A+ R A-

Les compléments alimentaires: nécessaires ou dangereux?

Écrit par J. Maherou, S. Norest & L.Ferrer Créé le mardi 27 novembre 2012 12:07


Les Français consomment de plus en plus de compléments alimentaires dans le but d’être moins fatigués, plus minces ou encore d’avoir un teint plus éclatant. Si dans certains cas (grossesse, ménopause, après une opération ou une maladie), ils peuvent être nécessaires, tout le monde n’en n’a pas forcément besoin. Pris à mauvais escient ou en trop grande quantité, ils n'améliorent pas notre santé, voire pire, ils la dégradent ! Des compléments minceurs aux compléments en vitamines, l’ASEF fait le tri…

 

Les compléments alimentaires, à quoi ça sert ?


Le concept de complément alimentaire est relativement récent. Il a été défini par le décret du 20 mars 2006 : « les compléments alimentaires sont des denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances, ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés commercialisés sous forme de doses, à savoir les formes de présentation telles que les gélules, les pastilles, les comprimés, les pilules et autres formes similaires, ainsi que les sachets de poudre, les ampoules de liquide, les flacons munis d'un compte-gouttes et les autres formes analogues de préparations liquides ou en poudre destinées à être prises en unités mesurées de faible quantité ».

En France, la consommation de compléments alimentaires augmente depuis quelques années alors que les déficits et, a fortiori, les carences en nutriments sont très rares dans la population générale. Lorsqu’il y’en a, elle concerne majoritairement des groupes particuliers de population : femmes enceintes, personnes âgées en institution ou encore populations en situation de grande précarité. Dans ces groupes de population spécifiques, des apports supplémentaires en vitamines, minéraux et autres nutriments par les compléments alimentaires ou l'alimentation enrichie peuvent présenter un intérêt, mais leur indication dans ces situations relève plus du conseil médical que d'une démarche personnelle… Pourtant les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments… D’ailleurs contrairement à eux, leur commercialisation ne nécessite pas d'autorisation de mise sur le marché ! L’autorisation de mise sur le marché, obligatoire pour tous les médicaments, garantie leur efficacité et leur sureté ! Dans le cas des compléments, seul l'industriel est responsable de la conformité de ses produits avec les normes en vigueur, de la sécurité et de la non-tromperie du consommateur, et c’est peut-être là le problème...

 

Des compléments alimentaires : pour quoi faire ?

 

Les compléments alimentaires minceur


Les produits minceurs sont en haut des ventes de compléments alimentaires en France, sans doute parce qu’ils font rêver… Ils sont destinés à nous aider à perdre du poids à condition bien sûr de les associer à un régime adapté et à une activité physique régulière. Voici quelques exemples des produits que l’on peut trouver sur le marché :

- Les gélifiants, ce sont des coupe-faims souvent fabriqués à base de plantes ayant la propriété d'absorber massivement l'eau. Ingérées, elles vont former à l'intérieur de l'estomac une espèce de gel. L'estomac ainsi rempli, la sensation de satiété arrive très rapidement. Prises peu de temps avant un repas, ces gélules permettent d'avaler moins de calories.

- Les bloqueurs de l'absorption des graisses, ils sont souvent à base de chitosan, une substance produite à partir de carapaces de crustacés. Ils réduiraient l'absorption intestinale des graisses par l'action de la chitine qu'elle contient et prétend également diminuer l'absorption intestinale du glucose et/ou des graisses.

- Les réducteurs de l'appétit, à base de Psyllium (des fibres alimentaires), de chrome, de magnésium, de zinc, de nickel ou de cobalt. Ils contiennent des acides aminés (tyrosine ou tryptophane) impliqués dans le mécanisme de la satiété. En effet, les acides aminés sont des précurseurs de neurotransmetteurs utilisés par le cerveau pour contrôler l’effet de satiété.

- Les brûleurs de graisse, essentiellement à base d’extraits de plantes des vitamines ou des acides aminés, ils auraient comme propriétés d'augmenter la consommation de calories par l'organisme, voire de capturer les graisses avant même que celles-ci ne pénètrent dans le sang. Les brûleurs de graisse sont généralement élaborés à partir de stimulants, tels que l'éphédrine, la caféine ou les enzymes de fruits.

