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La crème solaire : une amie qui vous veut du bien ?

Écrit par Jennifer Maherou Créé le mardi 19 juin 2012 13:57

En France, 15 millions de crèmes solaires sont vendues chaque année. Tout le monde le sait, ces cosmétiques sont indispensables l’été pour se protéger des rayons du soleil et prévenir ainsi le risque de cancer de la peau. Pourtant, depuis quelques années, elles sont remises en cause par certains scientifiques. Elles seraient non seulement nocives pour la santé, mais aussi pour l’environnement. En cause : les filtres UV qu’elles contiennent. Alors, avant de vous enduire de crème solaire, voici quelques précautions à prendre !

 

 

 

Quelle est la composition des crèmes solaires ?

 

Les crèmes solaires résultent d’une émulsion d’huile dans l’eau auxquels s’ajoutent des filtres ultraviolets (UV). Ce sont eux qui nous protègent contre les rayons UV. Il en existe deux types :

- Les filtres organiques (ou chimiques) qui absorbent les rayons UV. Certains sont efficaces pour les rayons UVB, responsables des coups de soleil et du cancer de la peau et d’autres protègent des rayons UVA et donc du vieillissement prématuré de la peau. Pour nous protéger de l’ensemble du spectre UV, les crèmes solaires contiennent à la fois des filtres UVA et UVB.

- Les filtres minéraux qui reflètent la lumière comme des miroirs microscopiques. Ils absorbent à la fois les UVA et les UVB. Ils sont constitués de micropigments : dioxyde de titane ou oxyde de zinc.

Les crèmes peuvent contenir soit des filtres organiques, soit des filtres minéraux... ou les deux.

 

Présentent-elles des risques pour la santé?

 

Des filtres chimiques nocifs pour nos hormones

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Les crèmes solaires sont une arme indispensable pour se protéger des rayons UV. D'ailleurs, une étude[6] a même montré qu'appliquées quotidienement, elles pouvaient ralentir le vieillissement de la peau. Mais comme la plupart des cosmétiques contenant de nombreux produits chimiques, les filtres UV ne sont pas inoffensifs pour la santé. Tout d’abord parce ce que notre peau n’est pas une barrière infranchissable... Une fois la crème solaire appliquée, les filtres pénètrent dans notre organisme et se retrouvent dans notre sang. Certains d’entre eux ont même été détectés dans le lait maternel ! Ce sont les conclusions d’une étude[1] suisse menée sur 52 femmes de la maternité de Bâle. Les participantes ont été interrogées sur l’utilisation des produits cosmétiques grâce à un questionnaire. Les échantillons de lait ont ensuite été analysés pour détecter une large gamme de produits chimiques, dont les filtres UV. Les chercheurs ont alors retrouvé des traces de filtres UV dans 85 % des laits maternels prélevés ! Ils ont également constaté qu’il y avait un lien entre l’application de crèmes solaires pendant la grossesse et la présence de deux composés chimiques : le 4-Méthylbenzylidène camphre (4-MBC) et l’octocrylène (OC).

Nous allons le voir la présence de ces substances n’est pas sans risque….

En effet, une fois introduit dans l’organisme, ces filtres chimiques peuvent porter atteinte à la santé et à la fertilité de l’Homme mais aussi à celle des animaux comme les poissons contaminés lorsque l’on va se baigner. Certains scientifiques affirment que ces filtres agiraient comme des perturbateurs endocriniens.

L’une d’entre eux, Margaret Schlumpf, de l’Institut de Pharmacologie et de Toxicologie de l’Université a mené une étude[2] sur des bébés rats. En observant les effets de neuf filtres sur ces animaux, huit se sont révélés oestrogéniques in vitro, c’est-à-dire qu’ils sont capables de mimer les hormones féminines, deux ont des effets antiandrogéniques (des effets féminisants, comme la poussée des seins) toujours in vitro et six, en particulier le 4-MBC et le 3-Benzylidène camphre (3-BC), ont augmenté le poids de l’utérus des rattes immatures. L’étude a également montré que l’exposition des animaux au 4-MBC avant et après la naissance affecte le développement hormonal et modifie l’expression des gènes régulés par les hormones femelles. Ont ainsi été observés des malformations chez les bébés rats, des retards de puberté chez les mâles ainsi que des poids anormaux des organes reproducteurs tels que les testicules.

Selon la chercheuse, les bébés dont les femmes ont été exposées aux filtres UV pendant leur grossesse encouraient le même risque de malformations que ces petits rats.

