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Les farines animales : un retour inquiétant

Écrit par J.Maherou Créé le mardi 28 mai 2013 14:47

Farines-AnimalesDepuis le 1er juin 2013, les farines animales sont de retour pour nourrir les poissons d’élevage. Mise en cause dans le scandale de la « vache folle », elles avaient été suite à cet épisode bannies. Mais alors pourquoi ce changement ? Ces nouvelles farines présentent-elles les mêmes risques ? Précisions sur cette poudre suspecte….


Les farines animales, le retour


protéines animales transformées

En février dernier, alors que le scandale de la viande de cheval était à son apogée, la Commission européenne votait tranquillement le retour des farines animales! A partir du 1er juin 2013 donc, les poissons d'élevage pourront être nourris grâce aux protéines animales transformées « PAT » - acronyme qui remplace le terme « farines » à la réputation un peu trop sulfureuse…. Il s’agira donc d'intégrer dans l'alimentation des truites, des daurades et des bars d'élevage, des farines issues de morceaux de porc et de volaille qui ne sont pas commercialisables à cause de leur malformation ou de leur aspect….. Mais l’UE ne s’arrête pas là ! L'utilisation des farines pour les volailles et les porcs devrait, elle être autorisée d’ici 2014. En revanche, l'interdiction pour les ruminants (bovins, ovins et caprins), serait maintenue, de même que les farines de ruminants à destination des animaux d'élevage non ruminants….

poissons délevageMais revenons à nos poissons ! Selon la Commission Européenne, cette décision améliorera la durabilité du secteur de l'aquaculture. En effet, avant, les poissons d’élevage étaient nourris avec des farines de poisson pêchés en mer. Mais c'est une ressource rare et peu durable : il faut entre trois et quatre kilos de poissons sauvages pour un kilo de poisson d'élevage. D’où un retour vers les farines animales…. D’après Françoise Médale, directrice de l'unité de recherche sur la nutrition des poissons à l'Inra, jeter des protéines saines pour les animaux alors que la demande est de plus en plus forte commençait à devenir absurde.

 

Pourquoi suscitent-elles des inquiétudes ?

troupeau vaches


Le retour des farines animales a choquée l’opinion publique. En effet, le souvenir de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), plus couramment appelée maladie de la vache folle, est encore vif dans les esprits. C’est d’ailleurs suite à cette crise sanitaire, en 1997 que l’utilisation des farines animales pour les ruminants avait été prohibée au sein de l’UE. L'interdiction avait été étendue en 2001 aux aliments pour tous les animaux de consommation, dont les poissons….


Qu’est-ce que la vache folle ?

inserm-ESBL'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), est une infection mortelle qui touche les bovins. Elle appartient à un groupe de maladies appelées encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles (ESST), qui affectent le cerveau et le système nerveux des êtres humains et des animaux. Ces maladies sont caractérisées par une dégénérescence des tissus cérébraux qui donne au cerveau l’aspect d’une éponge, d'où le terme de "spongiforme". Diagnostiquée pour la première fois en Grande Bretagne en 1986, cette maladie a d’abord touché les bovins au niveau européen, pour devenir ensuite un problème au niveau mondial.


A quoi est-elle due ?

Cette maladie est due à des agents infectieux appelés « agents transmissibles non conventionnels (ATNC) » ou « prions pathogènes », une forme anormale d’une protéine. Celle-ci aurait la capacité de se multiplier dans les cellules nerveuses, entraînant leur destruction.


Quels sont les symptômes ?