- Les produits drainants, souvent issus de plantes qui ont une action sur plusieurs organes : le foie, les reins et le système lymphatique. Leur mode de fonctionnement est multiplé, ils peuvent d’abord avoir une action diurétique qui permet d’augmenter la circulation de l’eau dans le corps et le volume des urines. Leur action est également bien présente pour purifier le foie et les reins en accélérant la filtration naturelle de ces organes. Certains actifs stimulent également la digestion.

 

Les compléments en vitamines et minéraux

complementalimvitaminesyntheseLes vitamines et minéraux sont tous indispensables au bon fonctionnement de notre organisme. Ils sont présents dans notre alimentation mais si cela ne suffit pas à assurer nos besoins, il est souvent suggéré de prendre des compléments alimentaires, que l’on trouve en pharmacie, magasins diététiques ou sur internet. Ils sont aussi recommandés lors d’un régime alimentaire, et en particulier les régimes hyperprotéinés. C'est par exemple le cas de la méthode Dukan pour combler les carences en vitamines et minéraux tels que le potassium, le magnésium et les oméga-3 présents dans les aliments « interdits » pour ce type de régime. Attention, ce régime n’est pas sans danger, pour en savoir plus cliquer ici.

Les vitamines

Les vitamines sont des substances sans valeur énergétique mais vitales. A l'exception de deux d'entre elles (vitamines K et D), nous ne sommes pas capables de les fabriquer et leur apport par l'alimentation est primordial pour le fonctionnement harmonieux de notre organisme. Chaque vitamine a un rôle bien spécifique :

Vitamines En quoi est-elle utile à l’organisme ? Sources d'apport
Vitamine A (rétinol ou caroténoides) Agit sur la prolifération et la différenciation de certains tissus comme celui du poumon, de l’intestin et de la peau. Prévient les problèmes de vision. Poissons, foie et légumes (carottes, oranges et abricots pour le béta-carotène).
Vitamine B (B1, B2, B5, B6, B8, B9, B12) Anti-stress, produit de l'énergie et participe au bon fonctionnement du système immunitaire, de la mémoire et des facultés intellectuelles. Germes de blé, levure de bière, foie,  viandes rouges,  poissons,  fruits de mer,  céréales complètes,  jaune d'œuf,  noix, noisettes, cacahuètes et  légumes secs.
Vitamine C Puissant anti-oxydant, piège les radicaux libres produits par l'organisme en cas d’agressions externes (pollution, stress, rayonnement, tabac, alcool, produits chimiques) ou interne (réactions chimiques de synthèse ou de dégradation de certaines molécules, inflammation, respiration cellulaire). Les légumes tels que les poivrons et les choux (brocoli, bruxelles, fleur) et les fruits, en particulier les agrumes (citron, orange, pamplemousse, mandarine) mais aussi kiwis, fraises, tomates.
Vitamine D Favorise l'absorption intestinale du calcium et du phosphore alimentaire. Limite les risques de déminéralisation osseuse. Deux tiers de la vitamine D sont synthétisés par la peau sous l'effet de l'exposition au soleil. Le reste est apporté par l'alimentation (poisson, beurre, céréales, œufs).
Vitamine E Antioxydant : lutte contre le vieillissement. Huiles végétales, céréales, beurre, noix, noisettes, fruits et légumes.
Vitamine K Agit sur la coagulation sanguine, participe à la formation d’une protéine de l’os : l’ostéocalcine et retarde l’apparition de l’ostéoporose en maintenant le calcium dans les os. Choux, brocolis, laitues, cresson, épinards, huiles de colza et de soja, haricots verts, concombres, poireaux, pois et huile d’olive, foie de veau, de bœuf ou de porc et produits laitiers.

