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De l’eau dans le gaz pour le schiste?

Écrit par J.Maherou, S. Norest & L.Ferrer Créé le vendredi 19 septembre 2014 07:35

schiste gazLe gaz de schiste est un gaz naturel, emprisonné dans les roches schisteuses. Grâce à de nouvelles techniques d’extraction apparues dans les années 2000, les industriels exploitent à grande échelle cette ressource. Le gaz de schiste pourrait ainsi représenter la moitié de la production de gaz naturel en Amérique du Nord d’ici 2020. En France, les permis de recherche se multiplient. Pourtant, cette industrie qui utilise des substances toxiques pollue sans compter que ça soit les nappes d’eau souterraines ou encore l’air ambiant.

Quelles sont les techniques d’extraction utilisées ? Quels sont les risques pour la santé ? Quelle est la situation en France et à l’étranger ? L'ASEF fait le point sur l'industrie du gaz de schiste.

 

 

Qu’est-ce qu’un gaz de schiste ?

 

roche de schisteLe gaz de schiste est un gaz naturel contenu dans des roches sédimentaires argileuses, situées entre 1 et 3 kilomètres de profondeur, qui sont à la fois compactes et imperméables. Il y est emprisonné en petite quantité et dispersé sur de grandes surfaces, dans un volume de roches conséquent. Ces gaz sont dits « non conventionnels » parce qu’ils ne peuvent être exploités avec les modes de production classiques comme le gaz naturel ou le pétrole, appelés gaz conventionnels. Contrairement à ces derniers qui ont une répartition géographique inégale (Russie, Iran, Qatar, Arabie Saoudite notamment), le gaz de schiste se trouve un peu partout sur terre, même s’ils s’avèrent plus difficiles à extraire…

 

 Quelles sont les techniques d’extraction utilisées ?

Le gaz de schiste étant piégé dans des roches très compactes et imperméables, sa production nécessite des techniques spécifiques : le forage vertical et la fracturation horizontal. Ces techniques ne sont pas inédites, mais leur utilisation conjointe est, elle, bien plus récente. Ces deux procédés sont en mesure de démultiplier les capacités d’extraction et de fournir des productions rentables, car le forage horizontal permet d’accéder à une plus large surface rocheuse, et ainsi d’augmenter la section productrice de chaque puits par rapport à un forage vertical.

Cette méthode consiste à fracturer la roche en injectant dans un puits 10 à 15 000 m3 d’eau à haute pression, du sable, et de nombreux produits chimiques (adjuvants, gélifiants, biocides, anticorrosifs,…).

L’eau va permettre d’ouvrir des fissures par lesquelles le gaz pourra s'écouler. Le sable, lui, en s'infiltrant dans ces fissures, empêche qu’elles ne se referment ultérieurement. Les additifs (environ 0,5 % de l'ensemble) sont essentiellement des substances bactéricides pour empêcher la contamination du réservoir par des bactéries provenant de la surface, des composés viscosifiants servant à maintenir le sable en suspension dans l'eau puis à le maintenir dans les fissures (composés dits tensioactifs).

Afin d’optimiser l’utilisation de la fracturation hydraulique et d’exploiter au mieux le potentiel du réservoir, on pratique aujourd’hui une dizaine de fracturations par puits.

Parvenu à la surface, le gaz est injecté dans un séparateur qui le dissocie de l'eau, puis de ses autres composants, notamment du dioxyde de carbone et des gaz à effet de serre, qui sont alors relâchés dans l'atmosphère.

schéma gaz de schiste

Technique d’extraction du gaz de schiste

 

Une autre technique est en train de voir le jour au Canada, il s’agit de la fracturation au propane, développée par la compagnie québécoise Pétrolia. Elle devrait être testée en 2014 pour extraire du pétrole de schiste sur l'île d'Anticosti, une île grande comme la Corse située dans le golfe du Saint-Laurent. Découvert en 2011, le gisement pourrait procurer à la compagnie 40 milliards de barils de pétrole de schiste. Mais comme la fracturation hydraulique, cette technique présente elle aussi des risques tels que ceux de l’explosion ou encore de la fuite de gaz. Du gaz pour extraire du pétrole de schiste… les groupes pétroliers et gaziers sont décidément pleins de ressources. En savoir plus sur cette technique…

 

Quels sont les impacts potentiels des gaz de schiste ?