Cette maladie se caractérise par des modifications du comportement et des troubles locomoteurs (difficultés à se déplacer) évoluant très lentement vers la mort. Les animaux touchés commencent parvaches farines devenir nerveux, anxieux, craintifs voire agressifs. Ils ont tendance à s'isoler du troupeau, et ont une démarche hésitante, vacillante, accompagnée de tremblements. D'autres anomalies peuvent être constatées comme les mouvements fréquents de l'oreille, le grattage de la tête avec le membre postérieur, la perte de poids ou la diminution de la production de lait. Après l'apparition des symptômes, l’état général des animaux se détériorent et la mort survient au bout de six à huit semaines. Il n'existe actuellement pas de moyens pratiques de diagnostic des bêtes infectées pendant la phase d'incubation (période entre la contamination et l'apparition des premiers symptômes), qui peut durer quelques années. Seul un examen du tissu nerveux cérébral d'un bovin suspect permet de s'assurer avec certitude de la présence de la maladie. Le diagnostic ne peut donc être établi qu’après la mort de l’animal. Cette maladie est toujours fatale et aucun traitement thérapeutique n’existe encore à ce jour. L’ESB a pu être transmise à l’homme sous la forme d’une nouvelle variante de Creuzfeldt-Jakob (nvMCJ).


Retour sur un scandale sanitaire

grande bretagneTout commence en 1985. Cette année-là, le laboratoire vétérinaire du secrétariat d’Etat britannique de l’Agriculture identifie, dans un élevage du Surrey au Royaume-Uni, une vache présentant des symptômes neurologiques atypiques. La maladie est officiellement diagnostiquée comme un cas ESB en novembre 1986. Le nombre de bovins atteint évolue ensuite de façon spectaculaire au Royaume-Uni. Suite à cela, le gouvernement britannique annonce que tous les bovins atteints d'ESB seront abattus et détruits à titre préventif et décide d'interdire de nourrir les bovins avec des farines d'origine animale. En revanche, les exportations de ces mêmes farines sont toujours autorisées, sauf pour l’Australie. Quant à la France, elle soumet l’ESB à déclaration obligatoire sur son territoire en juillet 1990, et interdit l'utilisation des farines de viandes dans l'alimentation des bovins. Malgré cette décision, le premier cas de vache folle est recensé dans l’hexagone en 1991 en Bretagne. On décide alors d'abattre tout le troupeau, lorsqu’un animal est atteint.

En 1993, au Royaume-Uni, le nombre de cas atteint un maximum avec près de 800 bovins identifiés par semaine. En 1994, l'Union Européenne interdit elle-aussi l’utilisationmoutons de farines animales dans l’alimentation des ruminants. Pendant ce temps, au Royaume-Uni, on apprend que 10 personnes sont atteintes par une nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, une maladie neuro-dégénérative qui appartient au même groupe que l’ESB. Huit d’entre eux décèdent. Le gouvernement britannique évoque alors la possibilité du franchissement de la barrière d’espèces par la transmission de l’ESB à l’homme sous la forme d’une nouvelle variante de Creuzfeldt-Jakob (nvMCJ). Reprise par tous les médias, cette annonce provoque la panique dans toute l’Europe. L’UE interdit alors l’importation de tous les bovins et leurs produits dérivés (semence, gélatine, embryons) en provenance du Royaume-Uni. En 1997, la France interdit l'emploi de toutes les protéines animales (cadavres d'animaux, saisies d'abattoirs et du système nerveux central des ruminants : cervelle, moelle épinière, yeux), à l'exception des protéines laitières, dans l'alimentation des ruminants. En 2001, l'interdiction est étendue aux aliments pour tous les animaux de consommation, dont les poissons, les porcs et les volailles. Aujourd’hui, la vache folle est entrée dans sa « phase finale » en Europe, elle est donc pratiquement éradiquée dans le cheptel bovin.


Comment en est-on arrivé là ?

farine-animaleDès 1987, soit un an après l’identification de la maladie, les études épidémiologiques suggèrent que les agents infectieux responsables de la maladie de la vache folle se transmettaient par l'intermédiaire de farines de viande et d'os (FVO) contaminées introduites dans l'alimentation des bovins. La concentration de prions pathogènes dans les aliments et leur passage d’une bête à l’autre auraient été favorisés par la diminution de la température de chauffage des farines. En effet, initialement, la fabrication de ces farines était réalisée avec un procédé utilisant des hautes températures de stérilisation et une étape d'extraction des graisses par solvants organiques. Mais en 1981, les températures de stérilisation ont été abaissées et l'étape de l'extraction des graisses par solvants a été éliminée par souci de rentabilité économique et nutritionnelle. Ces modifications de process auraient entraîné une augmentation de la contamination des farines distribuées aux bovins. Cela aurait alors permis au prion pathogène de franchir la barrière d'espèce et de provoquer l'apparition de l'ESB dans le cheptel bovin britannique. Les agents pathogènes ont ainsi été transmis aux humains par la consommation de viande contaminée.