 

Le minéraux

Les minéraux sont des substances actives, que l’on retrouve dans l’alimentation. Ils participent à de très nombreuses réactions enzymatiques dans le corps. Comme les vitamines, ils ont chacun un rôle bien défini :

Minéraux En quoi est-il utile à notre organisme? Source d'apport
Calcium Participe à la rigidité et à la solidité des os, joue donc un rôle important dans la réduction du risque d'ostéoporose. Produits laitiers (fromages, lait, yaourt), légumineuses, légumes verts, noix et certaines eaux.
Magnésium Anti-stress, permet la production d’énergie, participe à la synthèse des acides nucléiques (des constituants importants de l’ADN) ainsi que des acides gras oméga 3 et 6. Joue un rôle essentiel dans la contraction musculaire. Chocolat, légumineuses, céréales, bananes, fruits secs, noix, amande, maïs, épinards, avocats, certaines eaux.
Phosphore Composant essentiel des membranes cellulaires, participe, avec le calcium, à la structure de l’os. Viande, poisson, produits laitiers, fruits oléagineux (noix, amande, noisette),  légumineuses (haricots et lentilles), germes de soja et chocolat.
Potassium Active les cellules nerveuses et musculaires, maintient l’acidité des sécrétions gastriques, essentielle à l’équilibre du tube digestif, agit aussi sur la sécrétion d’insuline. Légumes (brocolis, épinards, choux, courges), les fruits (bananes, agrumes, ananas, abricots secs), les germes de blé, les légumineuses (fèves et haricots secs, pois secs, lentilles), les fruits oléagineux (amandes, noisettes), le cacao.
Sodium Permet la transmission de l’influx nerveux qui aboutit à la contraction musculaire.  Sel, poissons, lait, certaines eaux.

 

Les oligo-éléments

Présents sous forme de traces dans l’organisme, les oligoéléments sont une forme particulière de minéraux, nécessaires à l’organisme, mais en très faible quantité.

Oligo-élément En quoi est-il utile à notre organisme? Sources d'apport
Fer Joue un rôle dans la composition de l’hémoglobine, et donc dans le transport de l’oxygène vers les organes, favorise la réponse immunitaire anti-infectieuse, la régulation de la température interne, la tolérance de l’organisme à l’effort et intervient dans l’élaboration des fonctions cognitives. Viandes, poissons, œufs, légumineuses, céréales.
Iode Sert à la synthèse des hormones thyroïdiennes, hormones du métabolisme essentielles à notre organisme dès la période intra-utérine : pendant la vie fœtale, le cerveau dont la croissance est rapide, en consomme énormément. Règle la croissance et la maturation cellulaire et participe aux grandes fonctions vitales : régulation de la température interne, équilibre des sucres et des lipides, synthèse des protéines. Poissons et fruits de mer.
Sélénium Anti-oxydant, intervient dans la régulation du métabolisme des hormones thyroïdiennes, aide l’organisme à éliminer les métaux lourds et les substances toxiques. Viandes, poissons, crustacés, abats, céréales et noix.
Zinc Nécessaire à plus de cent processus enzymatiques vitaux : synthèse de l’ADN, de l’ARN et de protéines. Renforce l'immunité, participe à la formation de l’os et intervient dans les fonctions cognitives et reproductives. Viande, fruits de mer (huîtres), germes de blé et de seigle, légumes secs, noix et thé.
Cuivre Agit sur certains enzymes anti-oxydants, intervient dans la minéralisation de l’os et dans la régulation des neurotransmetteurs. Abats, crustacés, légumineuses et céréales complètes.

 

La spiruline
spiruline

Il existe un complément alimentaire naturel et faible en calories, renfermant à la fois des vitamines, du fer, des protéines et des caroténoïdes. Il s’agit de la spiruline, une algue bleu-verte ainsi nommée en raison de sa forme spiralée. ll existe près de 1 500 espèces d'algues bleues, et 36 espèces de spiruline sont comestibles. La principale espèce actuellement offerte sur le marché est la Spirulina platensis et se présente généralement sous la forme de capsules ou d'une poudre bleu-vert déshydratée, que l’on peut mélanger avec des aliments. Plusieurs études ont démontré les vertus de la spiruline : elle aurait des propriétés antioxydantes, anti-cancer, antidiabétiques et réduirait les taux de lipides sanguins. Par ailleurs, elle stimulerait le système immunitaire et est très recommandé pour les athlètes puisqu’elle améliore l’endurance sportive. Pour en savoir plus sur la spiruline, consultez notre article en cliquant ici !

 

Quels sont les risques ?