 

Pollution de l’eau et des nappes phréatiques

Le principal problème de l’exploitation des gaz de schiste tient dans la consommation d’eau, mais aussi dans les risques de pollution.eau polluée

En effet, comme nous l’avons vu, la fracturation hydraulique requiert d’importantes quantités d’eau : 10 000 à 15 000 m3 d’eau, soit l’équivalent de 4 à 6 piscines olympiques par forage ou la consommation en eau pendant un mois d'une ville française de 1 500 habitants ! Cet usage fait craindre une nouvelle dégradation des ressources en eau.

Ensuite, une partie seulement de l’eau utilisée est récupérée (entre 50 et 80%) dans de vastes bassins de récupération et nécessite d’être traitée puisque les procédés d’exploitation utilisent ou rejettent, lors des opérations, plusieurs substances chimiques dont certaines ont un potentiel toxique reconnu. Selon un rapport[10] rédigé par la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine, l'exploitation du gaz de schiste a nécessité entre 2005 et 2009 l'utilisation de plus de 2 500 produits pour la fracturation hydraulique, contenant 750 substances chimiques, dont 29 sont connues pour être cancérigènes, ou suspectées ou présentant des risques pour la santé et l'environnement. Le rapport cite notamment le benzène, le toluène, le xylène et l'éthylbenzène, connus sous le sigle BTEX. Au total, les compagnies auraient injecté 43 millions de litres de produits contenant au moins un BTEX sur une période de cinq ans.

Selon plusieurs études[1] récentes, on retrouve également dans les eaux de reflux d’exploitations de gaz de schiste plusieurs composés classés cancérogènes : cobalt (classe 2B), cadmium (classe 1), plomb (classe 2B), nickel (classe 2B). Ont également été retrouvés dans les eaux de fracturation certains composés comme le baryum, le benzène, les chlorures, l’éthyle benzène, le strontium, le toluène, les solides totaux dissous et le xylène.

Mais le traitement des eaux récupérées peut s’avérer complexe et coûteux car cela nécessiterait d’adapter les capacités des stations d’épuration à ce type d’effluent.

En ce qui concerne les nappes phréatiques, les défenseurs de la fraction hydraulique affirment que cette technique est sans danger car les gisements gaziers se trouvent beaucoup plus bas dans le sol que les réserves en eau. Mais une étude[2] réalisée sur la base de 426 prélèvements d'eau effectués dans le nord-est de la Pennsylvanie, par des chercheurs de l'Université de Duke conclut qu'il existe un lien entre les dépôts de gaz de schiste situés à 1 600 mètres de profondeur et les nappes phréatiques. Les chercheurs n'ont constaté aucune contamination provenant directement des activités de fracturation, mais la présence de hauts niveaux de salinité permet de conclure à l'existence de passages naturels potentiellement dangereux. En effet, des conduits naturels permettraient au gaz et aux sels de migrer en direction d'aquifères peu profonds. Les réserves d'eau potable du nord-est de la Pennsylvanie risquent d'être contaminées par des gaz s'échappant des puits d'exploitation des gaz de schiste.

Le risque de pollution des nappes phréatiques peut également provenir d’une fuite dans le sous-sol ou d’une rupture de la tête d’un puits ou d’une canalisation qui laisserait s’échapper le gaz et des produits chimiques. Ces fuites pourraient entrainer une pollution aquatique de l’eau de surface, ainsi que de la nappe phréatique. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est produit en avril 2011, en Pennsylvanie aux Etats-Unis : des milliers de litres d'eaux usées de forage se sont échappés d'un puits de gaz de schiste à la suite d'une explosion.

