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Le panga : un poisson pourri?

Écrit par Jennifer Maherou Créé le mardi 28 août 2012 12:48

pangaEnviron deux fois moins cher que le filet de sole ou de cabillaud, le panga suscite un grand intérêt auprès des consommateurs. Depuis les années 2000, le filet de panga rencontre ainsi un vif succès sur les étals des poissonneries et dans les hypermarchés. Toutefois, ses conditions d’élevage et d’importation suscitent la polémique. En effet, le panga est le produit d’une culture industrielle intensive au Vietnam et serait bourré de produits toxiques… Alors si vous êtes tenté par ce poisson, voici quelques informations qui devraient vous faire changer d’avis…

Caractéristiques du Panga

panga filetSignifiant « force » en Morée, le panga, diminutif de son nom scientifique « pangasius », ou encore poisson-chat est un poisson d’eau douce provenant du delta du Mékong, au Vietnam. C’est un poisson à chair blanche, peu goûteux, sans arêtes et surtout, très bon marché (entre 7 et 12 € le kilo), ce qui en fait un poisson très populaire auprès de la clientèle occidentale. Supportant une densité d'élevage record, et grandissant très vite, il a permis à toute une industrie de naître au cours des dix dernières années. Vendu sous forme de filet, le panga a rempli progressivement les étals de nos poissonneries. Certains restaurateurs le proposent même sur leur carte et un certain nombre de recettes au panga sont disponibles...

Comment ce poisson est-il élevé ?

Face à la disparition de certaines espèces de poissons telles que les thons rouges ou les merlus, il a fallu découvrir de nouveaux poissons aux prix les pluselevage panga attractifs possibles. C’est la raison pour laquelle les vietnamiens se sont intéressés au panga, désormais produit à l’échelle industrielle dans le delta du Mékong. Les petits éleveurs possèdent des cages artificielles dans lesquelles sont rassemblés des pangas par milliers tandis que les plus gros éleveurs creusent de grands étangs pour y abriter environ 250 000 pangas. Là, ils sont nourris jusqu’à l’âge de six mois environ. Une fois le gavage terminé, les fermiers n’ont plus qu’à relever leurs filets de plusieurs tonnes de poissons. Le panga est ensuite transporté vers une usine de transformation où il est débarrassé de ses arrêtes, de la graisse et de la peau puis découpé en filet par des ouvriers chinois payés au rendement. Une fois congelé, il est envoyé en avion vers l'Europe. Le Vietnam a produit plus de 95% des pangas sur le marché mondial en 2010-2011, soit 1,5 million de tonnes par an. Sur les 10 premiers mois de l'année 2010, ce pays en a exporté plus de 500 000 tonnes, vers 124 pays et territoires.

Pourquoi s’en méfier ?

Les hormones féminines : un recours pour une reproduction accélérée

Il y a encore 15 ans, les Vietnamiens ne savaient pas comme faire reproduire le panga en captivité. En effet, pour se reproduire, ce poisson doit remonter le Mékong jusqu’au Cambodge, où il est né. Difficile donc pour les femelles de pondre leurs œufs en captivité. Les éleveurs ont alors recours à une technique très spéciale : injecter de l’urine déshydratée de femmes enceintes dans laquelle se trouve une hormone, la HCG (Human Chorionic Gonadotropin). Cette hormone, sécrétée par toutes les femmes enceintes peu avant la naissance de leur bébé, permet de déclencher l’accouchement. Injectées par une seringue aux femelles panga, cette hormone va donc stimuler la ponte des œufs. Ainsi, elles se délestent d’environ 500 000 alevins par ponte contre 2 000 dans la nature. Autre ‘’avantage’’ de cette hormone : les Vietnamiens peuvent provoquer la ponte toute l’année alors qu’à l’état sauvage, les pangas ne pondent qu’entre avril et novembre. C’est notamment grâce à cette technique que la production de pangas a considérablement augmenté depuis une décennie…

Leur nourriture

panga nourriturePour que les pangas grossissent le plus vite possible, les éleveurs les nourrissent au maximum, et plus particulièrement lorsque la marée monte et descend. En effet, c’est à ce moment-là qu’il y a le plus d’oxygène dans l’eau, les poissons mangent donc d’avantage. La principale nourriture du panga d’élevage est constituée principalement de farine de poissons, autrement dit, de cadavres de poissons broyés et déshydratés. Importées du Pérou, ces farines sont mélangées à des vitamines, du son de riz, du manioc du Vietnam et des résidus de soja d’Amérique, le tout cuit à très haute température. Ces aliments bourrés de protéines et provenant de l’autre côté de la Terre, n’offrent aucune traçabilité sérieuse et sont bien loin d’être similaires à ce que le panga absorbe à l’état sauvage… Gavé avec cette nourriture, en six moins, le panga pèse déjà 1,5 kg et grossit 4 fois plus vite que dans la nature…

Le Mékong, un fleuve trop pollué…mekong

Traversant l’Asie du Tibet au Cambodge, le Mékong est le 4ème fleuve de ce continent. Mais entre le déversement des eaux usées et les divers systèmes de drainages, c’est aussi l’un des fleuves les plus pollué de la planète. Les pangas sont infectés, à hauts niveaux, de bactéries, de pesticides comme le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) et de résidus industriels toxiques et dangereux tels que les métaux lourds (arsenic), les PCB ou de hexachlorobenzène (HCB).

Bourrés d’hormones, de pesticides, de métaux lourds et gavés avec des aliments qui laissent à désirer, le panga est soumis à un traitement de choc. En manger nous expose donc à un réel risque pour la santé. Autre problème de taille : entre le transport en avion vers l’Europe et la nourriture importée du Pérou, ce poisson possède une empreinte écologique très importante et contribue donc fortement au réchauffement climatique. Pourtant, ces poissons sont vendus en quantité industrielle en Europe. Alors même s’il semble attractif, notamment en raison de son prix, le mieux, c’est d’éviter d’en consommer…

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