 

Les déficits en vitamines, minéraux et oligo-éléments peuvent être responsables d'une baisse de forme avec fatigue, vulnérabilité au stress, diminution de la concentration et des facultés intellectuelles, altérations de la peau, vieillissement prématuré mais aussi augmentation importante du risque cardio-vasculaire, d'une baisse des défenses immunitaires, d'un risque plus grand d'ostéoporose, etc. Il peut donc être bénéfique d’avoir recours à des compléments alimentaires à certaines périodes de l’année ou de la vie. Le mieux est tout de même de le faire en ayant l’avis de votre médecin, car une surconsommation peut s’avérer néfaste à long terme. Les compléments alimentaires étant accessibles en vente libre dans les pharmacies ou sur internet, la plupart des utilisateurs ont recourt à l'automédication. Le choix de ces produits est donc souvent inadapté aux besoins des consommateurs et cela peut s’avérer dangereux pour la santé. Par ailleurs, les compléments alimentaires contiennent généralement une forte concentration de minéraux, vitamines, plantes... Bien qu’ils soient nécessaires au bon fonctionnement de notre organisme, en excès, ils peuvent entrainer de graves pathologies comme l’ont démontré de nombreuses études scientifiques.

 

Risque de déception…

deceptionL’efficacité de ces produits a été mise en doute par une étude menée auprès de 189 personnes en surpoids et présentée en 2010 à l'International Congress on Obesity à Stockholm (Suède). Certaines de ces personnes avaient reçu un placebo, les autres un des 9 produits minceurs commercialisés sur le marché allemand contenant de la poudre de chou vert, de l’alginate de sodium, un extrait de Konjac, un extrait de haricot, des extraits de plantes, de la L-Carnitine, du guarana ou encore un complexe spécifique de fibres. Les participants ont perdu 1 à 2 kgs en 8 semaines de prise, mais cette perte n’a pas été significativement supérieure à ce qu’a perdu le groupe placebo (1,2 kg) ! Pour en savoir plus sur les dangers des régimes alimentaires, consulter notre article « Régime tout risque ».

 

Risques cardiaques

Une consommation excessive de compléments alimentaires est susceptible de provoquer des problèmes cardiovasculaires, en particulier ceux vendus sur internet. En effet, en 2009, des chercheurs[1] ont découvert qu’une grande partie des compléments alimentaires destinés à perdre du poids vendus sur internet contenait des substances issues de plantes pouvant provoquer des arythmies cardiaques. Au total, 12 produits vendus sur internet ont été analysés. A raison de 7 à 8 ingrédients en moyenne par produit, cela a représenté une soixantaine de substances à décrypter. Tous les compléments avaient dans leur composition des ingrédients reconnus par les médecins comme ayant un effet cardiaque. Parmi eux, 11 auraient justifié des mises en garde pour avoir été à l’origine de complications cardiaques ou même des décès et 8 contenaient plus d’un ingrédient à risque cardiaque avéré. Pour autant, aucun de ces compléments alimentaires n’alertait les consommateurs de tels effets secondaires.

Ces résultats ont été confirmés par une autre étude ayant montré que les coupe-faims pour maigrir, la sibutramine, augmente le risque de crise cardiaque et d'accident vasculaire cérébral (AVC) non mortels tout en ayant une efficacité très modeste. Au total, 10 744 personnes obèses ou en surpoids et présentant des problèmes cardiaques ont participé à cette étude. Ils ont ensuite été divisés en 2 groupes : l’un a pris de la sibutramine pendant 6 semaines et l’autre un placebo. Les scientifiques ont alors constaté que le premier groupe présentait un risque accru d'infarctus du myocarde par rapport au second groupe.

Une étude[2], s’intéressant uniquement aux extraits d’éphédra, a montré que cette substance présente dans les brûleurs de graisse pouvait entrainer des troubles du rythme cardiaque, des infarctus ou des morts subites ainsi que des accidents vasculaires cérébraux. Mais les produits minceurs ne sont pas les seuls compléments alimentaires incriminés... Une étude[3] de 2011 menée auprès de 132 000 patients a montré qu’un excès de vitamine D dans le sang pouvait multiplier le risque de fibrillation auriculaire par 2,5. La fibrillation auriculaire est un trouble de synchronisation des fibres musculaires des oreillettes du cœur qui perturbe le rythme cardiaque. 

