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Etude : le BPA, vers la découverte de nouveaux effets…

Écrit par J.Maherou Créé le lundi 28 avril 2014 13:49

vaisselle en plastiqueLe Bisphénol A (BPA), présent dans certains contenants alimentaires en plastique, est principalement connu pour perturber nos hormones et induire ainsi des troubles de la reproduction. Mais pour la première fois, une étude française vient d’expliquer pourquoi ce composé entraine aussi d’autres effets comme le diabète et l’obésité.

Le BPA est une substance que l’on retrouve un peu partout dans notre vie quotidienne : bouteilles, boites de conserve et en plastique et même tickets de caisse. Le problème, c’est qu’il est capable de migrer des contenants alimentaires vers la nourriture ou les boissons avec lesquels il est en contact. Un phénomène d’autant plus important lorsqu’on chauffe le produit avec son emballage.

Ce n’est plus un secret pour personne : le BPA est un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il interfère avec le système hormonal et induit ainsi des effets délétères sur l’organisme. On sait par exemple qu’il agit sur les récepteurs des œstrogènes, entrainant ainsi des troubles de la reproduction comme la baisse du nombre de spermatozoïdes, des malformations congénitales, la puberté précoce, etc.

De précédentes études ont également mis en évidence d’autres effets comme le diabète ou l’obésité. Jusque-là, on ne pouvait pas expliquer le lien entre le BPA et ces effets biologiques car ils sont moins clairement associés aux œstrogènes. Mais des chercheurs français de l’Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon, de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon et de l’Université Lyon, se sont intéressés de près au sujet et semblent avoir trouvé en partie une l’explication. Pour cela, ils ont utilisé le poisson-zèbre qu’ils ont exposé à 50 µg de BPA par kg de poids corporel par jour.

En 2011, ces mêmes chercheurs avaient montré qu’une telle exposition entrainait - ce sans recours aux récepteurs des œstrogènes - des malformations des otolithes, des petites structures minéralisées qui permettent aux animaux de réguler leur équilibre. L'équivalent de l'oreille interne chez l'homme.

Cette fois-ci, l’équipe a découvert l’existence d’un récepteur spécifique qui fait le lien entre BPA et otolithes : le récepteur ERRy (Estrogen-Related Receptor Gamma). Chez l’homme, il est impliqué dans la synthèse de glucose au niveau du foie et dans la réponse à l’insuline, ce qui pourrait expliquer les effets du BPA sur l’obésité et le diabète.

milk shake BPA

Les auteurs de cette étude ont constaté que le BPA a 1 000 fois plus d’affinité avec ce nouveau récepteur qu’avec celui des œstrogènes, ce qui suggère que même des doses faibles pourraient suffire à produire des effets délétères.

C’est la première fois qu’un autre récepteur que ceux des œstrogènes (considérés jusque-là comme les principales cibles du BPA) est associé à ce polluant. D’après les chercheurs, d’autres récepteurs fixant cette substance restent probablement à découvrir, comme ceux des hormones thyroïdiennes et de la testostérone. Les travaux à venir permettront peut-être également de déceler d’autres effets comme les problèmes d’audition, justement en lien avec les problèmes d’oreille interne chez le poisson-zèbre. Le BPA n’a donc pas fini de nous cacher des choses…

Interdit dans tous les contenants alimentaires à partir du 1er janvier 2015, il l’est déjà depuis 2013 dans ceux destinés aux enfants de moins de 3 ans. Mais par quoi est-il remplacé ? Par des alternatives comme le bisphénol S (BPS). Problème : il semblerait que lui aussi perturbe nos hormones et qu’il soit en plus toxique pour les milieux aquatiques. En savoir plus sur le BPS. D’ailleurs, selon cette étude, le BPS, ainsi que les autres dérivés des bisphénols, ont également une forte affinité avec le récepteur ERRy.

La substitution s’avère donc plus difficile qu’il n’y parait. Le BPA n’a pas fini de faire parler de lui…


 Références bibliographiques :

Tohmé M, Prud'homme SM, Boulahtouf A, Samarut E, Brunet F, Bernard L, Bourguet W, Gibert Y, Balaguer P, Laudet V., Estrogen-related receptor γ is an in vivo receptor of bisphenol A. FASEB J. 2014 Apr 17.  

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter nos synthèses scientifiques sur l'alimentation

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