 

Pollution de l’air

pollution de lairOutre la pollution de l’eau, les techniques d’extraction des gaz de schiste ont aussi un impact sur l’atmosphère. Tout d’abord, parce que les eaux de forages récupérées et stockées dans des bassins de récupération à ciel ouvert favorisent l’évaporation de composés organiques volatils (COV) qui entrent en contact avec l’air. Ces émissions entrainent une pollution chimique qui pourrait être dommageable pour la santé des populations riveraines au vue de ce qui a déjà été rapporté dans les zones de forage (troubles respiratoires, allergies, maux de tête, et décès prématurés chez le bétail).

Ce phénomène est renforcé par les émissions de diesel, d’oxyde de soufre (SOx), de particules (PM), d’oxydes d’azote (NOx) issues des camions présents sur le site, se déplaçant sur plusieurs centaines de kilomètres et produisant ainsi de l’ozone troposphérique. Chaque puits génèrerait entre 890 et 1 300 trajets de camions… Selon une étude[3] québécoise de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise par ces activités serait en moyenne de 4,1 millions de tonnes d’équivalent de CO2 par an, ce qui représente une hausse de 5 % des émissions actuelles au Québec.

L’extraction pourrait également générer des risques d’émissions de méthane, dont le pouvoir de réchauffement climatique est 25 fois plus important que le CO2. Une récente étude[12] a démontré que pendant la durée d’exploitation, 9% de la production totale de méthane du puits s’échapperait dans l’atmosphère, notamment en raison des fuites. En savoir plus…

D'après une étude[14] américaine, ces fuites seraient en majorité dues à des problèmes d'étanchéité des puits. En effet, sur les 8 pollutions mesurées dans les États du Texas et de Pennsylvanie, 7 sont liées à l'intégrité des puits et le huitième à une faille dans un puits provoquée par une erreur de forage. 

L’impact du gaz de schiste sur le réchauffement climatique serait ainsi supérieur à celui du charbon…

Le 7 septembre 2012, la commission Européenne a publié 3 rapports sur les effets potentiels de l’extraction des gaz de schiste.

Le premier rapport[7] porte sur l’impact potentiel des gaz de schiste sur le marché de l’énergie dans l’Union Européenne. Il montre que la production de gaz de schiste ne rendra pas l’Europe auto-suffisante pour le gaz naturel. Selon le scénario le plus favorable, le gaz de schiste permettrait de compenser le déclin de la production conventionnelle de gaz naturel à l’intérieur de l’Union, ce qui maintiendrait à terme les importations à hauteur de 50%. Ceci s’explique tout d’abord par le fait que le volume de gaz récupérable est incertain, mais aussi parce que la fracturation hydraulique nécessite de vastes étendues pour gérer le partage de l’eau et les déchets, respecter les zones protégées, restreindre le bruit et l’impact visuel des puits, rendre l’exploitation compatible avec les zones habitées etc. Chaque zone de forage (soit environ une dizaine de puits par zone) s’étend sur 3,6 hectares : deux fois plus que pour un forage conventionnel !

Le deuxième rapport[8] concerne les risques potentiels de la fracturation hydraulique pour l’environnement et la santé humaine. Il révèle que, globalement, l’extraction du gaz de schiste impose une empreinte écologique plus importante que les gaz conventionnels. Les chercheurs ont jugé les risques trop élevés pour la santé et l’environnement. Ces risques sont liés à la contamination des eaux souterraines, à la pollution de l’air, au bruit, à l’occupation des terres, à la perte de la biodiversité, mais surtout à l’appauvrissement des ressources en eau.

