):829.e21-8.

[8] Jotham Suez et al., Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota, Nature, 2014

[9] Leung CW, Laraia BA, Needham BL, Rehkopf DH, Adler NE, Lin J, Blackburn EH, Epel ES., Soda and Cell Aging: Associations Between Sugar-Sweetened Beverage Consumption and Leukocyte TelomereLength in Healthy Adults From the National Health and Nutrition Examination Surveys. Am J Public Health. 2014 Oct 16:e1-e7.

[10] High salt intake may delay puberty, European Society of Endocrinology 16 May, 2015.

[11] Ma J, McKeown NM, Hwang SJ, Hoffman U, Jacques PF, Fox CS., Sugar-Sweetened Beverage Consumption is Associated With Change of Visceral Adipose Tissue Over 6 Years ofFollow-Up. Circulation. 2016 Jan 11.

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