 

Les filtres minéraux à nanoparticules



Face à la dangerosité des filtres chimiques, il est souvent recommandé d’utiliser des crèmes solaires ne contenant que des filtres minéraux. Ils sont souvent constitués de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc. L’inconvénient, c’est que ces crèmes solaires sont difficiles à étaler et laissent des traces blanches sur la peau. Pour pallier à ce problème, certaines marques ont recours au dioxyde de titane ou à l’oxyde de zinc sous forme de nanoparticules. Grâce à leur petite taille, ils confèrent fluidité et bonne tenue aux crèmes solaires. Mais les nanoparticules peuvent elles aussi présenter des risques pour la santé...D’une part parce qu’en 2006, une étude[3] a montré que leur petite taille facilite leur passage à travers les cellules de l’organisme puis vers la circulation sanguine et les organes internes. Et d’autre part parce que d’après une autre étude[4]menée sur des souris, l’oxyde de titane induirait des dommages au niveau des chromosomes et des ruptures des brins d’ADN, pouvant augmenter les risques de développement d’un cancer. Néanmoins, les scientifiques se veulent prudents, car les études se contredisent et ne permettent pas de conclure quant à la dangerosité des nanoparticules.

Pour en savoir plus sur les nanoparticules, consultez notre synthèse "Les nanoparticules, petites mais toxiques?".

L’Ansm (Agence nationale de sécurité du médicament) recommande tout de même de ne pas utiliser de cosmétiques - en particulier les crèmes solaires - contenant des nanoparticules de dioxyde de titane sur une peau lésée ou sur les coups de soleil du fait des risques potentiels pour la santé humaine. L’agence déconseille également d'utiliser sur le visage ou dans des locaux fermés les cosmétiques contenant des nanoparticules et se présentant sous formes de spray. Dans ces cas, il y a en effet un risque de d’absorber les nanoparticules par les voies respiratoires.

Attention également aux enfants ! Ils ont une peau plus fine que les adultes, les composés peuvent alors pénétrer plus facilement. D’ailleurs aucun produit solaire n’est recommandé avant l’âge de six mois en raison des propriétés allergènes de certains filtres chimiques, l'oxybenzone est le plus connu.

 

 

Gare à certaines formes d’aluminium

Dans la liste des ingrédients de certaines crèmes solaires ne contenant ni nanoparticules ni filtres chimiques, vous trouverez peut-être de l’alumine (aussi appelé oxyde d’aluminium) ou de l’hydroxyde d’aluminium. Cela peut faire peur quand on connait les risques potentiels de l’aluminium sur la santé. Mais pas de panique, les hydroxydes d'aluminium (dont les Silicates, les "Alun" et les oxydes d'aluminium) sont autorisés en cosmétique bio car ils sont considérés comme chimiquement inertes, autrement dit, ils ne réagissent pas une fois déposés sur la peau.

En revanche, les sels d’aluminium tels que les chlorydrates d’aluminium utilisés notamment dans les déodorants pour bloquer la transpiration, eux, posent problèmes. Suspectés d’être cancérigènes, ils ne sont pas autorisés en cosmétiques Bio. Pour en savoir plus sur la toxicité de l’aluminium, consultez notre synthèse « L’aluminium, ce métal qui nous empoisonne ».

 

Les impacts sur l’environnement

 

Les effets des crèmes solaires ne concernent pas uniquement notre organisme. Depuis quelques années, les filtres chimiques employés dans les crèmes solaires sont accusées d’entraîner une importante pollution de l’eau.


Selon une étude effectuée au Mexique, en Indonésie, en Thaïlande et en Égypte sous le parrainage de la Commission. Pour la vie aquatique, les conséquences peuvent être catastrophiques car en plus de constituer un habitat pour de multiples espèces marines, les coraux sont des ressources alimentaires pour les populations avoisinantes et protègent les côtes. Si les filtres se retrouvent dans l’eau, c’est soit directement, lorsque les estivants se baignent, soit via les stations d'épuration des eaux usées, qui ne parviennent pas à éliminer ces filtres UV évacués lors de douches, bains ou lessive. européenne, les écrans solaires seraient responsables du blanchiment des coraux, même à toute petite dose. Explications : les coraux vivent en harmonie avec des micro-algues (les zooxanthelles) logées dans leurs tissus. Les filtres présents dans les crèmes solaires activent des virus qui se multiplient et tuent les précieuses micro-algues... Les coraux blanchissent et meurent en 48 h !

D'après les estimations, 4 000 à 6 000 tonnes d'écran total sont libérées chaque année dans les zones de récifs tropicaux par les 78 millions de touristes qui s'y rendent. Ainsi, 10% des récifs coraux mondiaux seraient menacés par les crèmes solaires ! Une étude[5] menée en Norvège a montré que l’application de crème solaire par les estivants est bien à l’origine de la présence de plusieurs filtres solaires dans les eaux du fjord d’Oslo.