Le troisième rapport[9], qui examine les impacts climatiques d’une exploitation des gaz de schiste, a montré que le gaz de schiste produit dans l'UE entraînerait des émissions de gaz à effet de serre plus importantes que le gaz naturel classique. Cependant, si la production est bien gérée, elle engendrerait moins de gaz à effet de serre que le gaz importé de l'extérieur de l'UE, que ce soit par gazoduc ou par méthanier en raison de l'impact sur les émissions provenant du transport de gaz à longue distance.

En novembre 2012, une étude[11] dressant un panorama des gaz s’échappant des puits stimulés par la fracturation hydraulique. Pendant un an, les scientifiques ont analysé l’air autour de 16 puits situés dans le Colorado, tout au long des cycles de forage, de fracturation et d’exploitation. Les puits sont situés dans une région désertique, loin des pollutions urbaines et des émissions d’hydrocarbures des végétaux, comme l’isoprène. Les résultats ont montré de fortes concentrations de gaz que l’on trouve habituellement sur des plates-formes de forage : méthane, éthane, propane et quelques autres alcanes. Les auteurs affirment avoir également mesuré des émissions d’une cinquantaine d’hydrocarbures non méthaniques, dont 35 sont réputés être des perturbateurs endocriniens ou avoir des effets sur le système nerveux.

 

Les budgets publics

Compte tenu des nombreuses infrastructures et de la quantité d’eau nécessaire, l’exploitation du gaz de schiste a un coût élevé, notamment pour les contribuables.

Le rapport québécois de l’IRIS a analysé l’impact sur les budgets publics de la mise en œuvre de la politique d’exploitation du gaz de schiste. Au Québec, les recettes fiscales générées par les activités gazières seraient loin de couvrir l’ensemble des dépenses publiques nécessaires à la construction de stations d’épuration, à la mise au gabarit des réseaux routiers ou encore au système de crédit d’impôt dont peut bénéficier la filière. Le déficit pour les pouvoirs publics serait de 50 M$ (36,5 M€) par an ! D’après les auteurs de ce rapport, contrairement à ce que prétendent les promoteurs de l’industrie du gaz de schiste, l’ensemble des coûts environnementaux, énergétiques et financiers actuels et futurs de cette industrie dépasseront largement les maigres bénéfices qu’en tirera la population du Québec.

 

Et la santé dans tout ça ?

 

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Pour le moment, nous manquons de recul pour évaluer les risques potentiels de l’exploitation des gaz de schiste sur la santé. Néanmoins, une étude[13] publiée en 2014 a montré que vivre à proximité des gaz de schiste pourrait augmenter le risque de malformations cardiaques chez les bébés. Les chercheurs ont pris en compte 124 842 naissances enregistrées dans cet état entre 1996 et 2009 et ont relevé les différents cas de malformations cardiaques congénitales, d’anomalies du tube neural (ATN), de malformations buccales (bec de lièvre), de naissances prématurées et de faible poids à la naissance. Ils ont ensuite noté le lieu de résidence de chaque future mère ainsi que l'ensemble des puits de gaz naturel – gaz de schiste ou gaz conventionnel – présents dans un rayon de 15 km. En modélisant l'exposition de chaque future mère pendant leur grossesse aux différents gaz qui s’échappent des puits (méthane, benzène, toluène, xylène, etc.), les scientifiques ont pu diviser les participantes en quatre groupes : les non exposées, les moins exposées, les plus fortement exposées et celles ayant été moyennement exposées. Les chercheurs ont alors constaté une association significative entre les malformations congénitales cardiaques et la présence de puits : dans le groupe le plus exposé, 18 naissances sur 1 000 présentent une malformation de ce type, contre 13 naissances sur 1 000 dans le cas où aucun puits ne se trouve à moins de 15 km du domicile, soit un risque augmenté de 30%.D’après les auteurs de cette étude, il semblerait que ces effets soient dus aux gaz qui s’échapperaient des puits. Ils sont suspectés d’être tératogènes, c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer un développement anormal de l'embryon, conduisant à des malformations. Ces substances, notamment le benzène, sont donc très néfastes pour les femmes enceintes. En savoir plus...

