Aujourd’hui, c’est le Docteur Colin Butler, médecin australien, qui répond aux questions du Dr Sandrine Segovia-Kueny.
Professeur de santé environnementale, il travaille principalement sur les influences du changement climatique sur la santé, ainsi que sur les inégalités en termes de santé. Il est co-fondateur et président du BODHI, une des premières ONG occidentales bouddhistes.
Interview traduite de l'anglais.

Dr Sandrine Segovia-Kueny : Quel est votre avis sur lechangement climatique ?
Dr Colin BUTLER : Le réchauffement climatique n’est pas l’empereur des problèmes mondiaux, mais il est certainement l’un de ses princes. Il s’allie avec ses frères et sœurs (à savoir l’armement, l’avidité et notre tolérance de la pauvreté et des inégalités) pour menacer les fondements de notre civilisation. Il y a plusieurs chemins envisageables par lesquels le réchauffement climatique peut potentiellement contribuer à notre déclin : la pénurie alimentaire dans certaines régions, la famine, les révoltes de la faim, l’impitoyable augmentation du niveau de la mer et les migrations massives de population. A moins que nous soyons très chanceux, nous allons initier des effets qui vont à la fois faire empirer l’émission des gaz à effet de serre (notamment en réchauffant la toundra) et faire empirer la gouvernance (en mettant en place de mauvaises réponses à court terme pour solutionner des problèmes à long terme). L’interaction des ces problèmes menacent de nous submerger.
Dr SSK : Quels sont vos gestes quotidiens pour sauver la planète ?
Dr CB: En tant que médecin, j’ai passé une grande partie de ma vie à faire en sorte que les docteurs et le grand public comprennent que nous faisions face à un éminent péril. Pour ce, j’ai écrit, parlé et agit autant que faire se peut. En 1983, j’ai été arrêté à la plus grande manifestation pour l’environnement d’Australie. En 1989, j’ai soutenu les verts et ai cofondé BODHI, une ONG qui récolte des fonds pour aider les « acteurs du changement » dans des pays pauvres pour qu’ils améliorent la santé, l’éducation, les droits et la justice. J’essaie d’être un modèle notamment en allant travailler en vélo et en achetant de l’électricité issue des technologies propres. Nous avons choisi de ne pas avoir d’enfants. J’essaie de minimiser mes déchets, surtout ceux liés à l’alimentation et aux papiers. Je mange principalement des plats végétariens ou à base de poissons. J’achete des biens de consommation produits de façon éthique. Enfin, je possède 65 hectares de forêt afin de lutter contre la déforestation.
Dr SSK : Quels sont pour vous les plus grands risques sanitaires du changement climatique?
Dr CB: Je voudrais souligner que la civilisation – tout particulièrement son système économique – n’a pas nécessairement développé des indicateurs de progrès très efficient. En 1989, Paul Ehrlich utilisait l’analogie de deux hommes tombant d’un gratte-ciel, - l’un d’entre eux était un économiste. En tombant, l’économiste dit à l’autre « Il n’y a pas de quoi s’inquiéter : la demande va créer des parachutes ». Vingt ans plus tard, certains d’entre nous espèrent désespérément un parachute, alors que nous nous apprêtons à tomber face contre terre. Ceci dit la plupart d’entre nous ne réalisent pas le danger face auquel nous nous trouvons. Aujourd’hui, nos revenus croissent plus que jamais, mais nous appauvrissons la nature. Réalisant si tardivement que nous sommes dans une situation difficile, nous agissons de façon désespérée en développant par exemple un « génie géographique» d’urgence. L’ultime risque est que le changement climatique exacerbe à tel point la lutte pour l’accès aux ressources que cela nous conduise à un conflit nucléaire régional ou mondial.
Dr SSK : Que faites vous dans votre travail pour la lutte contre le changement climatique ?
Dr CB: Je travaille dans l’une des universités les plus « écolo » d’Australie. En dépit, du bon travail qui est fait, il y a une tendance à l’auto-satisfaction qui est inacceptable. Notre université pourrait avoir un rôle d’exemple – parsemée de cyclistes sur les chemins, de cellules photovoltaïques, de chauffe-eaux solaires et même de générateurs d’électricité solaires (nous avons un projet de recherche là-dessus). Nous menons des campagnes de sensibilisation pour l’impression recto-verso, le recyclage et l’extinction des lumières, mais il y’a encore beaucoup trop de parkings et nous ne produisons pas assez d’électricité verte. Dans mon département, nous sommes nombreux à venir travailler en vélo et la plupart comprend le concept d’empreinte écologique. Certains collègues refusent des invitations à des conférences à moins qu’ils puissent y participer virtuellement. Je suis un agitateur - mais il faut rester vigilant car il est facile d’aliéner les gens en étant trop excessif.
Dr SSK : Connaissez-vous votre empreinte écologique ?
Dr CB: Je sais que mes voyages à l’étranger la rendent vraiment très importante. De plus en plus, je demande à participer aux conférences auxquelles je suis invité de façon virtuelle – mais c’est une option qui est encore difficile à mettre en place. Au début de ma carrière, il était difficile de décliner des invitations, mais je suis maintenant de plus en plus sélectif. Lorsque je prends l’avion, j’essaie de cumuler les rendez-vous à l’endroit où je me rends. J’utilise presque toujours les transports en commun lorsque cela est possible. Avant d’habiter à Canberra, j’avais un chauffe-eau solaire et une maison très bien isolée. Je vis maintenant dans un appartement, mais j’essaie de persuader le syndic d’installer des cellules photovoltaïques – je fais de même avec la direction de mon université. Je me console en pensant que la majeure partie de mon travail, depuis plusieurs années maintenant, a consisté à essayer d’alerter les gens sur les dangers de la surpopulation et de la surconsommation.





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