Elle multiplie par deux le risque de décès.

La même année, une autre étude[4] accusait cette fois-ci l’excès de calcium d’être mauvais pour le cœur. Les chercheurs ont constaté que les personnes qui prenaient un supplément de calcium, avec ou non de la vitamine D, voyaient leur risque relatif d’avoir un infarctus ou un AVC augmenter de 16 %. Si l’on ne tient compte que du risque de subir un infarctus, cette proportion s’élève à 21 %.

Le même groupe de chercheurs avait déjà donné l’alerte en 2010 en publiant les résultats d’une autre étude[5]. On leur avait alors reproché de ne pas avoir tenu compte des études menées auprès de femmes qui prenaient du calcium en association avec de la vitamine D. Cette fois, ils ont repris l’analyse en incluant d’autres essais cliniques et en compilant séparément les résultats chez les femmes qui prenaient seulement du calcium et chez celles qui prenaient également de la vitamine D. Ils sont arrivés à la même conclusion.

 

Risques de mortalité

synthesecomplalimmortaliteSelon plusieurs études une consommation abondante de compléments alimentaires serait associée à un risque de mortalité plus élevé. Une étude[6] parue en 2011 a montré que le fait de consommer des compléments alimentaires, et plus particulièrement des multivitamines, de l’acide folique, du fer et du cuivre entre autres, augmente le risque de décès chez les femmes les plus âgées. Les chercheurs ont analysé les données recueillies auprès de 38 772 femmes âgées (âge moyen 61,6 ans) ayant déclaré avoir utilisé des compléments alimentaires en 1986, 1997 et 2004. En 1986, 62,7% des femmes ont déclaré prendre au moins un complément alimentaire par jour et la consommation a augmenté puisqu’elles étaient 75,1% en 1997 et 85,1% en 2004. Les auteurs ont constaté que l’utilisation de la plupart des compléments alimentaires est associée à une augmentation du risque de mortalité. Les augmentations de mortalité les plus importantes sont liées aux compléments alimentaires à base de fer.

Ces résultats ont confirmé les conclusions d’une autre étude[7] de 2004 incluant 170 000 personnes. En analysant les données de 14 études, les chercheurs ont montré que la plupart des antioxydants les plus classiques : betacarotène, vitamine A, C, E et sélénium pouvaient être dangereux. Dans sept des études sélectionnées (soit plus de 130 000 personnes), la supplémentation augmentait la mortalité de 6 %. Les associations betacarotène/vitamine A et Betacarotène/vitamine seraient les plus néfastes car elles augmenteraient fortement les risques.

 

Risques de cancers

Les compléments alimentaires sont également mis en cause dans l’apparition de cancer. Selon une étude[8] de l’Université de Caroline du Nord, l’utilisation à long terme de bêta-carotène, et d’autres suppléments alimentaires contenant des caroténoïdes, pourrait augmenter le risque de cancer du poumon, plus spécialement chez les fumeurs. A l’aide d’un questionnaire, les chercheurs ont évalué la consommation de suppléments alimentaires de 77 000 américains sur 10 ans. Ils ont ensuite comparé les résultats aux données tirées du registre du cancer du SEER (Surveillance, Epidemiology and End Results) afin de connaître les taux de cancer du poumon parmi ceux-ci. Ils ont alors constaté que certaines personnes, spécialement les fumeurs, qui prenaient des suppléments alimentaires contenant ces éléments nutritifs, avaient des risques plus élevés de développer un cancer du poumon que la population en général. Une autre étude[9] baptisée Select («Essais de prévention du cancer par le sélénium et la vitamine E»), a consisté à suivre, depuis 2001, plus de 35 500 hommes issus de trois pays (États-Unis, Canada, Porto Rico). Les participants ont été divisés en deux groupes : le premier prenait un placebo tandis que le second prenait des compléments en vitamines E. Dans le groupe sous placebo les auteurs ont noté 529 cancers de la prostate contre 620 dans le groupe prenant de la vitamine E, soit une augmentation du risque de 17 % !