 

Des situations différentes dans chaque pays

 

La situation en France

La France dispose aujourd’hui d’une soixantaine de gisements pétroliers et gaziers en production, principalement dans le bassin aquitain et dans le bassin parisien mais leur production représente aujourd’hui 1 à 2% de la consommation nationale, cette part ayant tendance à décroître. Nous importons donc plus de 9 milliards d’euros de gaz naturel provenant principalement de gisements de Norvège, de Russie, des Pays-Bas et d’Algérie. Ils arrivent en France par gazoducs ou par méthaniers. Par ailleurs, malgré la politique publique en matière d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables (qui produisent essentiellement de l’électricité), nos besoins en hydrocarbures sont encore importants et ne devraient pas cesser d’augmenter. Les pouvoirs publics accordent donc régulièrement des permis d’exploration d’hydrocarbures, depuis plusieurs dizaines d’années pour réduire notre dépendance énergétique et autant que possible notre facture pétrolière et gazière.

La gestion du sous-sol français appartenant à l’Etat, le droit d’explorer ou de produire des hydrocarbures est attribué aux compagnies minières par le Gouvernement, conformément aux dispositions du Code Minier, et en accord avec la réglementation européenne. Il s’agit de permis de recherche (pour l’exploration) ou de permis d’exploitation (pour la production).

Il est important de distinguer :

- la phase d’exploration : attribution d’un permis de recherche. Ce permis a pour objectif une meilleure connaissance du sous-sol (géologie, sismique,…). Il donne à son détenteur un droit exclusif d’explorer les hydrocarbures à l’intérieur du périmètre de son permis. Le permis ne donne pas par lui-même le droit de conduire des travaux sur le terrain.

- la phase de production : attribution d’un permis d’exploitation (=concession). Conformément au Code Minier, pendant la période de validité d’un permis de recherches, seul son titulaire peut obtenir une concession afin d’exploiter les ressources présentes dans le périmètre. Pour autant il n’y a pas d’automatisation des procédures et l’opérateur doit déposer une nouvelle demande. Le Code Minier stipule que les mines d’hydrocarbures ne peuvent être exploitées que lorsqu’une concession a été accordée.

La concession est attribuée par décret, après enquête publique, consultation des services administratifs locaux et avis du Conseil Général de l’Industrie et des Technologies (CGIET) puis du Conseil d’Etat. Le concessionnaire doit être une société constituée sous le régime d’un Etat membre de l’Union Européenne. Une telle concession est habituellement accordée pour une période de 25 ou 50 ans et peut être renouvelée plusieurs fois pour 25 ans au plus chaque fois.

En moyenne, depuis 35 ans, 15 permis de recherches d’hydrocarbures ont été attribués chaque année, à terre, donnant lieu à un grand nombre de forages d’exploration (plusieurs milliers). Les zones présentant un potentiel intéressant d’extraction sont notamment le Bassin Parisien (Essonne, Seine et Marne), l’Aquitaine et le sud de la France (Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Mais en octobre 2011, le gouvernement a décidé d'abroger trois permis exclusifs de recherche de gaz de schiste dans le sud de la France. Les trois permis avaient été attribués au printemps 2010 à la compagnie américaine Schuepbach, dans des zones autour de Nant (Aveyron, Lozère et Hérault) et Villeneuve-de-Berg (Ardèche), ainsi qu'à Total, autour de Montélimar (Drôme et Gard).