Cependant, deux hypothèses complémentaires ont été émises pour expliquer l’apparition de l’ESB en Grande-Bretagne. La première suggère que la maladie résulte d'une infection due à un prion faiblement présent dans la population bovine. Mais le recyclage à grande échelle des carcasses bovines dans la production de farines animales, associé aux modifications du procédé de fabrication, aurait alors conduit àmouche vache l'amplification de la maladie et débouché sur l'épidémie que l’on connait.

Quant à la deuxième hypothèse, elle met en cause l’utilisation des pesticides organophosphorés au Royaume-Uni. Dans ce pays, entre 1981 et 1991 de fortes doses de phtalimide contenu dans le phosmet, un insecticide puissant, ont été utilisées afin d'éliminer des mouches parasites. Cet insecticide aurait induit une modification de la protéine prion conduisant ainsi à la maladie….


Y-a-t-il des différences entre les nouvelles et les anciennes farines ?


Les farines que la Commission européenne autorise ne sont pas exactement les mêmes que celles produites jusque dans les années 1990 pour nourrir poissons, poules ou mammifères d'élevage. A l'époque, elles étaient fabriquées à base d'animaux morts et de carcasses de bêtes saines ou malades. Désormais seules les farines de catégorie 3, c'est-à-dire fabriquées qu'à partir de produits d'abattage propres à la consommation humaine seront autorisées. Il s’agirait donc d’animaux sains dont on aurait éliminé tous les tissus pouvant représenter des risques….. A priori, les nouvelles farines ne présenteraient donc pas le même danger que les anciennes….

volaillesAutre différence : il n’y aura pas de recyclage inter-espèces. D’après la Commission européenne, tant que les animaux ne sont pas nourris avec des farines issues de leur propre espèce - ce qui se pratiquait auparavant – il n’y aurait pas de risque…. La réintroduction des farines est donc conforme aux avis scientifiques les plus récents selon lesquels le risque de transmission d'ESB entre animaux non ruminants est négligeable… En effet, la maladie de la vache folle est apparue, car des vaches ont mangé des vaches. Une sombre affaire de cannibalisme donc ! Mais, aujourd’hui, (qu’on se rassure), le cannibalisme est banni : les volailles ne seront pas nourris avec des farines de volailles mais avec des farines de porc, et inversement.

Par ailleurs, les ruminants, bœufs mais aussi moutons et chèvres, ne seront pas transformés en farine et n’en consommeront pas…. Les farines seront uniquement faites à base de porcs ou de volailles.

 

L’avis du gouvernement français


gouvernement France

Lors du Salon de l’Agriculture de 2013, François Hollande a assuré que la France ne réintroduirait pas les farines animales dans l'alimentation d'élevage malgré leur retour au niveau européen. Les poissons français seront nourris de manière traditionnelle. Delphine Batho, la ministre de l'écologie, a également déploré cette décision. Elle estime que cela n’est pas dans la logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons…. Pour elle, il s'agit de la même logique d'absurdité financière que pour la viande de cheval dans les lasagnes.

Elle a donc proposé la création d’un label "sans farine animale" pour avertir les consommateurs français que « le poisson qu’ils achètent n'a pas été nourri avec de la viande » !

 

Pour conclure…


Selon la Commission Européenne, les farines autorisées ne présentent aucun risque, car elles sont différentes de celles d’il y a 15 ans…. Oui, mais à condition que toutes les mesures de précaution dans la fabrication, l’acheminement des farines ainsi que la traçabilité soient bien respectées…. Après le scandale de la viande de cheval qui a secoué l’Europe il y a quelques mois, il est tout de même permis d’en douter…

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