Les auteurs d’une étude[10] publiée en 2006 et réalisée également sur la vitamine E sont arrivés aux mêmes résultats. Pendant 9 ans, ils ont suivi 540 patients atteints de cancer et ont constaté que le taux de mortalité est plus élevé chez les personnes ayant pris de la vitamine E que chez les personnes ayant pris un placebo.

Les compléments alimentaires auraient non seulement un impact sur le cancer mais aussi sur son traitement. En 2008, une étude[11] a en effet démontré que les compléments de vitamines C réduiraient l'efficacité thérapeutique des chimiothérapies. Pour arriver à une telle conclusion, les chercheurs ont testé en laboratoire une importante variété de médicaments de chimiothérapie. Il a ainsi pu observer que tous les médicaments testés sont moins efficaces quand les cellules ont été prétraitées avec de la vitamine C. Les anticancéreux ont détruit de 30 à 70 % moins de cellules prétraitées que de cellules non traitées. Ces résultats ont ensuite été vérifiés en implantant des cellules cancéreuses chez des souris. Le constat a été le suivant : les tumeurs se développent plus rapidement chez des animaux sur lesquels ont été greffées des cellules cancéreuses prétraitées avec de la vitamine C.

Mais selon Mechta-Grigoriou, directeur de recherche à l'Inserm et chef de l'équipe stress et cancer à l'Institut Curie, il s'agit d'une analyse «très préliminaire» qui ne permet en rien de dire l'impact qu'aura la vitamine C sur les effets thérapeutiques des anticancéreux. Ces résultats méritent d'être analysés plus avant et confirmés.

 

Risques de problèmes osseux

D’après une étude[12] suédoise menée sur plus de 2 300 hommes âgés de 49 à 51 ans un apport trop important en vitamine A peut augmenter le risque de fracture de la hanche. Chez les participants, les auteurs ont enregistré au total 266 fractures. En étudiant les différents paramètres susceptibles d'intervenir dans le risque de fracture osseuse, ils ont constaté une fréquence fracturaire bien plus élevée, et plus particulièrement au niveau de la hanche, parmi les personnes ayant les taux sanguins de vitamine A les plus importants.

Risques pour les reins

reinscomplalimEn 2012, l’UFC-Que choisir a mené une étude sur les compléments alimentaires à base de riz rouge destinés à faire baisser le taux de cholestérol. Après avoir analysé 10 levures de riz rouge vendues en pharmacie, parapharmacie et sur Internet, l’association de consommateur a constaté que ces « pilules magiques » sont au mieux inutiles, au pire dangereuses, et dans tous les cas muettes sur les précautions d’emploi et les effets secondaires. Ces compléments alimentaires contiennent des substances thérapeutiques dont la principale d’entre elles, la monacoline K, a pour effet de diminuer la production de cholestérol par l’organisme. Alors que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), n’autorise à communiquer sur la baisse du cholestérol qu’au-dessus de 10 milligrammes de monacoline K par jour, 8 produits sur 10 présentaient des teneurs inférieures. En moyenne, ces 8 produits ne contiennent qu'à peine le tiers de la dose minimale requise pour avoir un véritable effet. Ces produits vantent donc à tort leur effet sur le cholestérol. Pour les deux autres produits restants qui contiennent des doses supérieures à 10 mg/j, on entre alors dansl’univers des médicaments nécessitant une prescription, car cette dose de 10 milligrammes par jour est une dose thérapeutique. Un suivi médical d'autant plus nécessaire que l'UFC Que Choisir a détecté dans deux autres compléments la présence de toxines potentiellement dangereuses pour les reins. De plus, elle constate qu’aucun avertissement concernant les effets secondaires potentiels n’est mentionné sur la plupart de ces compléments alimentaires. Ceci est d’autant plus grave qu’il existe des contre-indications pour les femmes enceintes, des interactions possibles avec d’autres anticholestérols et des effets indésirables possibles sur les muscles. En savoir plus...

 

Comment connaitre les effets indésirables des compléments alimentaires ?