Pour quelles raisons ont-ils été abrogés? La loi du 13 juillet 2011 adoptée par le Parlement vise à interdire l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique. Suite à l’adoption de cette loi, les industriels avaient deux mois pour déclarer la technique qu'ils comptaient utiliser. Or, dans les rapports de Schuepbach, le projet d’utiliser la fracturation hydraulique était explicitement mentionné. Quant à la compagnie Total, elle a déclaré dans son rapport ne vouloir chercher que des hydrocarbures classiques, donc non gaz de schiste. Cette affirmation a été jugée non crédible par la ministre de l'écologie d’alors, Nathalie Kosciusko-Morizet, car Total se désintéresse de la recherche du conventionnel sur le territoire terrestre français depuis des années.

 

carte france gaz de schiste

 

Permis de recherche en France

 

Alors que la loi du 13 juillet 2011 interdit à la France d'explorer et d'exploiter les gaz et huiles de schiste en France par la technique de la fracturation hydraulique, en mars 2012, le Ministère de l'Ecologie a rendu public un rapport dont les conclusions sont favorables à cette technique pour un nombre limité de puits ! Les auteurs considèrent qu’elle reste la seule utilisable actuellement pour mettre en valeur des ressources qui permettraient, selon eux, de réduire sensiblement la facture énergétique du pays.

Ce rapport a porté sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux des gaz et huiles de schiste. La mission d’inspection qui l’a réalisé avait pour objectif de passer en revue l’ensemble des techniques disponibles, évaluer leur efficacité et mieux qualifier le potentiel économique que pourrait générer l’exploitation, en France, des gaz et huiles de schiste.

La loi du 13 juillet 2011 a aussi prévu la création de la «Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux». Composée de 21 membres, sa mission sera d'évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique ou aux techniques alternatives. La mission propose aussi un calendrier qui devrait déboucher au second semestre 2013 sur une nouvelle loi donnant un cadre juridique définitif à ces expérimentations.

Pour en savoir plus, consulter notre article en cliquant ici.

Lors de la conférence environnementale qui s’est tenue à Paris les 14 et 15 septembre 2012, le président de la République, François Hollande a demandé le rejet de sept demandes de permis d’exploration de gaz de schiste déposées auprès de l’Etat. Il s’agit des permis de Brignoles (Var), Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne), Montélimar-extension (Drôme), Lyon-Annecy (Savoie), Valence (Drôme), Montfalcon (Isère) et Cahors (Lot). Le président a justifié sa décision en affirmant que personne ne peut affirmer que l’exploitation des gaz et huiles de schistes est exempte de risques lourds. François Hollande a enterré l’exploitation des gaz de schiste en France pour au moins cinq ans. Pour connaitre les autres mesures prises lors de cette conférence, cliquez ici !

Mais en juin 2013, des parlementaires ont jeté un nouveau pavé dans la mare en rendant un rapport favorable à l’exploitation des gaz de schiste en France. D’après le rapport, la fracturation hydraulique – interdite en France depuis 2011 - reste la technique la plus efficace et la mieux maîtrisée pour extraire les hydrocarbures non conventionnels. Les auteurs estiment que la France possède toutes les compétences scientifiques, techniques et industrielles, à tous les niveaux de la filière, pour créer une filière de fracturation propre. Selon le rapport d’étape, la fracturation hydraulique aurait déjà été utilisée en France à au moins 45 reprises entre les années 1980 et 2011, sans qu'aucun dommage n'ait été signalé. Les parlementaires ont donc proposé de faire des recherches sur les ressources françaises en gaz de schiste en utilisant une technique sismique – à savoir une technique dite d'échographie qu’on mène avec des camions qui font vibrer le sol et qui est accessoirement interdite depuis 2012 pour les ressources non conventionnelles…. Ensuite, on pourrait alors recourir à la fracturation hydraulique sur quelques dizaines de puits d'expérimentation. Cliquez ici pour en savoir plus.