Plus proche de nous, en Suisse, des chercheurs de l’Empa (Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche) ont détecté deux types de filtres UV - 4-MBC et en OC- dans les tissus adipeux de truites de rivière de sept cours d’eau suisses en des concentrations dix fois supérieures à celles trouvées dans les palées et les gardons des lacs. Ces poissons prélevés dans sept rivières de Suisse avaient tous été pêchés à quelques centaines de mètres seulement des effluents de stations d’épuration...

Cette capacité à s’accumuler dans les écosystèmes représente donc un danger pour les organismes aquatiques. Comme nous l’avons vu, les filtres possèdent des effets hormonaux, qui peuvent être responsable en partie responsable du phénomène de féminisation des poissons.

 

Bien choisir ma crème solaire pour ma santé et pour l’environnement

 

En 2012, l’association américaine de protection des consommateurs (EWG) a étudié la composition d’environ 1 800 lotions solaires et le bilan est plutôt inquiétant : seulement un produit sur quatre serait sans danger et efficace. Parmi les produits toxiques, ils ont retrouvé du BHA (Buthylhydroxyanisol), suspectés d’être cancérigènes, des éthers de glycol, des parabènes, et les filtres UV oxybenzone et 4-MBC, tous considérés comme des perturbateurs endocriniens.

Cependant, les crèmes solaires sont tout de même des armes indispensables contre les cancers de la peau. Il n’est donc pas question de s’en passer. Alors, des crèmes solaires, oui ! Mais pas n’importe lesquelles... Evitez celles qui contiennent des filtres chimiques. Tout d’abord parce que, comme nous l’avons vu, elles impactent sur notre santé et sur l’environnement mais aussi parce qu’ils ne deviennent actifs que 20 ou 30 minutes après leur application.

Pour vous aider, voici une liste non exhaustive des filtres chimiques dangereux pour la santé et l’environnement :

- Benzophénone-3 (ou oxybenzone),Creme solaire

- Benzophénone-1,

- Benzophénone-2,

- 4,4´-dihydroxybenzophénone

- 4-méthylbenzylidène camphre (4-MBC)

- 3-benzylidène camphre (3-BC)

- Méthoxycinnamate d’éthylhexyle

- Octyl-méthoxycinnamate (OMC)

- Octocrylène (OC)

- Acide para-aminobenzoïque (PABA)

- Padimate O

- Octyl salicylate

 

Privilégier donc les crèmes solaires contenant uniquement des filtres minéraux, mais attention, sans nanoparticules ! En plus de filtrer toute la gamme des UV, ils sont actifs dès l’application.

A noter qu’à partir du 11 juillet 2013, les fabricants auront l'obligation d'indiquer la présence de nanoparticules dans les crèmes solaires. Il n’y aura plus qu’à lire les étiquettes !

Vous l’aurez compris, pour préserver sa santé et l’environnement, il est indispensable de bien choisir sa crème solaire. Utilisez donc des crèmes solaires bio, sans filtres chimiques ni nanoparticules. Cependant, ne pas s’exposer au soleil entre 11h et 16h reste encore la meilleure protection contre les cancers, le vieillissement prématuré de la peau et la protection des écosystèmes océaniques !

 

Pour aller plus loin, consultez notre synthèse "Les cosmétiques passés au crible".

 


 Références bibliographiques :

[1]Schlumpf M, Kypke K, Wittassek M, Angerer J, Mascher H, Mascher D, Vökt C, Birchler M, Lichtensteiger W., Exposure patterns of UV filters, fragrances, parabens, phthalates, organochlor pesticides, PBDEs, and PCBs in human milk: correlation of UV filters with use of cosmetics. Chemosphere. 2010 Nov;81(10):1171-83.

[2]Schlumpf M, Schmid P, Durrer S, Conscience M, Maerkel K, Henseler M, Gruetter M, Herzog I, Reolon S, Ceccatelli R, Faass O, Stutz E, Jarry H, Wuttke W,Lichtensteiger W., Endocrine activity and developmental toxicity of cosmetic UV filters--an update. Toxicology. 2004 Dec 1;205(1-2):113-22.

[3]J.P. Ryman-Rasmussen, J.E. Riviere, N.A. Monteiro-Riviere, Penetration of intact skin by quantum dots with diverse physicochemical properties. Toxicol. Sci., 91: 159–165 (2006).

[4]Trouiller B, Reliene R, Westbrook A, Solaimani P, Schiestl RH., Titanium dioxide nanoparticles induce DNA damage and genetic instability in vivo in mice. Cancer Res. 2009 Nov 15;69(22):8784-9.

[5] Langford KH, Thomas KV., Inputs of chemicals from recreational activities into the Norwegian coastal zone. J Environ Monit. 2008 Jul;10(7):894-8.

[6] Maria Celia B. Hughes, Gail M. Williams, Peter Baker, Adèle C. Green, Sunscreen and Prevention of Skin Aging: A Randomized Trial, Ann Intern Med. 2013.

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