 

En 2009, l’Anses a mis en place un dispositif de vigilance destiné aux professionnels de santé pour informer leurs patients sur les effets indésirables des compléments alimentaires. Après une phase pilote de vigilance sur les compléments alimentaires en 2009 et 2010, l'Anses a étendu ce dispositif à l'ensemble des produits :

- les compléments alimentaires

- les aliments ou les boissons enrichis en substances à but nutritionnel ou physiologique (vitamines, minéraux, acides aminés, extraits de plantes,…)

- de nouveaux aliments et nouveaux ingrédients

- de produits destinés à l'alimentation de populations particulières (nourrissons, sportifs, patients souffrant d'intolérance alimentaire, …). 

Enfin, vous l’aurez compris, demandez l’avis de votre médecin. Vous éviterez ainsi de prendre des risques pour votre santé...Et rappelez-vous qu’une alimentation variée et équilibrée suffit la plupart du temps à apporter tous les nutriments nécessaires à notre organisme. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter notre synthèse sur l’alimentation "La santé est dans l'assiette" et télécharger notre petit guide de la bio alimentation !


Références bibliographiques :

[1] Nazeri A, Massumi A, Wilson JM, Frank CM, Bensler M, Cheng J, Saeed M, Rasekh A, Razavi M., Arrhythmogenicity of weight-loss supplements marketed on the Internet. Heart Rhythm. 2009 May;6(5):658-62.

[2] Andraws R, Chawla P, Brown DL., Cardiovascular effects of ephedra alkaloids: a comprehensive review. Prog Cardiovasc Dis. 2005 Jan-Feb;47(4):217-25.

[3] Etude présentée au congrès annuel de l’American Heart Association, à Orlando, en Floride le 16 novembre 2011.

[4] M. J. Bolland, A. Grey, A. Avenell, G. D. Gamble, I. R. Reid. Calcium supplements with or without vitamin D and risk of cardiovascular events: reanalysis of the Women's Health Initiative limited access dataset and meta-analysis. BMJ, 2011; 342

[5] Bolland MJ, Avenell A et al. Effect of calcium supplements on risk of myocardial infarction and cardiovascular events: meta-analysis, BMJ. 2010 Jul 29; 341:c3691.

[6] Mursu J, Robien K, Harnack LJ, Park K, Jacobs DR Jr., Dietary supplements and mortality rate in older women: the Iowa Women's Health Study. Arch Intern Med. 2011 Oct 10;171(18):1625-33.

[7] Bjelakovic G, Nikolova D, Simonetti RG, Gluud C., Antioxidant supplements for prevention of gastrointestinal cancers: a systematic review and meta-analysis. Lancet. 2004 Oct 2-8;364(9441):1219-28.

[8] Satia JA, Littman A, Slatore CG, Galanko JA, White E., Long-term use of beta-carotene, retinol, lycopene, and lutein supplements and lung cancer risk: results from the VITamins And Lifestyle (VITAL) study. Am J Epidemiol. 2009 Apr 1;169(7):815-28.

[9] Klein EA, Thompson IM Jr, Tangen CM, Crowley JJ, Lucia MS, Goodman PJ, Minasian LM, Ford LG, Parnes HL, Gaziano JM, Karp DD, Lieber MM, Walther PJ,Klotz L, Parsons JK, Chin JL, Darke AK, Lippman SM, Goodman GE, Meyskens FL Jr, Baker LH., Vitamin E and the risk of prostate cancer: the Selenium and Vitamin E Cancer Prevention Trial (SELECT), JAMA. 2011 Oct 12;306(14):1549-56.

[10] Bairati I, Meyer F, Jobin E, Gélinas M, Fortin A, Nabid A, Brochet F, Têtu B., Antioxidant vitamins supplementation and mortality: a randomized trial in head and neck cancer patients. Int J Cancer. 2006 Nov 1;119(9):2221-4.

[11] Heaney ML, Gardner JR, Karasavvas N, Golde DW, Scheinberg DA, Smith EA, O'Connor OA., Vitamin C antagonizes the cytotoxic effects of antineoplastic drugs. Cancer Res. 2008 Oct 1;68(19):8031-8.

[12] Michaëlsson K, Lithell H, Vessby B, Melhus H., Serum retinol levels and the risk of fracture, N Engl J Med. 2003 Jan 23;348(4):287-94.

Devenez Fan !

Twittez avec nous !