 

La situation à l’étranger

 

La situation aux USA

gaz schiste USALes Etats-Unis représentent actuellement la plus importante production de gaz non conventionnel. Les gaz de schiste représenteraient 30% de leur production de gaz contre seulement 1% en 2000. Les Américains sont les seuls, avec les Canadiens, à être passés en phase d'exploitation active, c’est-à dire à utiliser la technique de fracturation hydraulique horizontale. Entre 2005 et 2010, les forages ont poussé comme des champignons, d'abord sur le gisement de Barnett Shale, dans le nord du Texas, puis en Pennsylvanie. On en compte aujourd'hui plus de 40 000 aux Etats-Unis !

En mars 2009, l’EPA[5] entamait pour la première fois une enquête sur la qualité de l’eau, dans le village de Pavilion, Wyoming, où l’extraction du gaz schiste est en cours. Les conclusions de l’enquête ont confirmé que l’eau de 11 des 17 puits des résidents contenait entre autres du 2-butoxyéthanol (hautement cancérigène), de l’arsenic, du cuivre et d’autres métaux. En 2010[6], le ministère fédéral de la santé avait interdits aux résidents de Pavilion de boire l’eau de leurs puits ou d’aérer leur maison après avoir pris leur douche !

Par ailleurs, la sécheresse de l’été 2012 qui a sévit dans plus de la moitié des Etats-Unis a singulièrement compliqué l'exploitation du pétrole et du gaz de schiste. Les sociétés de forage ont désespérément recherché les milliers de mètres cubes d'eau nécessaires à la fracturation de la roche, ce qui les ont opposé aux fermiers qui essaient de conserver leurs précieuses ressources hydrauliques. Au Colorado par exemple, les agriculteurs se sont vus devancés par les sociétés de forage lors des ventes aux enchères des ressources hydrauliques, les industriels ayant plus d’argent...

Au Kansas, les entreprises qui ont vu leur approvisionnement en eau limité par l'Etat ont proposé aux agriculteurs de pomper l'eau de leurs étangs ou d'accéder à leurs puits, monnayant des sommes parfois considérables !

 

La situation au Canada

Si l’exploitation du gaz de schiste est une industrie relativement bien établie aux États-Unis, elle n’en est encore qu’à ses premiers pas au Canada. Dans ce pays, on trouve des ressources potentielles, et des exploitations de gaz de schiste, en Colombie Britannique, en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. La plupart des activités de forage et de production en cours se déroulent dans les bassins de schiste de Montney et de Horn River, au nord-est de la Colombie-Britannique. Le Canadian Energy Research Institute prévoit que le secteur des hydrocarbures injectera plus de 3,5 billions de dollars dans l’économie canadienne au cours des 25 prochaines années.

 

La situation en Grande-Bretagne

En Grande-Bretagne, l’industrie du gaz de schiste n’en est qu’à ses balbutiements, et seules trois entreprises se sont pour l’instant investies dans ce secteur. Mais déjà, une étude[4] réalisée par les chercheurs du Tyndall Centre for Climate Change Research de l’université britannique de Manchester a conclu à un risque significatif de contamination des sols et des eaux à la surface par l’extraction du gaz de schiste.

De plus, les techniques d’extraction seraient à l’origine des tremblements de terre. En effet, le changement de structure du sol engendré par fracturation hydraulique et la pression exercée par l'eau injectée peuvent provoquer des séismes de faible amplitude.

Le 1er avril et le 27 mai 2011, la région côtière du Lancashire, au nord-est de l’Angleterre avait enregistré des secousses telluriques de magnitudes respectives 2,3 et 1,5 sur l'échelle de Richter. En octobre de la même année, un rapport d'experts indépendant avait conclu qu’il est hautement probable que les opérations de fracturation menées par la société britannique Cuadrilla dans les environs ont provoqué les réactions sismiques constatées.

Suite à cela, la fracturation hydraulique avait été temporairement interdite en Grande-Bretagne. Mais en décembre 2012, le gouvernement britannique a donné son autorisation à la reprise de forages exploratoires de gaz de schiste par fracturation hydraulique. L’Etat devrait néanmoins imposer des contrôles stricts sur la technique utilisée, notamment une surveillance de l'activité sismique avant, pendant et après le recours à la fracturation hydraulique. En savoir plus...

Selon des experts du secteur énergétique, les réserves de gaz de schiste du Royaume-Uni seraient considérables et laisse à penser que le pays pourrait devenir auto-suffisant en production d’énergie. Les réserves pourraient dépasser 28 000 millions de m3, ce qui pourraient placer le pays dans le top 20 des pays ayant le plus de ressources en gaz de schiste, aux côtés du Brésil, et le pays pourrait même rivaliser avec la Chine, les Etats-Unis et l’Argentine, principaux producteurs mondiaux.

Un impact climatique important, une forte hausse des émissions de GES, une quantité démesurée d’eaux usées à traiter, des risques pour la santé publique, un impact négatif sur les budgets publics…le gaz de schiste est loin d’être sans conséquences ! Pourtant, les industriels considèrent cette nouvelle ressource comme une solution face à la crise énergétique. Mais les dommages ne prendront-ils pas le dessus sur les bénéfices ? Seul le temps nous le dira…

 


 

Références bibliographiques :

[1] Institut National de santé publique du Québec, Etat des connaissances sur la relation entre les activités liées au gaz de schiste et la santé publique, Novembre 2010.

[2] Warner NR, Jackson RB, Darrah TH, Osborn SG, Down A, Zhao K, White A, Vengosh A., Geochemical evidence for possible natural migration of Marcellus Formation brine to shallow aquifers in Pennsylvania. Proc Natl Acad Sci U S A. 2012 Jul 24;109(30):11961-6.

[3] Institut de recherche et d’informations socio-économiques, Gaz de schiste : une filière écologique et profitable pour le Québec?, février 2011.

[4] The Tyndall Center, University of Manchester with Sustainable Change Co-operative, Shale gas: a provisionnal assessment of climate change and environmental impacts, January 2011.

[5] Expanded Site Investigation – Analytical Results Report, PAVILLION AREA GROUNDWATER INVESTIGATION, Pavillion, Fremont County, Wyoming, August 30, 2010. (online at http://www.epa.gov/region8/superfund/wy/pavillion/PavillionAnalyticalResultsReport.pdf)

January 2010 Sampling Results and Site Update, Pavillion, Wyoming Groundwater Investigation, (Aug. 2010) (online at www.epa.gov/region8/superfund/wy/pavillion/PavillionWyomingFactSheet.pdf) (accessed Mar. 1, 2011).

[6] http://www.journaldelenvironnement.net/article/l-epa-reconnait-que-la-fracturation-hydraulique-peut-polluer-l-eau,26407

[7] European Commission, Unconventional Gas: Potential Energy Market Impacts in the European Union, September 2012.

[8] Support to the identification of potential risks for the environment and human health arising from hydrocarbons operations involving hydraulic fracturing in Europe

[9] European Commission, Climate impact of potential shale gas production in the EU, September 2012

[10] United States House of representatives committee on energy and commerce minitory staff, Chemicals used in hydraulic fracturing, April 2011. 

[11] Theo Colborn, Kim Schultz, Lucille Herrick, Carol Kwiatkowski, An Exploratory Study of Air Quality near Natural Gas Operations, November 2012.

[12] Tollefson J., Methane leaks erode green credentials of natural gas, Nature. 2013 Jan 3;493(7430):12.

[13] McKenzie LM, Guo R, Witter RZ, Savitz DA, Newman LS, Adgate JL., Birth Outcomes and Maternal Residential Proximity to Natural Gas Development in Rural Colorado. Environ Health Perspect. 2014 Jan 28.

[14] Darrah TH, Vengosh A, Jackson RB, Warner NR, Poreda RJ., Noble gases identify the mechanisms of fugitive gas contamination in drinking-water wells overlying the Marcellus and Barnett Shales, Proc Natl Acad Sci U S A. 2014 Sep 15.

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